"Désaccord aigu" entre Blair et Chirac

le 14 juin 2005 à 19h48 , mis à jour le 15 juin 2005 à 09h04

Tony Blair a reconnu l'existence d'un "désaccord aigu" avec la France sur le budget européen, mardi à l'issue d'un entretien à l'Elysée avec Jacques Chirac. Le chef de l'Etat français a souhaité pour sa part "un accord raisonnable et équitable" au sommet de Bruxelles des 16 et 17 juin.

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"En ce qui concerne le financement futur (de l'UE), c'est très difficile". C'est le constat, loin du langage diplomatique, qu'a dressé mardi le Premier ministre britannique lors d'une conférence de presse à l'ambassade du Royaume-Uni, après une heure trente de discussion avec le chef de l'Etat français à l'Elysée. "La rencontre que je viens d'avoir avec le président Chirac a été amicale, mais de toute évidence, il y a un désaccord aigu et je pense qu'il est difficile de combler ces différences", a ajouté Tony Blair, précisant que les discussions continuaient au niveau européen.

Côté français, le porte-parole de la présidence, Jérôme Bonnafont, a rapporté le fond de la déclaration de Jacques Chirac à son invité : "la France aborde la discussion avec la volonté d'aboutir à un accord raisonnable et équitable, ce qui suppose que chacun en prenne sa part" lors du Conseil européen. Jacques Chirac, soutenu par le chancelier allemand Gerhard Schröder, réclame une révision du rabais dont bénéficie la Grande-Bretagne au budget européen, tandis que Tony Blair demande que le financement de la Politique agricole commune (PAC) soit remis à plat. Lors de leur rencontre, les deux dirigeants ont campé sur leurs positions.

Le couple franco-allemand "n'est pas le seul" en Europe

"Dans la situation de crise politique où se trouve l'Europe, il est important de ne pas ajouter des difficultes financières. Les Européens souhaitent qu'à Bruxelles, le Conseil manifeste un esprit de rassemblement et d'unité et démontre sa capacité à aller de l'avant", a souligné le chef de l'Etat, cité par son porte-parole. Mais, a rétorqué Tony Blair, "nous dépensons dans le domaine agricole dix fois ce que nous dépensons en recherche. Je comprends qu'un pays veuille subventionner son agriculture. Mais il y a un problème quand l'Union européenne décide d'engloutir 40% de son budget dans un secteur qui représente 2% des emplois". Au cours de cet entretien, Tony Blair a par ailleurs relativisé l'importance du couple franco-allemand, certes "fondamental" à ses yeux, mais qui "n'est pas le seul".

Sur la Constitution européenne, autre grand sujet de la réunion de Bruxelles, Blair et Chirac ont aussi présenté des vues pas très éloignées. Après le rejet français suivi du non néerlandais, Chirac plaide pour la poursuite du processus de ratification, mais assorti d'une réflexion sur le "message qui a été adressé". Le président a réaffirmé qu'"il n'appartenait pas à un pays seulement de décider de l'avenir du traité négocié et signé à 25 et qu'il fallait donc prendre à Bruxelles une décision collective". Blair est allé plus loin, "plus convaincu que jamais qu'il faut faire une pause afin d'avoir une période de réflexion" sur la Constitution européenne, a-t-il dit, parlant de "plusieurs mois". Il faut, selon lui, "donner à l'Europe la direction dont elle a besoin sur des sujets clés" comme la mondialisation, la sécurité, l'immigration, le trafic de personnes, ou encore la recherche, l'économie et l'inovation. Ce besoin d'une "pause" est un sentiment que partage le président de la Commission européenne José  Manuel Durao Barroso. "La meilleure solution, mais je ne veux pas entrer dans la compétence des  Etats nationaux, peut être la prudence, je conseillerais au moins une pause, une  réflexion, se donner du temps", a-t-il déclaré mardi soir dans une interview à France 3. "Parce qu'effectivement il y a ce risque-là, a-t-il ajouté en référence à l'éventualité d'autres votes négatifs. "On le voit, on le sent", a-t-il dit.

La Constitution et les Européens "pas sur la même longueur d'onde"

La Constitution européenne "n'est pas sur la même longueur d'onde que la population", a déclaré mardi le Premier ministre britannique Tony Blair, au cours d'un entretien diffusé au 20 heures de TF1. "Il y a des questions fondamentales que les Européens se posent aujourd'hui sur l'avenir de l'Europe et (...) nous ne répondons pas à ces questions : économie, mondialisation, sécurité, criminalité, immigration, des questions dont on parle tous les jours dans la rue", a-t-il ajouté.

Photo d'ouverture : la rencontre Tony Blair-Jacques Chirac, mardi. Sourires devant les photographes, tension en coulisses - DR

le 14 juin 2005 à 19:48
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