"Nous avons un problème"

le 29 mai 2005 à 22h54 , mis à jour le 30 mai 2005 à 17h44

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, souligne que l'Europe se trouve désormais confrontée à un "problème" tandis que Jean Claude Juncker, président en exercice de l'UE et Gerhard Schröder affirment que le processus de ratification doit se poursuivre.

monde europe ue barroso commission © INTERNE

Le point sur le processus de ratification

L'Union européenne "a le coeur gros" mais "prend acte" du non français, a déclaré dimanche son président en exercice, Jean-Claude Juncker. "La ratification de la Constitution européenne doit se poursuivre", a-t-il ajouté, estimant qu'il serait de "mauvais goût" d'organiser un second référendum. "Nous entrons dans une période d'incertitude et d'insécurité. L'impact sur le développement économique de l'Europe ne pourra pas être positif", a dit Juncker lundi matin sur RTL. Il a également estimé que l'Europe, après le "non" français, serait "tout sauf plus sociale". "Nous ne pourrons pas renégocier le traité mais il faudra qu'un jour nous trouvions autre chose. Nous aurons d'ici là perdu 10 à 15 années", a-t-il ajouté. Il a également estimé que la position de la France ne sortait "pas renforcée" du verdict du référendum de dimanche.

Pour José Barroso, le président de la Commission européenne, "la France est toujours essentielle pour l’Europe mais effectivement maintenant nous avons un problème, je ne crois pas à une possibilité de renégociation dans le futur". Lundi matin, sur LCI, José Barroso ajoutait que le "non" français est "un problème sérieux pour l'Europe". "C'est pour nous impossible de concevoir l'Europe sans la France". "Donc je crois qu'il y aura un effort de la part de tous pour trouver une solution, et bien sûr avec la contribution très active de ce pays fondamental pour notre entreprise commune qu'est la France".

Le non français est "un revers pour le processus de la Constitution mais pas sa fin", a déclaré le chancelier allemand Gerhard Schröder. Il ne "signifie pas la fin du partenariat franco-allemand" a-t-il également souligné. Joshka Fisher, son ministre des Affaires étrangères, a ajouté qu'il mettait l'Europe "face à de grands défis".

Tony Blair a estimé que l'UE devait se donner un temps de réflexion après le "non" français. Le Premier ministre britannique a également expliqué qu'il est trop tôt pour savoir s'il organiserait ou non un référendum. "Au-delà de tout cela, il y a une question plus profonde qui concerne l'avenir de l'Europe et, en particulier, l'économie européenne".

Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, considère que "le processus de ratification doit continuer", tout comme Josep Borrell, le président du Parlement européen, et Gianfranco Fini, le chef de la diplomatie italienne.

La victoire du non est "très triste mais ne fait pas encore capoter le processus de l'intégration européenne", a estimé Jan Truszczynski, vice-ministre polonais des Affaires étrangères.  Selon lui, les autres pays européens devraient poursuivre le processus de ratification. "Le traité constitutionnel est un produit commun issu d'un compromis de 25 pays. En tant que tel, il demande une approche responsable de tous ceux qui l'ont signé".

C'est un jour "très, très triste pour la France et aussi pour l'Europe" mais "les rumeurs de mort de la Constitution européenne sont très exagérées", a affirmé le président du Parti socialiste européen (PSE), Poul Nyrup Rasmussen.

Romano Prodi, leader de l'opposition italienne de gauche et ancien président de la Commission européenne, s'est déclaré "extrêmement déçu". "Il faut réfléchir et écouter ces signaux de malaise. "Mais tout en tenant compte (de ces signaux), il faut malgré tout continuer à faire avancer le projet européen". Romano Prodi estimait lundi qu'il fallait "aller de l'avant" après le non français à la Constitution européenne car "faire marche arrière signifierait tuer la paix en Europe".

Le Premier ministre social-démocrate suédois Göran Persson a estimé que Jacques Chirac ne devait pas demander de nouvelles négociations après la victoire du non au référendum en France. "Il est important que Jacques Chirac se tienne à ses déclarations de ne pas rouvrir de nouvelles négociations parce que d'autres pays sont impliqués dans ce même processus de ratification. C'est un revers pour le président français et son gouvernement, c'est un revers pour le processus de ratification et c'est un revers énorme pour la perspective européenne".

Le Premier ministre social-démocrate tchèque Jiri Paroubek a regretté le rejet. "Je regrette que le résultat du vote ait été négatif, mais je respecte la volonté des électeurs français. Il faut prendre les choses telles quelles sont, certains objectifs seront peut-être atténués, il est difficile de s'attendre dorénavant à ce que le processus s'achève avant la fin de 2006".

Le rejet de la Constitution européenne constitue "le début d'une révolte des citoyens contre la bureaucratie de Bruxelles", a estimé le populiste autrichien Jörg Haider. "Je considère qu'il s'agit d'une chance pour l'Europe. Les citoyens étaient déçus des résultats économiques de leurs gouvernements. Il faut maintenant réfléchir sur la manière de rétablir les ponts entre les peuples et les gouvernements".

Le rejet par les Français de la Constitution européenne est "une motivation supplémentaire" pour le camp du non néerlandais à trois jours du référendum aux Pays-Bas, a estimé dimanche le Parti socialiste (SP), un petit parti néerlandais très à gauche qui milite pour le non. "Les Pays-Bas feront leur propre choix mais ce résultat donne une motivation supplémentaire au camp du non", a déclaré le député du SP Harry van Bommel.

(photo d'archives : José Barroso)

le 29 mai 2005 à 22:54
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