
Hussein Hanoun, le guide irakien de Florence Aubenas, libéré samedi en même temps qu'elle après 157 jours de détention, est arrivé à Paris jeudi avec sa femme et son jeune fils, a indiqué mercredi la direction de Libération. Il a atterri à Orly à 18 heures. On ne précise pas combien de temps il restera en France.
Il avait disparu le 5 janvier à Bagdad en même temps que la journaliste de Libération. Son portrait, affiché en même temps que celui de Florence, est devenu familier : grosses moustaches, crâne rasé et regard rieur. Ancien pilote de chasse, il avait combattu les Iraniens pendant 4 ans aux commandes de son Mirage F1. Ce qui lui a valu trois médailles, le grade de colonel, quelques cicatrices sur son crâne rasé et une réputation de bravoure parmi ses compagnons d'arme. Il a été démobilisé en 1991 à l'issue de la seconde guerre du Golfe. Il s'était ensuite reconverti dans le rôle d'"ange gardien" de journalistes en devenant "fixeur", un mot adapté de l'anglais ("fixer") qui signifie tout à la fois guide, interprète, chauffeur, éclaireur.
"Je ne vais plus travailler dans le domaine du journalisme"
De son passé de militaire, il a le sens du danger, et de son appartenance à la puissante tribu des Saadi, qui compte à la fois des sunnites et des chiites, il a des contacts dans les différents camps de la société irakienne. Hussein, disent les journalistes qui ont travaillé avec lui, jouait un rôle essentiel du fait de son expérience, de son entregent et de son large carnet d'adresses. Ils louent "sa connaissance parfaite du terrain, sa prudence, son sérieux" (...), disant qu'"il sait quel itinéraire emprunter, quand rebrousser chemin, qui rencontrer, comment vérifier une information". Mais tout ça est à mettre au passé puisque depuis sa libération, il a dit qu'il arrêterait ce métier de "fixeur" : "c'est pas que j'ai peur, mais je ne vais plus travailler dans le domaine du journalisme, j'en ai assez, comme on dit"... a-t-il expliqué.
Après l'épreuve de la détention, il est apparu très amaigri, le regard fuyant et parlant d'une voix enrouée. Il est plus que discret sur les conditions exactes de sa détention dont il donne une version adoucie, choisissant prudemment ses mots, refusant de donner des détails ou de condamner ses ravisseurs. Lors de sa conférence de presse mardi, Florence Aubenas avait dit avoir découvert dix jours seulement avant la fin de sa détention que son compagnon-otage silencieux, dans la cave noire et minuscule, était justement Hussein. Au cours de cette même conférence, elle avait dit avoir "retrouvé sa vie intacte" après ces 5 mois dans la cave. "Ce n'est pas le cas de Hussein qui va peut-être devoir quitter l'Irak parce qu'il craint d'être menacé" (...) "sa vie a été fracassée", disait-elle en lui exprimant à distance "son amitié et sa solidarité". Les deux ex-otages vont se retrouver jeudi.
Photo d'ouverture : Hussein Hanoun à son arrivée à Orly)
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