Répression sanglante à Andijan

le 14 mai 2005 à 15h30 , mis à jour le 14 mai 2005 à 21h57

Les combats commencés dans la nuit de jeudi à vendredi ont déjà fait de nombreuses victimes dans la ville ouzbèke. Mais le bilan reste difficile à établir, le régime d'Islam Karimov s'efforçant de contrôler toutes les sources d'information. Le Kremlin s'inquiète de cette nouvelle "tentative de déstabilisation".

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Des dizaines de cadavres jonchaient samedi les rues d'Andijan, dans l'est de l'Ouzbékistan, où la situation restait très tendue, avec un impressionnant déploiement des forces de sécurité, alors que le président Islam Karimov a fait état d'une trentaine de morts. Mais ce bilan semble nettement sous-évalué, un journaliste de l'AFP sur place ayant vu une cinquantaine de cadavres gisant encore dans les rues. Un responsable de l'organisation ouzbèke des droits de l'Homme Apellatsia a assuré pour sa part avoir vu quelque "300 cadavres" chargés à l'aube par des soldats à bord de camions et d'autobus. Plusieurs autres témoins faisaient état d'au moins 200 morts.

Mais les bilans sont pratiquement impossibles à vérifier : les autorités ont fait tout le possible pour que l'information ne circule pas. Plusieurs journalistes ont été interpellés et reconduits hors de la ville, bloquée par les forces de l'ordre, d'autres, comme le correspondant de l'agence locale Ferghana, se sont vu "conseiller" vivement de quitter l'agglomération. Et depuis vendredi, les transmissions des télévisions étrangères, comme la BBC ou CNN, sont bloquées sur le territoire ouzbèke. Devant l'hôpital central, des hommes en armes empêchent aussi tout accès aux blessés, et la plupart des médecins préfèrent ne donner aucune information, même par téléphone.

Vladimir Poutine "préoccupé"

Des centaines de personnes sont revenues samedi devant le siège de l'administration pour protester contre ce pouvoir qui, vendredi, a fait tirer sur la foule venue soutenir les insurgés, demander de meilleurs salaires et plus de démocratie. Des hélicoptères survolaient la place, des blindés stationnaient à proximité, et du pont situé de l'autre côté de l'avenue bordant les lieux, des militaires tiraient régulièrement quelques rafales. "On va vous tuer tous", criaient des soldats aux manifestants. Mais s'ils fuyaient sous les tirs, les manifestants revenaient ensuite.

Karimov, qui la veille s'était rendu à Andijan prenant la situation sous son contrôle, a réuni la presse samedi à Tachkent et a accusé des groupes islamistes liés au parti interdit Hizbi Tahrir d'être derrière l'insurrection, les mêmes qui ont participé, selon lui, aux troubles récents au Kirghizstan voisin. "Les plans ont été élaborés par les mêmes personnes qui ont organisé les évènements à Och", ville du sud du Kirghizstan où avaient débuté les manifestations populaires ayant conduit au renversement du président kirghiz Askar Akaïev en mars dernier. "Selon nous, c'est lié au Hizbi Tahrir", a ajouté Islam Karimov, évoquant le mouvement islamiste interdit en Ouzbékistan et accusé par Tachkent de plusieurs attentats dans le pays.

Vladimir Poutine a eu une conversation téléphonique samedi avec son homologue ouzbek. Tous deux ont exprimé leur "préoccupation" au sujet de "tentatives de déstabilisation de la situation en Asie centrale", a rapporté le Kremlin. Fuyant les violences, plus de 600 Ouzbeks, dont plusieurs blessés, ont traversé en force samedi matin la frontière avec le Kirghizstan voisin, fermée depuis vendredi, ont rapporté les autorités kirghizes.

Photo d'ouverture : insurgés à Andijan - DR

le 14 mai 2005 à 15:30
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