"La France essaiera de freiner les négociations avec la Turquie"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 14 juin 2005 à 11h26 , mis à jour le 16 juin 2005 à 22h08

Alors que l'UE est en pleine crise institutionnelle, la question des négociations sur l'adhésion d'Ankara se profile. Ahmet Insel, professeur à l'Université de Galatasaray, nous explique notamment que le "non" de la France et son attitude depuis le référendum sont perçus comme un rejet en Turquie.

ahmet insel

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tf1.fr : Comment les Turcs ont-ils accueilli le "non" français : le voient-ils notamment comme un rejet de la Turquie ?
Ahmet Insel : Oui. Même si cela n'a joué qu'à la marge dans le résultat final, on sait qu'une partie du "non" est en fait un "non" à la Turquie. Mais nous sommes également conscients que même parmi les partisans du "oui", il y avait des opposants à notre entrée dans l'Union européenne, notamment à l'UDF et à l'UMP. En France, il y a donc une majorité contre l'adhésion turque, c'est un fait.

Mais une chose est plus grave : avant même le référendum et surtout depuis la formation du nouveau gouvernement où Sarkozy occupe une place importante, on constate que la France a adopté comme stratégie d'incarner le bouclier de l'UE contre la Turquie. Par exemple, lors de la réunion de préparation du Conseil européen de Bruxelles, avec l'appui de Vienne, Paris a tenté de ne pas faire figurer le 3 octobre (ndlr : date prévue d'ouverture des négociations) à l'ordre du jour. Finalement, un compromis a été trouvé pour laisser de côté tout ce qui concerne l'élargissement. Mais la position française, passionnelle, est considérée par la classe politique et l'opinion turques comme étant "plus royaliste que le roi". Bref, tout ceci remet en cause la crédibilité de la parole donnée en décembre dernier.

tf1.fr : Craint-on que tout ceci remette en cause l'ouverture des négociations, voire l'adhésion ?
A.I. : Normalement, il n'y a aucune raison institutionnelle pour que cela soit le cas. D'ici le 3 octobre, le gouvernement aura rempli les deux conditions imposées : la poursuite des réformes et, pour Chypre, la signature du protocole annexe à l'Union douanière. En revanche, même si le gouvernement affirme évidemment qu'il n'y aura pas de conséquence après les "non" français et néerlandais, nous craignons que la France tente de freiner les négociations pour les rendre plus longues. Nous appréhendons notamment l'échéance de la présidentielle 2007 car le sujet sera certainement au cœur de la campagne avec la notion de "partenariat privilégié".

"Conséquences économiques et culturelles"

tf1.fr : Les élections allemandes, et le possible retour au pouvoir de la CDU avec Angela Merkel (ndlr : favorite dans les sondages, elle penche pour le "partenariat privilégié"), inspirent-elles également l'inquiétude ?
A.I. : Oui. On sait déjà que l'UMP a proposé à la CDU de préparer de concert un plan pour ce "partenariat privilégié". Or, ici, on voit vraiment mal ce qu'il pourrait être. C'est vraiment inadmissible. Dans ce contexte, la visite d'Erdogan (ndlr : le Premier ministre turc) la semaine dernière aux Etats-Unis et sa rencontre avec Bush ne sont pas un hasard du calendrier.

tf1.fr : Des conséquences négatives sont-elles possibles ?
A.I. :  Cette attitude hostile peut vraiment endommager les relations bilatérales en matière économique et culturelle. Le paradoxe, c'est qu'une délégation du Medef est venue sur place cette semaine. Cela donne vraiment l'impression que la France ne s'intéresse à la Turquie que pour son marché, ainsi que pour son armée.

Ndlr : entretien réalisé avant le sommet de Bruxelles.

(photo : Ahmet Insel)

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 14 juin 2005 à 11:26
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9 Commentaires

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  • Alan, le 19/06/2005 à 03h26

    Proposons un referendum, la turquie a la place de l angleterre oui ou non !

  • Patrick, le 18/06/2005 à 20h47

    Au nom de quoi l'Europe serait obligée d'intégrer un pays simplement parcequ'il en fait la demande ?

  • Alain, le 18/06/2005 à 18h20

    Allons bon ! Avant le 29 mai, Chirac déclarait son accord à la rentrée de la Turquie et maintenant, il joue la fine bouche!!! Qu'est ce que c'est que cette politique-magouille ??? Vivement Sarko et Chirac, dehors !!

  • Olivier, le 18/06/2005 à 16h17

    Les seuls a vouloir l'entrée de la Turquie dans l'union européenne sont, comme cité dans cet entretien, les grands patrons qui y voyent un grand marché pour délocaliser un peu plus ou encore y faire venir en occident une main d'oeuvre pas chère. je trouve cela cynique tant pour les peuples européens que pour les turcs

  • Rene, le 18/06/2005 à 07h30

    Bizare, je croyais que l'adhésion dela turquie n'était pas sertaine d'après certains politiques si le oui l'avait emporté ce serait une simple formalité!

  • Luther, le 17/06/2005 à 19h31

    Ahmet Insel a raison, le non francais est un REJET de la turquie, CLAIR NON ?

  • Fred, le 17/06/2005 à 18h43

    NON, NON et NON! NON à la Turquie dans l'Europe!

  • Phil, le 17/06/2005 à 17h57

    On n'en a pas fini de voir les conséquences du Non Français . Le Non européen c'est la France qui en porte tout le fardeau . Il faut rebondir et montrer que le Non Français est l'expression d'une véritable démocratie . Avec des peuples européens qui souhaitent réellement prendre en main leur destin . Le Oui pour 2008 c'est maintenant possible, avec des europeens mieux informés .

  • Fabrice, le 17/06/2005 à 16h56

    Il faudrait que l'on nous explique en quoi la Turquie fait partie de l'Europe d'un point de vue geographique (bien qu'une petite partie de son territoire soit en Europe), culturel, historique and religieux. les manuels d'Histoire n'ont jamais dit que la Turquie (ex Empire Ottoman) faisait partie de l'Europe. Si la Turquie est adheree, eh bien le Maroc, l'Algerie et la Tunisie peuvent legitimement demander leur adhesion a l'UE. Merci de me publier.

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