
L'armée et la rébellion ivoirienne ont signé samedi à Yamoussoukro, dans le centre du pays, un accord fixant les modalités pratiques du désarmement des belligérants en Côte d'Ivoire, dont les premiers combattants seront désarmés à partir du 27 juin. Cette signature intervient après plusieurs vaines tentatives, ces derniers mois, pour résoudre cette cruciale question de la crise ivoirienne. Ce désarmement, qui commencera le 27 juin et s'achèvera le 10 août, devrait aboutir à la démobilisation de 42.500 combattants de la rébellion et de 5.500 chez les loyalistes.
Les chefs d'état-major des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI), le colonel-major Philippe Mangou, celui des Forces Nouvelles (FN, rébellion) le colonel Soumaïla Bakayoko, ainsi que le président de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CNDDR) Alain Donwahi, ont signé trois documents au cours d'une cérémonie officielle permettant de débloquer un des points-clé de la crise qui touche la Côte d'Ivoire depuis le coup d'Etat raté de septembre 2002. Les forces rebelles contrôlent le nord du pays depuis cette date et le désarmement n'avait jusqu'à présent pu faire l'objet d'aucun accord.
Calendrier des opérations de désarmement
Le premier de ces documents fixe les modalités pratiques du Programme national de désarmement (PNDDR). Le second détaille la chronologie du désarmement, qui "débute dès aujourd'hui 14 mai par la sensibilisation des combattants et la réhabilitation des sites de cantonnement", a précisé Alain Donwahi. Cette période durera jusqu'au 14 juin. "Du 5 au 27 juin se dérouleront les opérations de pré-regroupement, de regroupement et d'identification des combattants", a-t-il expliqué. Le désarmement proprement dit des combattants et leur démobilisation "débuteront le 27 juin et s'achèveront le 10 août", a ajouté le président de la CNDDR. Le troisième document paraphé par les chefs d'état-major des FANCI et des FN est "un chronogramme d'actions relatif à la refondation et la restauration" de la nouvelle armée. Ce texte propose notamment un audit sur l'état des forces en présence, et la création d'une commission spéciale qui disposera jusqu'au 30 août pour livrer ses conclusions. "La nouvelle posture des forces sera décidée en réunion quadripartite" d'ici le 29 mai, précise le texte, en attendant la mise en place d'une armée "refondée et restaurée" à partir du 26 septembre.
La rencontre était organisée par la CNDDR, institution gouvernementale ivoirienne, en charge de l'élaboration et de la mise en oeuvre du DDR, et s'est déroulée sous la protection de casques bleus marocains de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI). Elle faisait suite à une semaine de discrètes négociations menées à Abidjan entre les FN et les FANCI, sous l'égide de la CNDDR, après l'échec de pourparlers du 3 au 7 mai à Yamoussoukro. Les discussions avaient alors achoppé, en particulier, sur la question de la date de démarrage du désarmement et son calendrier. L'armée et la rébellion avaient renoué les contacts le 14 avril, après la signature d'un nouvel accord de paix à Pretoria, censé redynamiser l'accord de paix de Marcoussis de janvier 2003.
"Au terme de deux semaines intensives, nous avons pu nous acquitter de la tâche telle qu'elle nous avait été confiée par les accords de Pretoria" du 6 avril, s'est félicité Alain Donwahi, à l'issue de la cérémonie. "Je me réjouis de cet accord, fruit de longues négociations, parfois intenses et difficiles", a commenté Alan Doss, le représentant spécial-adjoint du secrétaire général de l'ONU en Côte d'Ivoire et numéro deux de l'ONUCI, qui a "félicité" les signataires. "C'est une bonne chose pour la Côte d'Ivoire. Mais nous ferons un point après chaque étape", a temporisé Fatou Traoré, membre de la délégation des Forces Nouvelles.
Photo d'ouverture : soldat français de l'opération Licorne à Abidjan - archives
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