
De violents combats ont repris samedi matin entre des insurgés et l'armée à Andijan, grande ville de l'est de l'Ouzbekistan, une ancienne république soviétique d'Asie centrale où des tendances islamistes sont très présentes. De longues rafales ont retenti dès l'aube. Signe d'une très vive tension, plusieurs journalistes, dont un des correspondants de l'AFP, ont été interpellés dans la nuit et conduits hors de la ville où ils ont été relâchés. Les accès d'Andijan ont entre-temps été interdits, un cordon étanche ayant été établi par la police et l'armée à l'aide de camions et blindés. Ils refusaient l'entrée tant aux journalistes qu'aux habitants voulant rentrer chez eux. Seules les télévisions officielles, très contrôlées, ont pu donner leur version des événements. Les retransmissions des chaînes étrangères comme CNN ou la BBC ont été bloquées vendredi.
Des centaines de morts
Le bilan officiel du premier jour de l'insurrection, vendredi, est de 9 morts et 30 blessés. Mais selon un médecin d'Andijan, au moins cinquante personnes ont été tuées et une centaine d'autres blessées. Mais sur la place de la manifestation, 20 cadavres étaient encore allongés sur le sol samedi. Et à un kilomètre de là, près du cinéma Tchoulkon, entre 20 et 30 autres cadavres de civils étaient aussi posés à même le sol samedi matin, ont constaté les journalistes de l'AFP.
D'autres témoins parlent de centaines de morts. "Vendredi soir, les forces gouvernementales ont ouvert le feu sur les civils, et des centaines de personnes ont été tuées", a déclaré Saidjahon Zaïnobidinov, président de l'organisation pour les droits de l'Homme Appelatsia, interrogé par téléphone par l'agence Interfax. "A l'aube, des corps ont été évacués dans cinq véhicules : trois camions ZIL, un camion Oural et un autobus. Ils étaient tous remplis de corps", a-t-il ajouté, sans préciser s'il avait vu lui même ces camions ou s'il citait des témoignages. "J'ai vu 200 cadavres. C'est une véritable guerre", déclare pour sa part à l'AFP Abdoul Vakhid Gassourov, 22 ans, un des très rares témoins à accepter de donner son nom. "Il y a 300 ou 400 cadavres. Je les ai vus", près de la mairie "tout est couvert de sang", ajoute un autre, Bakhodyr, âgé d'environ 55 ans, qui refuse de donner son nom de famille. "Près de la mairie, il y a au moins 100 ou 200 cadavres, mais la télévision ne les montre pas", assure encore un autre habitant.
Les insurgés demandent la médiation de la Russie
Alors que la traque des insurgés se poursuivait dans d'autres parties de la ville, la colère des habitants, qui ont soutenu en nombre l'insurrection en réclamant de meilleures conditions économiques et fustigeant l'autoritarisme du président Islam Karimov, continuait d'éclater sur la place centrale. "A bas le président Karimov qui fait tirer sur son propre peuple!", scandait samedi une foule en colère sur la place devant le siège de l'administration, où les six cadavres retirés du bâtiment, dont deux femmes, ont été disposés.
C'est l'une des plus graves crises auxquelles ait eu à faire face le président ouzbek, qui depuis 1991 dirige d'une main de fer ce pays d'Asie centrale, riche en gaz et où se trouve une base militaire américaine. L'insurrection a été notamment déclenchée pour protester contre le procès en cours de 23 personnes accusées de propager des idées islamistes radicales, et pour les faire libérer. Les insurgés ont demandé la médiation de la Russie. Mais le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a souligné qu'il s'agissait d'une "affaire intérieure ouzbèke". Et Moscou a ajouté qu'elle "condamnait les extrémistes" et soutenait M. Karimov.
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