"La victoire de Blair ne fait aucun doute"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 04 mai 2005 à 06h45 , mis à jour le 04 mai 2005 à 07h07

Les Britanniques renouvellent ce jeudi la Chambre des communes et choisissent leur Premier ministre. Tony Blair, au pouvoir depuis 1997, se dirige vers une troisième victoire. Gilles Leydier, professeur de civilisation britannique, explique pourquoi.

grande-bretagne tony blair pendant le débat sur l'Irak 18 mars 2003 © INTERNE

Gilles Leydier est professeur des universités, spécialiste en civilisation britannique. Il est notamment auteur de "Partis et élections au Royaume-Uni depuis 1945", publié aux éditions Ellipses.

Tf1.fr : Certains s'attendaient à une campagne difficile pour Tony Blair. Il devrait finalement s'imposer assez facilement.
Gilles Leydier : En réalité, ceux qui annonçaient de telles difficultés n'étaient pas si nombreux. La guerre en Irak pouvait effectivement laisser penser qu'une partie de l'électorat travailliste ferait défaut. Mais le New Labour est, de loin, le parti dominant. Il a ainsi conservé une marge importante depuis le début de la campagne, avec au minimum 4 à 5 points d'avance. Même s'il n'obtient pas les mêmes scores qu'en 1997 et 2001, il devrait obtenir une nette majorité.

Tf1.fr : Pourquoi un tel soutien à Blair ?
G.L. : En raison de son bon bilan économique et social. Dans ce domaine, longtemps chasse gardée des conservateurs, les travaillistes sont désormais perçus comme les meilleurs gestionnaires. Après avoir fait les preuves de leur compétence lors de leur premier mandat, ils ont ensuite utilisé les excédents dégagés pour réinvestir dans le domaine public (éducation, santé, transports), mis à mal par les Tories (ndlr : conservateurs).

L'économie britannique, débarrassée de ses périodes de "stop and go", est désormais stable, le chômage faible, l'investissement important, les taux d'intérêt sont bons. Bref, tous les indicateurs macro-économiques sont au vert. Le New Labour propose logiquement de continuer sur le même chemin pour cette nouvelle législature.

"Blair est désormais au centre"

Tf1.fr : Pour quelles raisons les Tories et les libéraux-démocrates n'offrent-ils pas d'alternative crédible ?
G.L. : Ayant abandonné de fait le centre-gauche, Tony Blair se situe désormais au centre. Les deux autres partis ont donc beaucoup de mal à se positionner. Sur le plan économique, les conservateurs admettent qu'ils poursuivraient la même politique qu'actuellement. Ils ont par exemple abandonné l'idée des baisses d'impôts, qui impliquerait de stopper la modernisation du service public. Leur seule manière de se distinguer se situe sur l'immigration et le droit d'asile. Ils ont mené sur ce sujet une campagne très à droite, en phase avec leur électorat traditionnel. Mais ce positionnement ne leur permet pas de gagner des voix au centre, bien au contraire puisqu'il effraie l'électorat modéré.

De son côté, le parti libéral-démocrate, traditionnellement au centre, a effectué le chemin inverse du New Labour, pour se placer au centre-gauche. Mais face à un Tony Blair au centre de l'échiquier et brandissant son bilan économique et social, il lui est très difficile d'exister.

Tf1.fr : Au-delà du programme, il manque également aux deux autres partis une personnalité charismatique pour s'opposer à Blair.
G.L. : Tout à fait. Après avoir misé sur la jeunesse de William Hague en 2001, les Tories ont cette fois confié leur destinée à Michael Howard. Mais, sans charisme, âgé de 63 ans, il incarne plutôt le passé. Et il a fait l'erreur de centrer sa campagne sur la personnalité de son adversaire en demandant : "can you trust Blair" ("pouvez-vous faire confiance à Blair ?"). Or les Britanniques ont moins confiance en Howard qu'en Blair. De son côté, Charles Kennedy, le leader des libéraux-démocrates, se présente comme un homme ordinaire, proche de l'Anglais moyen. Ce qui le rend peu crédible pour s'installer à Downing Street.

"Blair est déjà une exception"

Tf1.fr : La question irakienne a également peu pesé sur la campagne. Pourquoi ?
G.L. : La guerre remonte à deux ans et la situation s'est améliorée sur le terrain avec les élections et la formation du gouvernement. Surtout, les questions internationales font rarement la différence face aux questions intérieures (situation économique et sociale, criminalité…).

Les Tories, qui ont soutenu la guerre, ont aussi du mal à se montrer crédibles, malgré leur baroud d'honneur des derniers jours sur le sujet. Seul le parti libéral-démocrate s'est toujours vivement opposé à l'intervention et continue d'ailleurs d'exiger un retrait rapide du contingent.Au pire pour Blair, son électorat, qui ne peut se tourner vers les Tories pour l'Irak, choisira l'abstention ou les libéraux-démocrates. Les dégâts seront donc minimes.

Tf1.fr : Peut-on néanmoins imaginer une surprise de dernière minute ?
G.L. : Non. Une victoire des Tories est vraiment impossible. Ils partent de trop loin, le découpage électoral et le mode de scrutin leur sont défavorables. Un seul coup de théâtre, très improbable, pourrait néanmoins se produire : un succès sans majorité absolue pour le Labour, ce qui l'obligerait à former une alliance avec les libéraux-démocrates.

Tf1.fr : Tony Blair, à peine âgé de 52 ans, a annoncé qu'il s'agissait de sa dernière campagne. Un peu tôt pour prendre sa retraite politique, non ?
G.L. : Le Royaume-Uni n'est pas la France. La tradition y est de laisser la main assez tôt. Huit ans pour un Premier ministre britannique, c'est déjà beaucoup. Avec trois victoires, Tony Blair serait déjà une exception pour le Labour. Côté Tories, Margaret Thatcher a bien dépassé les dix ans (ndlr : 1979-1990) mais a été écartée avant la fin de sa troisième législature. Il n'est d'ailleurs pas improbable que le Labour demande à Blair de s'écarter avant les prochaines élections si l'usure venait à se faire sentir dans l'opinion.

(photo d'archives : Tony Blair à la Chambre des communes)

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 04 mai 2005 à 06:45
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