"Chirac et Schröder doivent cesser d'être arrogants"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 27 juin 2005 à 16h48 , mis à jour le 24 juin 2005 à 17h18

Quel avenir pour le couple franco-allemand après la crise que traverse l'Europe ? Andreas Schockenhoff, député CDU, estime que les deux pays doivent continuer à donner l'impulsion à l'UE, mais en étant moins autoritaires et plus pédagogiques.

andreas schockenhoff

Andreas Schockenhoff est député CDU au Bundestag. Il est vice porte-parole de son groupe à la Commission des Affaires étrangères et européennes et préside également le groupe d'amitié parlementaire Allemagne-France. 

Tf1.fr : Le couple franco-allemand sort affaibli de la crise européenne.
Andreas Schockenhoff : Tout à fait. Il y a en fait deux problèmes. Tout d'abord, le comportement de Chirac et Schröder ne permet pas à la France et à l'Allemagne de jouer leur rôle de moteur. Arrogants, ils n'ont pas intégré les petites nations, ils les ont mises devant le fait accompli. L'élargissement est un processus compliqué, il faut s'accorder avec les alliés, et non pas se comporter comme un général. Or cela a été le cas à plusieurs reprises : la crise irakienne, le nom du président de la Commission ou encore la levée de l'embargo sur les armes vers la Chine. Schröder l'a proposée lors d'un voyage à Pékin. A son retour, je lui ai fait remarquer que c'était un sujet qui devait se discuter au Conseil européen. Il m'a répondu : "Il y a un accord européen. J'ai téléphoné à Chirac". Désormais, ce schéma ne fonctionne plus. Il faut faire preuve de pédagogie et de psychologie.

Ensuite, la France et l'Allemagne possèdent les sociétés les plus conservatrices de l'UE. Elles ont du mal à tolérer les réformes de structure de l"agenda de Lisbonne" pour rendre leur économie compétitive et s'adapter à la mondialisation. Chez nous, le climat est néanmoins plus favorable, les gens commencent à être prêts à accepter ces changements pour se débarrasser de l'immobilisme. Pour sortir de cette crise de la démocratie, il faut dire la vérité et dire ce que l'on fera lorsqu'on sera au pouvoir. C'est ce que nous essayons de faire à la CDU. Dans ce cas, les citoyens suivent, sans enthousiasme il est vrai, mais ils suivent.

Tf1.fr : L'UE, simple  zone de libre-échange ou entité politique ? Le débat vient également de ressurgir.
A.S. : Je suis persuadé que la France et l'Allemagne ont une vision totalement opposée à celle de l'Angleterre. Nous devons nous associer, nous ne pouvons pas différencier succès économique et succès politique. Au 21e siècle, le monde sera multipolaire avec la Chine, l'Inde et les Etats-Unis. Or aucun pays en Europe n'est capable de peser par lui-même. Nous devons pousser l'intégration politique, notamment en matière de diplomatie et de sécurité. D'ailleurs, lors du référendum, les Français n'ont pas repoussé la partie 1 de la Constitution qui donnait les bases de cette Europe politique. Ils ont repoussé la partie 3, celle des acquis communautaires, qui ne correspond plus à l'élargissement.

"Associer Londres à l'axe Paris-Berlin"

Tf1.fr : Doit-on alors poursuivre cet élargissement, notamment avec la Turquie ?
A.S. : Il faut que les nouvelles entrées se fassent sur des critères précis, et non pas sur une date arbitraire décidée plusieurs années à l'avance. La question turque est ainsi un vrai désastre politique. Il faut ancrer la Turquie à l'UE, c'est un fait, mais pas de la manière qui a été utilisée. Quoi qu'on dise, l'Europe est une entité culturelle. Sur ce point, la Turquie n'est pas européenne. Ce n'est ni être raciste ni être démagogue de l'affirmer. Lors d'une réunion publique sur le sujet, j'ai demandé à l'assistance de me citer des auteurs ou dramaturges russes. J'ai eu une dizaine de réponses. J'ai demandé la même chose pour la Turquie. Aucun nom n'est venu.

Bien sûr, la CDU ne remet pas en cause l'ouverture des négociations prévue en octobre. Mais il faut absolument que celles-ci soient ouvertes, il faut éviter le "tout ou rien" à la fin du processus. On ne peut pas négocier avec les Turcs pendant 10 ou 20 ans en sachant qu'un référendum en France décidera à la fin de leur sort. Ce choix de Chirac n'est pas sérieux. Il y a une alternative, celle du "partenariat privilégié". On peut d'ailleurs se rapprocher de la Turquie dès maintenant, par exemple en matière de sécurité et d'immigration. En revanche, l'adaptation de la société turque sera plus difficile que l'on pense. Il ne faut donc absolument pas négocier un statut définitif entrant en vigueur à une date arbitraire. L'intégration est un processus évolutif, il n'y a pas un seul et unique modèle.

tf1.fr : Votre parti est donné gagnant des législatives de septembre. Quelles seraient les différences en matière de politique étrangère et européenne par rapport au gouvernement actuel ?
A.S. : Schröder et Fischer (ndlr : le ministre des Affaires étrangères) ont mené une politique extérieure de prestige pour se donner de la contenance à l'intérieur. Ils n'ont aucune vision de la place de l'Allemagne dans le monde et sont obsédés par se retrouver à la table des grands. Or pour faire progresser l'Europe, il faut s'intéresser et visiter les pays de l'Est, les Pays-Bas, l'Autriche… C'est du boulot.

Si Angela Merkel devient Chancelière, sa politique européenne sera marquée par trois axes. Premièrement, gagner en compétitivité en associant Londres à l'axe Paris-Berlin. Ensuite, gagner en représentativité sur la scène mondiale en proposant -et non pas en imposant- par exemple une force européenne de défense. Enfin, relancer le lien transatlantique, sans subordination aux Etats-Unis. Pour la CDU, c'est une raison d'Etat. D'ailleurs, beaucoup de membres de l'UE ne sont pas prêts à se passer de ce lien avec Washington.

"La CDU peut concilier les points de vue de Washington et de Paris"

Tf1.fr : Justement, sur ce sujet, certains craignent en France qu'Angela Merkel ne s'aligne sur les positions de George W. Bush.
A.S. : Nous pensons que la relation avec Washington et celle avec la France ne sont pas contradictoires. Nous savons que vous aurez toujours une attitude différente de la nôtre sur ce sujet. Mais nous pouvons concilier les deux points de vue. En fait, nous avons un avantage sur vous : nous pouvons nous permettre d'être critiques car nous n'avons pas à faire preuve de fiabilité étant donné que la CDU a été à l'origine de l'ancrage à l'Ouest de l'Allemagne dans les années 80.

Tf1.fr : Pour revenir à un thème d'actualité, si vous gagnez en septembre, vous devrez renégocier le budget européen. Quel est votre le sentiment sur l'échec du sommet de Bruxelles et le bras de fer Chirac-Blair ?
A.S. : La position de Blair n'est pas sérieuse. L'agriculture est aujourd'hui le seul vrai domaine économique intégré au niveau de l'UE. Au contraire, la recherche dépend des Etats. On ne peut donc pas comparer les deux puisque donner de l'argent pour la recherche, c'est le donner aux Etats, pas à l'UE. Dans ce cas, il faudrait mettre l'accent sur des sujets comme la sécurité ou la diplomatie. Plus globalement, la politique agricole est importante pour la France. Il faut donc trouver un compromis acceptable.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 27 juin 2005 à 16:48
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2 Commentaires

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  • Xx, le 27/06/2005 à 18h39

    Je pense qu'il faut larguer l'europe et faire un traiter d'alliance avec l'allemagne, tout en conservant nos identites reciproque, il faut federer nos deux pays, a 25 ce n'est plus possible de faire quoi que ce soit, cela epuise les forces de nos deux pays. a 2 on pourra toujours arriver a trouver un accord, avec 150 millions on aura un poids consequent sur la scene internationale, je travaille dans une societe qui combine allemand et francais, cela demultiplie notre puissance car nous sommes complementaires.

  • Xxx, le 27/06/2005 à 18h30

    L'argent pour la recherche n'est pas seulement donné aux etats, les projets europeen sont de plus en plus axés sur le financement de projet de recherche et de developement pour les pme/pmi ... Bref a chacun son petit mensonge ...

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