Nos voisins se préparent au "non" français

Par , le 26 mai 2005 à 17h00 , mis à jour le 27 mai 2005 à 16h31

Même s'ils ne veulent pas croire à une victoire du "non", les dirigeants européens commencent sérieusement à en envisager les conséquences. De nombreuses questions se posent : faudra-t-il renégocier la Constitution ? Le processus de ratification doit-il se poursuivre ?

[Expiré] [Expiré] ue drapeaux © afp

Même s'ils affirment en public que le "oui" peut encore gagner grâce à un scénario "à la Liverpool", le plan Orsec est bel et bien déclenché chez les dirigeants européens. Tous envisagent désormais bel et bien un vote négatif dimanche soir et échafaudent désormais des plans pour en limiter les conséquences.

Deux mots reviennent quasiment dans tous les discours : si la France dit "non", l'Union européenne sera en "crise" et devra faire face à un "blocage". "Crise" car le refus proviendrait d'un "grand" pays, membre fondateur et moteur de l'UE, "blocage" car la Constitution ne peut entrer en vigueur que si elle a été ratifiée par l'ensemble des 25 membres.

Renégocier ? "Une blague"

Quelles solutions les leaders européens envisagent-ils alors pour sortir de l'impasse ? Peut-on imaginer par exemple une renégociation du traité ? Une nouvelle fois, cette possibilité a été totalement exclue jeudi, aussi bien par Valéry Giscard d'Estaing qui la qualifie de "blague" que par Gerhard Schröder, qui parle de son côté de "pure illusion". "Ne croyez pas que l'Histoire repassera le plat d'un meilleur traité" lancent également pour leur part Jacques Delors ou Helmut Kohl dans une "lettre ouverte à nos amis européens qui veulent voter non".

Si la renégociation est donc exclue, reste la possibilité d'organiser un nouveau référendum d'ici fin 2006. Dans une interview au quotidien belge Le Soir, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, président en exercice de l'UE, prône déjà cette nouvelle consultation. On se souvient que le Danemark avait ainsi revoté en 1992 sur Maastricht tout comme l'Irlande en 2001 sur Nice, sans que les textes aient été modifiés entre les deux référendums. On imagine cependant mal cette option être adoptée dans l'Hexagone.

Le Royaume-Uni votera-t-il ?

Autre question cruciale qui se poserait rapidement : doit-on poursuivre le processus de ratification ou le suspendre en attendant de trouver une solution ? "Si c'est oui, nous dirons donc : on poursuit ! Si c'est non, nous dirons : on continue" affirme Jean-Claude Juncker. "Je trouverais tout de même extraordinaire de dire aux autres peuples qu'ils peuvent rester chez eux car la France a décidé pour les autres" explique-t-il. Double problème : tout d'abord, les Pays-Bas, autre pays fondateur, seront le prochain pays à se prononcer, dès mercredi prochain. Or ils penchent à une large majorité pour le "non". Ensuite, il est fort probable que Tony Blair profite de la situation pour ne pas soumettre le Traité au Royaume-Uni. Le Premier ministre britannique éviterait ainsi une campagne qui s'annonce périlleuse, la plupart de ses concitoyens estimant le texte trop… social.

Bref, le Conseil européen des 17 et 18 juin prochains se déroulerait dans une ambiance tendue. "Si les Français rejettent la Constitution européenne, c'est nous qui en paierons les frais" a déjà lancé le Premier ministre polonais Marek Belka.

Par Fabrice Aubert le 26 mai 2005 à 17:00
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