Ouzbékistan : Andijan, meurtrie, compte ses morts

Par D'après AFP, le 15 mai 2005 à 09h59 , mis à jour le 15 mai 2005 à 21h40

Les habitants d'Andijan, à l'est de l'Ouzbékistan où une insurrection a été réprimée dans le sang par le régime d'Islam Karimov, recherchaient dimanche les corps de leurs proches. La ville était quasiment coupée du monde.

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L'insurrection des habitants d'Andijan, à l'est de l'Ouzbékistan, et sa violente répression ont fait des dizaines de morts, mais aucun bilan précis ne pouvait être établi, dimanche matin. Le régime dictatorial d'Islam Karimov essayait coûte que coûte de couper tous les liens entre la ville et l'extérieur. Des cordons de sécurité, avec camions et blindés militaires, ceinturaient la ville, où morgue et hôpitaux étaient devenus inaccessibles, en particulier aux journalistes menacés d'expulsion.

Des témoins directs, dont un responsable de l'organisation des droits de l'Homme Apellatsia, déclaraient avoir vu au moins 300 cadavres, un chiffre dix fois supérieur à celui annoncé par le président. Un policier sous le couvert de l'anonymat disait avoir vu "des dizaines de morts" dans une morgue. Un journaliste local ayant réussi à pénétrer dans le bâtiment a décompté 32 corps d'hommes, nus, parfois posés dans la cour, certains avec une balle dans la tête, la poitrine ouverte puis recousue par les médecins légistes. La veille, a-t-il précisé, "une soixantaine de corps ont été récupérés par les familles".

Pauvreté et non islamisme

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Des soldats ouzbeks à Andijan (DR)
Les habitants s'attachaient dimanche à démentir les accusations de Karimov qui a dénoncé une rébellion dirigée par les islamistes liés au parti interdit Hizbi Tahrir. Ils défendaient un mouvement populaire né de la volonté de meilleures conditions de vie, dans cette région particulièrement pauvre de la vallée de Ferghana. Le président Karimov avait accusé samedi les islamistes dont "l'objectif est d'unifier les musulmans et d'établir un Califat, en reversant le régime constitutionnel".

La place devant le siège de l'administration régionale avait été le théâtre vendredi d'une manifestation de milliers de personnes venues soutenir les insurgés qui avaient fait libérer dans la nuit de jeudi à vendredi des centaines de détenus. Les troubles s'étaient propagés samedi à Kara-Suu, petite ville frontalière de l'Ouzbékistan et du Kirghizstan. Dimanche, face à l'afflux de réfugiés massés côté ouzbek, les autorités kirghizes ont annoncé la réouverture, pour cinq jours, de la frontière, fermée en raison de l'insurrection.

L'Onu se prépare à agir

Un camp de réfugiés a été ouvert dans le sud du Kirghizstan. C'est ce qu'ont annoncé dimanche les autorités kirghizes, qui se préparent, ainsi que l'ONU, à un afflux de réfugiés fuyant la région d'Andijan. Quelque 600 Ouzbeks, dont plusieurs blessés, avaient traversé en force samedi matin la frontière kirghize, près de la ville de Souzak, dans cette région de Djalal-Abad. Jerzy Skuratowicz, responsable du programme au développement des Nations unies (UNDP) au Kirghizstan, a confirmé à l'AFP qu'un camp avait été monté par les autorités, ajoutant qu'une mission du Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU avait été dépêchée dimanche dans la région de Djalal-Abad pour évaluer les besoins. "Il y aurait à peu près 600 réfugiés dans la région. Le gouvernement kirghize essaye de faire ce qu'il peut. Et pour le moment les autorités ont la capacité de gérer les choses", a-t-il déclaré. "Mais les services de l'ONU sont déjà en train de se préparer", en cas d'afflux plus important de réfugiés, a-t-il dit. "Nous ne savons pas encore quel en sera l'impact", a-t-il ajouté.

(Image LCI  / DR : une des rares images de Andijan)

Par D'après AFP le 15 mai 2005 à 09:59
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