
Allemagne
"Refus souverain", "les Français disent non à l'Europe", "un référendum en forme de révolte" sont quelques-uns des titres de la presse allemande qui retient que le non des Français à la Constitution européenne est avant tout une défaite pour Jacques Chirac. "La colère populaire sur les conséquences de frontières ouvertes, les travailleurs à bas salaires de Pologne, l'industrie en mutation, les suppressions d'emplois et un gouvernement qui a regardé sans rien faire les mutations globales s'est déchargée sur la Constitution", estime le quotidien berlinois Berliner Zeitung.
"Ce vote est une lourde défaite avant tout pour le président Jacques Chirac et le gouvernement conservateur du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui avaient fait campagne pour le oui", souligne également Tagesspiegel.
Royaume-Uni
La presse britannique lundi que les Français ont semé le chaos dans l'Union européenne , et certains titre europhobes s'en réjouissent ouvertement. "Non !" titre en gros caractères le quotidien conservateur et anti-européen Daily Mail, qui ajoute : "Crise pour Blair, alors que les Français donnent le baiser de la mort à un super Etat européen". "Vive la France ! Vive la République ! Vive la libération !" s'exclame, en français, le quotidien dans un éditorial qui se termine par cette phrase : "Ce qui importe, c'est qu'un document grotesque et mal fichu a été enterré". "Comment Chirac le cynique a perdu le contact avec son peuple", titre encore le Daily Mail, connu pour ses accents anti-français. "La constitution européenne en ruines", titre un autre quotidien populaire conservateur, le Daily Express. "NON : L'Europe plongée dans la tourmente alors que les Français rejettent la constitution", titre le quotidien conservateur Daily Telegraph. "
Belgique
La presse belge fustige pêle-mêle la France, Jacques Chirac et les élites européennes. Les unes des journaux sont sans pitié : "L'Europe groggy, Chirac au tapis" (Le Soir), "Un non qui ébranle la France et l'Europe" (La Libre Belgique), "Les Français évacuent la Constitution de la table" (De Tijd), "La France plonge l'Europe dans la crise" (Het Laatste Nieuws).
"Ce ne sont pas les citoyens français qu'il faut blâmer de ce recul de la construction européenne", estime Le Soir. "Ce sont les élites, européennes et françaises, qui portent ce poids", incapables de "faire aimer" une Europe qu'elles pratiquent "en vase clos, avec un brin de mépris et un trop plein de technique", ajoute-t-il. Le quotidien bruxellois taxe Jacques Chirac d'"arrogance" et de "petitesse" pour s'être lancé dans "l'aventure" d'un référendum engageant son pays, mais aussi ses partenaires "sans certitude de pouvoir mener la bataille à bonne fin". Il étend la critique à Laurent Fabius, numéro deux des socialistes et partisan du non, accusé d'avoir utilisé le scrutin "à des fins internes".
"La France ne peut pas décider pour l'Europe", s'insurge de son côté le quotidien flamand De Tijd, critiquant lui aussi le choix de Paris et de plusieurs autres capitales de faire ratifier la Constitution par référendum.
Pays-Bas
La presse néerlandaise déplore le non français, à trois jours du référendum dans le pays. "Le non catégorique de la France contre le traité constitutionnel est déplorable pour l'Europe", commentait dans un éditorial le populaire De Telegraaf, premier tirage du pays. Expliquant, comme plusieurs titres de la presse néerlandaise, que le résultat était largement dû à l'impopularité de Jacques Chirac, De Telegraaf juge que "pour le référendum néerlandais, le non français signifie que l'on va se prononcer mercredi sur quelque chose qui en réalité n'existe plus". "Le moteur de l'Union européenne a calé", affirme pour sa part De Volkskrant (centre gauche).
Italie
La presse italienne estime que le "non" français a claqué comme une "gifle" pour le Vieux continent et les journaux s'interrogent sur l'avenir de la construction européenne. "France, une gifle à l'Europe", titre en une le quotidien "La Repubblica", proche de l'opposition de centre-gauche. "On peut raisonnablement penser qu'après le vote d'hier, le projet élaboré par (Valéry) Giscard (d'Estaing) et la Convention ne verra jamais le jour", écrit un des éditorialistes de ce journal dans un commentaire intitulé "Union (européenne) année zéro".
Espagne
La Constitution européenne sort "blessée à mort" du référendum français, s'alarment les journaux espagnols, nombreux à pointer une responsabilité à Jacques Chirac. "Non à Chirac, non à la Constitution", titre le quotidien de droite La Razon tandis que pour El Mundo (centre-droit) "Le non français plonge l'Europe dans la plus grave crise de son histoire". "L'écrasant non de la France laisse l'Europe en crise et sans Constitution", abonde en Une ABC (droite).
Autriche
Le rejet des Français de la Constitution ouvre une crise institutionnelle dans l'Union européenne, estime la presse autrichienne. "Dans la colère, on perd souvent le sens de la mesure. C'est ce qui vient de se passer en France car ce refus exprimé dimanche, c'est celui d'une société qui doute d'elle-même et qui a été profondément déçue par ses gouvernants", estime le quotidien Die Presse (centre-droit). "Il est absurde qu'un texte, qui aurait permis des avancées pour les droits fondamentaux, ait été démoli de la sorte", poursuit le journal qui fait sa manchette avec un tonitruant "Non!", qui barre en français toute sa "une".
Pologne
La France sera perdante sur la scène européenne après son rejet du traité constitutionnel tandis que l' Union européenne dévoile ses faiblesses, estime la presse polonaise. "L'Union européenne ne disparaîtra pas après le non français mais la France sera perdante car ses hommes politiques auront désormais plus de mal à convaincre les autres (responsables) à Bruxelles pour défendre les intérêts français", écrit le quotidien Gazeta Wyborcza.
"Pied de nez" pour la presse américaine |
Le "non" a infligé des dégâts à l'Europe et asséné un coup sérieux à Jacques Chirac, juge lundi la presse américaine. Les insatisfaits qui ont rejeté le texte "ont fait un pied de nez à l'élite au pouvoir dans le pays", souligne le Washington Post. En s'adressant dimanche soir aux Français dans une allocution télévisée, Jacques Chirac "avait un sourire crispé en essayant de masquer sa déception", note le New York Times. "Le vote, qui fait de la France le premier pays à rejeter le traité, a profondément blessé le président français. Il bloque l'impulsion de l'Europe et la rend plus vulnérable à l'incertitude économique et politique", ajoute le journal. Le Wall Street Journal qualifie le résultat du scrutin de "coup mortel" à la Constitution européenne, susceptible de ralentir le changement économique en Europe".
(photo : la "une" du Soir)
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