
Les autorités ouzbèkes ont fait tirer sur la foule vendredi à Andijan, dans l'est de l'Ouzbekistan, pour reprendre le contrôle du siège de l'administration régionale où des insurgés étaient retranchés après avoir pris d'assaut une prison de haute sécurité et libéré des centaines de détenus. Le bilan pourrait être très lourd. L'insurrection a fait au moins dix morts, mais les échanges de tirs, qui ne se sont arrêtés que dans la soirée, laissent présager un bilan plus élevé et certaines sources avançaient les chiffres, impossibles à confirmer, de cinquante morts et de centaines de blessés. Le mouvement a été notamment déclenché pour protester contre le procès en cours de 23 personnes accusées de propager des idées islamistes radicales et pour les faire libérer. Les insurgés demandaient ainsi la libération d'un des chefs de l'organisation islamiste Akromiya, Akram Iouldachov, selon Sharipjan Shakirov, libéré de prison dans la nuit et devenu l'un des leaders de l'insurrection.
Les insurgés (entre 60 et 100 au départ) avaient pris d'assaut dans la nuit de jeudi à vendredi une garnison militaire où ils se sont saisis d'une importante quantité d'armes. Ils avaient attaqué ensuite une prison de haute sécurité dont ils ont libéré de très nombreux prisonniers - 2.000 selon une organisation ouzbèke de défense des droits de l'Homme. Puis ils ont pris le contrôle du siège de l'administration régionale dans cete ville de 300.000 habitants de la vallée de Ferghana. Les affrontements dans la nuit ont fait aussi au moins 9 morts et 34 blessés, a annoncé la télévision d'Etat ouzbèke. Les habitants ont décrit le chaos sur place : des carcasses de voiture carbonisées jonchaient les rues, alors qu'un cinéma et un théâtre ont été brûlés dans la nuit.
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| La zone des troubles - DR |
Les insurgés, avant d'être matés par l'armée, assuraient avoir pris en otages plusieurs membres des forces de l'ordre et ont demandé la médiation de la Russie. Mais le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a souligné qu'il s'agissait d'une "affaire intérieure ouzbèke". C'est l'une des plus graves crises auxquelles ait eu à faire face le président Islam Karimov qui depuis 1991 dirige d'une main de fer ce pays d'Asie centrale riche en gaz et où se trouve une base militaire américaine. Il s'est immédiatement rendu sur place et a réuni autour de lui les responsables de la sécurité. Les retransmissions des chaînes étrangères comme CNN ou BBC ont été bloquées ; dans le pays, seules les télévisions officielles continuaient vendredi à faire état des événements.
L'Ouzbékistan a multiplié ces derniers mois les procès contre des personnes accusées d'activités islamistes, notamment depuis des attentats en mars 2004 (47 morts) attribués par les autorités au mouvement Hizbi Tahrir, interdit dans le pays et très implanté en Asie centrale. Et le président Karimov, 67 ans, est régulièrement accusé par les défenseurs des droits de l'Homme de cautionner la torture dans les prisons du pays et d'avoir lancé une vaste campagne de répression visant les opposants sous couvert de lutte contre l'islamisme. Les vingt-trois hommes qui étaient jugés à Andijan sont accusés d'avoir mené des activités anticonstitutionnelles et d'avoir fondé une cellule du mouvement Akromiya, qui serait une branche du Hizbi Tahrir, parti qui veut la création d'un Etat islamique en Asie centrale.
Signe de la tension dans le pays, un homme a été tué devant l'ambassade d'Israël à Tachkent. Selon l'ambassade américaine et la présidence israélienne, il s'apprêtait à perpétrer un attentat suicide. Mais selon une source au sein des services de l'ordre, les services de sécurité ont fait erreur, et l'homme n'était qu'un chômeur cherchant à entrer dans le bâtiment.
Photo d'ouverture : manifestation violente à Andijan - DR
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