L'expulsion d'une journaliste choque la presse

le 21 juin 2005 à 21h45 , mis à jour le 22 juin 2005 à 18h39

Anne-Sophie Le Mauff, qui fait partie des rares journalistes français encore en Irak, a été convoquée mardi au ministère irakien de l'Intérieur qui lui a signifié sa prochaine expulsion. Une décision qui aurait été prise à la demande de la France, ce que Paris dément. RSF dénonce une "procédure inacceptable".

anne_sophie_le_mauff

Une journaliste française en Irak est sous le coup d'une décision d'expulsion par les autorités irakiennes pour des raisons de sécurité, selon le ministère français des Affaires étrangères, une mesure dénoncée par l'organisation Reporters sans Frontières. La journaliste indépendante, Anne-Sophie Le Mauff, a joint mardi RSF par téléphone pour lui faire part de l'imminence de son expulsion, ajoutant que "les responsables du ministère irakien de l'Intérieur lui avaient expliqué qu'ils agissaient ainsi à la demande des autorités françaises". Les autorités irakiennes lui auraient donné deux jours pour quitter le pays. Le ministère français des Affaires étrangères a immédiatement démenti avoir fait une telle demande, tout en confirmant la décision irakienne d'expulsion de la journaliste.

"Les autorités irakiennes ont fait part à la journaliste française Anne-Sophie Le Mauff de leur décision de l'expulser en raison de menaces pesant sur sa sécurité", a indiqué le ministère dans un bref communiqué. "Cette mesure a été confirmée à notre ambassade à Bagdad. Il s'agit d'une décision souveraine des autorités irakiennes dont nous prenons note", poursuit le texte. De son côté l'ambassadeur de France en Irak Bernard Bajolet a déclaré mardi : "Nous découvrons cette affaire et nous interrogeons les autorités irakiennes" à ce sujet. Pour sa part, RSF "dénonce une procédure inacceptable" contre cette journaliste, "qui travaille en Irak depuis plus d'un an, notamment pour les quotidiens français L'Humanité et Sud-Ouest, Radio Monte-Carlo, Radio Vatican et Radio Canada".

La journaliste s'installe chez des amis irakiens

Faisant partie de la petite poignée de journalistes français encore présents en Irak, elle a été convoquée mardi matin au ministère irakien de l'Intérieur et "elle a appris auprès des services (de ce ministère) qu'elle allait recevoir, le lendemain, un ordre d'expulsion", poursuit RSF dans son communiqué. RSF ajoute que "si les autorités françaises ont réellement demandé aux Irakiens d'expulser Anne-Sophie Le Mauff, cette procédure est inacceptable". (...) L'interférence d'un gouvernement, même s'il agit pour des raisons de sécurité, n'est pas admissible", poursuit l'organisation de défense de la liberté de la presse, qui assure : "nous avions déjà entamé des démarches avec Anne-Sophie Le Mauff pour réduire les risques. Elle nous avait promis lundi qu'elle ne sortirait plus de son hôtel tant que la situation actuelle perdurerait. Parallèlement, ses différents employeurs, en France et à l'étranger, envisageaient la possibilité de la faire rentrer en France en lui assurant des revenus décents, le temps de trouver une solution pour garantir au mieux sa sécurité".

La journaliste, semblant très affectée par la menace d'expulsion, a en outre précisé par téléphone à Robert Ménard, secrétaire général de RSF, qu'"elle avait quitté son hôtel et qu'elle s'était installée chez des amis irakiens", a rapporté celui-ci. Anne-Sophie Le Mauff avait fait état dans le quotidien L'Humanité, le 13 juin, d'une lettre de l'ambassadeur de France en Irak, Bernard Bajolet, lui demandant de quitter l'Irak pour se mettre à l'abri de tout éventuel enlèvement.

Mardi soir, la télévision publique belge RTBF et le quotidien Le Soir, médias pour lesquels travaille également la journaliste française ont dénoncé "une atteinte grave à la liberté de la presse".

Photo d'ouverture : Anne-Sophie Le Mauff - DR

le 21 juin 2005 à 21:45
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22 Commentaires

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  • Momo, le 22/06/2005 à 17h01

    Comprends pas comment on peut travailler pour l'humanite et radio vatican qu'on m'explique

  • Arnaud, le 22/06/2005 à 14h41

    "L'interference d'un gouvernement (...) est inacceptable" : et elle était inacceptable l'interférence du gouvernement pour la libération de Florence Aubenas et autres détenus ?...

  • Regis, le 22/06/2005 à 14h38

    Tout d'abord, G. Malbruno et C. Chenot ont dit que leurs géoliers leur avaient dit de quitter, eux et leurs collègues français, l'Irak,par sécurité Quatre personnes enlevées, libérées, à quel prix? Cela suffit. Ce n'est plus de l'info, c'est une réserve pour l'industrie du rackett. D'autre part, qui pense aux agents qui risquent en nombre leur peau, pour des irresponsables, au premier rang desquels,Robert Ménard, de R.S.F.? Encore une fois, les deux premiers otages français ont souligné les dangers qu'ont courru les agents de la D.G.S.E. qui ont autre chose à faire pour leur pays, que de jouer aux babies sitters de luxe, pour enfants gâtés et capricieux: Certains journalistes, qui savent que de toute façon, on ne les laissera jamais tomber, alors qu'à partir de maintenant, ils le mériteraient.

  • Deri, le 22/06/2005 à 14h23

    On fait beaucoup plus de scandale à propos des rançons que par rapport aux millions de l'Etat jetés par les fenêtres, dont nous avons pourtant en ce moment les procès sous les yeux, faible partie émergée de l'iceberg. Alors une rançon pour quelqu'un qui risque sa vie pour raconter ce que souffrent les autres, ça ne me dérange pas. La liberté de la presse, c'est sacré. On l'a appris à nos dépens par le passé.

  • Dan, le 22/06/2005 à 14h20

    Liberté de la presse...Bien sûr, mais malheureusement, il y a un prix a payer, ce peut être la vie des journalistes ou céder au chantage aux otages...Et la aussi, à quel prix...???. Quand on n'est pas prêt à l'admettre...Et bien on reste chez soit....De mon point de vue tout le reste est "conversations de salons"....

  • Benmoussa, le 22/06/2005 à 13h36

    Je ne vois pas pourquoi utilisé le mot choque puisque c'est pour garantir la sécurité de la journaliste. je ne pense pas que cette decision porte atteite a la liberte de presse, je trouve au contaire que si Anne-Sophie Le Mauff encoure un danger quelconque elle devrait rentrer en france

  • Carine, le 22/06/2005 à 13h23

    Mais en quoi est ce inacceptable?En quoi?C'est plus du journalisme c'est de l'inconscience de rester en Irak.La presse vit pour qui et grace à qui?Nous bien sur!!Mais on ne demande pas que la vie d'une personne soit en danger sous prétexte d'avoir des informations sur ce qu'il se passe en Irak.Je suis daccord pour la liberté d'expression et tout les journalistes qui travaille dans des conditions à risque ont tout mon respect mais faut pas déconner.Depuis des mois on nous bassine que l'Irak est devenu trop dangereux pour les reporters et que voit on?Qu'une accro au sensation forte dit faire son métier au nom de la liberté de la presse.Il y a une différence entre mourir en tant que journaliste sur le terrain et se faire assassiner en tant qu'otage dans une cave.Je ne m'inquièterais pas pour elle,désoler.

  • MICHEL, le 22/06/2005 à 13h19

    Vous n'avez pas encore compris que les journalistes nous gonflent vraiment... Comment ce journaliste peut elle donner des informations objectives enfermer dans son hotel sans sortir... On se moque de qui??? Ayez le cran de me publier apres 10 vaines tentatives...

  • Françoise, le 22/06/2005 à 11h45

    On ne peut totalement exclure une demande de la France, mais les autorités irakiennes, dans tous les cas, sont ennuyés par les prises d'otages, et pensent à l'avenir de leurs relations avec la France, qu'ils veulent privilégier, c'est certain. Ils est tout à fait naturel, dans cette optique, qu'ils veuillent protéger les cibles d'enlèvement faciles et potentielles.

  • Lucille, le 22/06/2005 à 11h19

    Je pense que les autorités irakiennes ont raison, dans un certain sens. Pour le moment, nous avons eu la chance merveilleuse de retrouver nos otages, certes, après une très longue durée de détention. Devrions-nous attendre que l'un de nos journalistes y perde la vie pour comprendre que les journalistes français sont "convoités" là-bas ? Ceci n'est qu'une simple mesure de précaution, même si elle entrave la liberté de la presse . . .

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