© LCIVingt-deux personnes ont été blessées dans un attentat vendredi soir dans la ville chrétienne de Jounieh au nord de Beyrouth, selon un bilan définitif samedi de la police. Cette dernière affirme que l'attaque n'a pas fait de morts contrairement à de précédentes informations, notamment celles des secours, faisant état de deux décès. Cet attentat, qui a détruit une partie du vieux souk de Jounieh, a eu lieu à la veille du retour au Liban du général anti-syrien Michel Aoun après 15 ans d'exil en France.
La charge, dont la puissance a été estimée par la police à 25 kg de TNT a partiellement détruit l'église Saint-Jean, construite en pierre de tailles et gravement endommagé les studios de la radio privée chrétienne, la "Voix de Charité (Saout al Mahaba), qui appartient à l'église maronite. L'explosion de Jounieh, qui s'est produite tout près d'une permanence des partisans du général Aoun, a également provoqué d'important dégâts aux locaux commerciaux.
"Semer la terreur"
Le président libanais Emile Lahoud a immédiatement réagi dans un communiqué en affirmant qu'il s'agissait d'"une tentative désespérée de semer la terreur et l'instabilité au Liban (...) , mais ces tentatives sont vouées à l'échec". Il a également souligné que "cet attentat se produit à la veille d'un développement important qui doit intervenir au Liban", allusion au retour du général Aoun.
Ce dernier a affirmé pour sa part que cet attentat avait pour objectif de "terroriser les Libanais", dans une déclaration à la chaîne privée libanaise LBCI. "Il s'agit d'une tentative de terroriser les Libanais afin de les empêcher de se battre avec détermination pour un Liban libre et souverain. Mais nous allons répondre samedi par une manifestation monstre sur la place des Martyrs", dans le centre de Beyrouth, a-t-il prévenu. M. Aoun a ajouté qu'il "n'allait rien changer à son programme" et qu'il compte toujours "retourner au Liban samedi".
Prisonniers politiques
Les partisans du courant aouniste s'activent depuis une semaine pour préparer un accueil triomphal à leur chef qui avait déclaré, en 1988, une "guerre de libération contre la Syrie", alors qu'il présidait un gouvernement de militaires chrétiens.
De son côté, le porte-parole du Courant patriotique libre (CPLP, du aouniste), Elias Zoghbi, a affirmé dans une déclaration à la presse que la radio Saout al Mahaba, dont les locaux étaient en feu, a été visée car elle a diffusé vendredi une émission spéciale sur les Libanais toujours emprisonnés en Syrie. Selon des organisations libanaises de défense des droits de l'Homme, 440 Libanais sont portés disparus ou détenus en Syrie.
Cinquième attentat
Le Premier ministre libanais Nagib Miqati a annoncé mercredi, à l'issue d'un entretien à Damas avec le président syrien Bachar Al-Assad, "la formation d'une commission conjointe syro-libanaise chargée de faire une enquête complémentaire sur les prisonniers libanais en Syrie". Dans une interview au quotidien espagnol El Pais, le chef du gouvernement syrien Mohammad Naji Otri a affirmé que les Libanais détenus en Syrie "sont des terroristes".
Il s'agit du cinquième attentat à l'explosif à frapper ainsi des régions chrétiennes du Liban depuis l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février. Les précédents attentats dans la région chrétienne, du 19 mars au 2 avril, ont fait trois tués, une vingtaine de blessés et des dégâts estimés à plusieurs millions de dollars. Ils avaient visé des zones industrielle, commerciale et touristique et paralysé l'activité économique qui avait ensuite connu une timide reprise.Ces attentats s'étaient produits avant le retrait total de l'armée syrienne du Liban, achevé le 26 avril.
(Image LCI : sur les lieux de l'attentat à Jounieh)
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