Massacres dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire

Par , le 02 juin 2005 à 17h31 , mis à jour le 03 juin 2005 à 08h54

En moins de 48 heures, une soixantaine de personnes ont été tuées dans des violences ethniques dans la région de Duekoué, à l'Ouest de la Côte-d'Ivoire. Les tensions tribales sont attisées par les batailles pour les terres agricoles et exacerbées par la guerre civile.

[Expiré] [Expiré] cote d'ivoire © AFP

Au sud, les forces loyalistes fidèles au régime du président Gbagbo. Au nord, les rebelles. Entre les deux, un territoire tampon appelé "zone de confiance" sous le contrôle des forces internationales de l'ONU et de l'opération française Licorne.

Près de cette zone, la ville de Douaké située dans le territoire contrôlé par les loyalistes. C'est au nord de cette commune, située à l'ouest de la Côte-d'Ivoire qu'ont lieux des affrontements interethniques chroniques. Des tensions tribales attisées par les batailles pour les terres agricoles –la région produit du cacao, principale richesse du pays- et exacerbées par la guerre civile. Au moins 60 personnes ont été tuées en moins de 48 heures.

Tueries

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une dizaine de personnes en majorité d'ethnie dioula ont été tuées chez elles. Hommes, femmes, enfants, vieillards abattus à la kalachnikov. Ces meurtres ont été perpétrés en pleine nuit alors que les autorités locales ont décrété il y a quelques jours un couvre-feu de 19H00 à 6H00 du matin. "Je note une complicité et une mauvaise volonté des forces de l'ordre car toutes ces tueries se sont déroulées en plein couvre-feu", s'insurge un jeune homme de 18 ans sous couvert de l'anonymat.

La fuite des populations

Il y a deux jours, une cinquantaine de personnes avaient péri, tuées par armes à feux ou brûlées vives. "Ils ont tiré sur tout ce qui bougeait avant d'achever leurs victimes à l'arme blanche. Certains avaient été enfermés dans des cases auxquelles les assaillants ont mis le feu", a raconté le lieutenant-colonel André Gouri, le commandant de cette zone cité par le journal Le Monde. Les victimes sont tous des Guérés, une ethnie politiquement proche du camp présidentiel. L'identité des assaillants n'est pas connue.

La tension était très perceptible jeudi matin dans la ville qui se vide de ses habitants. Les commerces, les banques, la poste et les stations d'essence sont restés fermés. Par petits groupes, baluchons sur la tête, des centaines de personnes, en majorité des femmes et enfants, fuient à pied leur quartier de Dogehi (peuplé de Dioulas) pour aller se réfugier dans le village voisin de Guessabo, à une trentaine de kilomètres. Près de deux mille personnes d'ethnie guéré, originaires de Duekoué, se sont pour leur part réfugiées à la mission catholique de la ville après avoir déserté leur village détruit lors des récents affrontements. La France a déclaré jeudi qu'elle suivait avec "beaucoup de vigilance" l'évolution de la situation.

3 ans de prison pour un militaire français

Une peine de 3 ans de prison a été prononcée mercredi à Paris contre un militaire français de la force Licorne accusé d'avoir tué un jardinier ivoirien, en 2003 à Bouaké. Une peine de 10 ans avait été requise contre Christian Pame, jugé depuis lundi mais la cour d'assises a retenu la thèse de l'accident invoquée par la défense durant le procès. Cet Antillais de 25 ans, soldat du régiment de marche du Tchad, avait tué de plusieurs balles Basoubana Koulibali, jardinier d'une trentaine d'années, après avoir pointé sur lui "pour l'effrayer" son fusil-mitrailleur, pensant qu'il n'était pas armé et que la sécurité était enclenchée.

(Une famille s'enfuit de Duékoué le 18 mai après des hostilités entre militaires et Dioula/AFP PHOTO/FILES/ISSOUF SANOGO)

Par Amélie Gautier le 02 juin 2005 à 17:31
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Fromage, le 03/06/2005 à 13h29

    Il faudrait dire clairement que ces massacres n'ont rien à voir avec les occidentaux! L'imaginaire lien "historique" entre européens et africains est mort avec la décolonisation...pour ma génération, ces pays sont comme les autres...je ne leur doit ABSOLUMENT rien...Je m'interesse plus à mes fréres de l'ancien bloc soviètique qui eux ne prennent pas notre argent en nous insultant de "sale blanc colonisateur"...

  • Roucoucou, le 03/06/2005 à 06h49

    Toujours entrain de critiquer les occidentaux Sinc,tu es tordue dans tes propos.Vas y là bas aider les gens au lieu d'envoyer ta haine raciste contre les occidentaux...Qui tues ces pauvres villageois??????Et au Darfour qui tues ces femmes et ses enfants..Sois plus clair dans tes propos et dis que tu n'aimes pas les occidentaux...

  • ALPHONSE, le 02/06/2005 à 23h23

    Nous n'avons pas fini de souffrir, car tous ceux qui ont géré la crise ivoirienne et l'on conduit là où elle est , sont tous promus à des responsabilités supérieures ou, au pire, confortés à leur poste. Cela donne forcément des ailes aux rebelles... Mêmes si les médias taisent la vérité, les ivoiriens ne s'y trompent pas.Avant même les enquêtes, on nous prédit déjà que ce sont les partisans du "monstre GBAGBO" Au moment venu, il faudra assumer. " premier Gaou n'est pas Gaou"

  • Sinc, le 02/06/2005 à 20h17

    On se souvient de l'ivoirien qui avait tue un journaliste francais , lui avait ecope d'une lourde peine , et on peut s'apercevoir que cela n'est pas reciproque le militaire francais , qui a tue ce jardinier aurait du etre condamne plus lourdement. en ce qui concerne la situation actuelle du pays , c'est malheureux d'en arriver la , la force licorne et les soldats de l'onu , sont la en spectateurs ,j'ai l'impression . pendant que des gens se font tuer lachement.

Lire tous les commentaires

      logAudience