© INTERNELa Cour d'appel de Santiago a levé mardi l'immunité d'ex-président d'Augusto Pinochet, ouvrant la voie à son jugement pour fraude fiscale pour ses comptes secrets aux Etats-Unis, mais a parallèlement prononcé un non-lieu concernant son inculpation pour les crimes de Condor. Les 25 magistrats de l'assemblée plénière de la Cour ont voté à une écrasante majorité (21 voix pour, 5 contre) la levée de l'immunité du général en retraite de 89 ans. La défense de Pinochet a cependant la faculté de demander son invalidation à la Cour suprême. Peu après, à la surprise générale, une chambre de la même Cour, formée de trois magistrats, a mis fin aux poursuites lancées contre Pinochet, inculpé en décembre par le fameux juge Juan Guzman Tapia, pour un assassinat et neuf disparitions d'opposants dans le cadre de Condor. Condor était un plan concerté de six dictatures sud-américaines (Chili, Argentine, Brésil, Bolivie, Paraguay et Uruguay) pour éliminer leurs opposants.
L'avocat Eduardo Contreras, représentant de familles des victimes de la dictature a qualifié "d'extraordinairement grave" la clôture de cette procédure pour laquelle l'immunité de Pinochet avait été levée en août 2004 et qui lui avait valu neuf jours d'assignation à résidence en janvier avant sa remise en liberté sous caution. "Pour les juges, il est inacceptable que Pinochet soit un voleur mais ce n'est pas important qu'il soit un assassin", a dénoncé Eduardo Contreras, à propos des centaines de disparus de Condor. "Cela signifie que des millions de dollars valent bien davantage que le sang des Chiliens tombés à cause de l'opération Condor", a ajouté l'avocat en annonçant un probable recours auprès de la Cour suprême pour que cette procédure continue.
Pinochet, "l'homme modeste"
Le juge Guzman, considéré comme le "tombeur de Pinochet" et âgé de 65 ans, a pris sa retraite judiciaire il y a cinq semaines. C'est le juge Sergio Munoz qui enquête sur les accusations de fraude fiscale à la suite de plaintes du service national des impôts, du Conseil de défense de l'Etat et des familles d'une partie des 3.000 morts et disparus de la dictature qui réclament une indemnisation. Le magistrat a mis sous séquestre 11 biens immobiliers détenus au Chili par l'ancien dictateur dont des villas et appartements à Santiago et dans des stations balnéaires. Le patrimoine de Pinochet est actuellement évalué à 17 millions de dollars.
L'affaire avait éclaté en juillet 2004 lorsqu'une sous-commission américaine avait révélé que Pinochet possédait des comptes secrets aux Etats-Unis. Ces révélations avaient choqué l'opinion publique chilienne. Selon de nouvelles informations communiquées en mars par la sous-commission, Pinochet, sa famille et des militaires de son entourage ont ouvert 125 comptes en 25 ans auprès d'établissements américains dont la banque Riggs pour des dépôts chiffrés au total à 13 millions de dollars. Ils ont utilisé pour cela des faux noms et des passeports diplomatiques. A son arrivée au pouvoir, le 11 septembre 1973, Pinochet ne possédait qu'une maison de classe moyenne où il vivait avec ses cinq enfants et une petite voiture. Il s'est toujours défini comme un "homme modeste" niant les allusions à un enrichissement rapide de sa famille.
Photo d'ouverture : Augusto Pinochet - archives
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