
Jacques Chirac est reparti à la charge mercredi contre la Grande-Bretagne. En Conseil des ministres, il s'en est pris une nouvelle fois à "l'intransigeance britannique", responsable de "l'échec" du sommet européen de Bruxelles. Avant de réaffirmer sa vision de l'Europe, à l'opposé du modèle libéral prôné par Tony Blair, qui vise à "placer les exigences sociales au coeur de toutes les politiques européennes". Et de citer les directives sur les services et le temps de travail...
Une attaque qui n'avait rien de gratuite, à la veille du discours du Premier ministre britannique devant les députés européens où il expliquera la vision de sa future présidence de l'Union européenne. Une contre-attaque en fait, puisque Tony Blair avait lui-même rouvert les hostilités en s'attaquant à la PAC. "De l'argent de l'UE pour des emplois, pas pour des vaches" : le titre de sa tribune publiée mercredi matin dans le quotidien allemand populaire Bild est à lui seul un programme. Une charge britannique qui répondait elle-même en partie aux propos tenus mardi par Dominique de Villepin. Ce dernier, opposant la PAC et le chèque britannique, qui "n'ont rien, mais strictement rien à voir", avait qualifié le rabais dont bénéficie le Royaume-Uni "d'héritage désuet, aujourd'hui sans objet" et de "véritable dépense d'Ancien régime".
"Deux euros par jour et par vache"
La réplique de Tony Blair a été cinglante. "Nous ne voulons pas d'un budget qui continue à verser sept fois plus pour l'agriculture que pour la recherche-développement, la science, la technologie, la formation et l'innovation réunies Nous devons investir dans l'innovation et la formation " explique le Premier ministre britannique. Et lance un chiffre : il faut arrêter de "subventionner chaque vache à hauteur de deux euros par jour". "40% des dépenses vont dans la politique agricole, un secteur où travaille moins de 5% de la population. Ce budget ne rend justice ni aux besoins des citoyens ni aux défis de l'Europe" plaide-t-il.
Le locataire de Downing Street, qui a défendu avec vigueur son "rabais" au sommet de Bruxelles, souligne qu'il n'exclut pas de le rediscuter. "Le Royaume-Uni est prêt à payer plus. Mais seulement si l'argent va à des pays pauvres et non des pays riches. Et s'il est dépensé pour la bonne politique". Et martèle une nouvelle fois que son pays "a toujours payé sa contribution loyalement. Même avec le rabais, nous avons contribué deux fois et demi plus que la France et l'Italie", affirme-t-il.
"Plus qu'une zone de libre-échange"
Concernant le débat sur l'Europe sociale et l'Europe libérale, Tony Blair défend sa vision d'une l'Europe sociale. "L'UE est bien plus qu'une zone de libre échange. Les gens veulent du travail, mais ils veulent aussi la sécurité et la protection de l'environnement. Ils veulent le maintien de valeurs européennes. Ils veulent une Europe forte dans le monde. La Grande-Bretagne est pour une Europe sociale, mais ce doit être une Europe sociale qui corresponde au monde d'aujourd'hui" plaide-t-il.
"Nous devons faire face aux défis économiques provenant non seulement d'Amérique et du Japon, mais aussi de l'Inde, de la Chine et d'autres pays émergents. Sans travail et croissance, nous n'atteindrons jamais (nos) buts et nous ne pourrons pas non plus conserver notre modèle de société européen".
57% des Britanniques seraient prêts à négocier le rabais |
A peine plus d'un Britannique sur 10 pense que le pays a tiré profit de son adhésion à l'UE, tandis que 15% estiment que l'adhésion a "nui" au Royaume-Uni. Un sondé sur quatre (25%) souhaite que Londres quitte l'Union. L'attitude favorable de Tony Blair à l'élargissement ne paraît pas, enfin, partagée par ses concitoyens. |
Photo d'archives : Tony Blair rencontrant Jacques Chirac peu avant le sommet de Bruxelles
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