
Ils appartiennent à la Garde nationale de Pennsylvanie. Ils ont passé dix mois à surveiller Saddam Hussein en 2004. Dans le numéro de juillet du magazine américain pour hommes GQ, cinq soldats témoignent sur la personnalité de l'ancien dictateur.
Pour Sean O'Shea, qui avait 19 ans à l'époque, Saddam Hussein ressemblait en fait à un "fou singulier et affectueux" qui débitait des plaisanteries dans un anglais approximatif, partageant avec ses gardes le contenu des colis qu'il recevait. Il est même allé jusqu'à inviter ces soldats, qu'il appelait "ses frères, ses fils", à revenir le voir... quand, leur a-t-il dit, il se sera "réinstallé dans un de ses palais". Saddam Hussein se considère en effet toujours président de l'Irak. Il était ainsi entré dans une rage immense quand des ministres irakiens lui ont lu l'acte d'accusation après son arrestation. "Ministres ? Ministres de quoi ? C'est mon pays. Je suis toujours président de ce pays".
"Il aimait les Doritos"
Côté nourriture, il raffolait par exemple de certaines céréales au petit-déjeuner et, quand un jour, on lui en a apporté d'autres, cela a été "une des seules fois" où il est apparu "abattu". Il aimait aussi les Doritos (ndlr : une marque de chips mexicains). Il pouvait avaler un paquet de Doritos en 10 minutes", se souvient un garde, Jesse Dawson.
Détenu d'abord dans une cellule située à l'extrémité d'un long couloir sale, le raïs a été transféré dans un endroit plus propre, sans rats, parce que des ministres irakiens venaient de temps en temps lui rendre visite, souligne le magazine. Pendant ces 10 mois, Saddam était rasé de près, nettoyait lui-même ses vêtements et était obsédé par la propreté. Ses rares moments de plaisir, il les passait dans un petit jardin où il nourrissait des oiseaux avec du pain qu'il gardait.
"Bush, pas bien"
L'ancien président irakien ne devait pas savoir ce qui se passait à l'extérieur et l'une des tâches de l'interprète était de retirer les nouvelles importantes des journaux avant de les lui remettre. Ainsi, Saddam ne savait pas qui affrontait Gorge W. Bush lors de la dernière présidentielle et ne connaissait pas le nom de John Kerry.
Saddam Hussein, comme on pouvait s'en douter, ne portait pas George W. Bush dans son coeur, pas plus que son père, l'ex-président George Bush: "Le père Bush, le fils, pas bien", disait-il. "Bush sait que je n'ai rien, pas d'armes de destruction massive. Il sait qu'il n'en trouvera jamais" aurait déclaré Saddam au garde, avant d'ajouter : "Clinton, ça va". Surtout, il appréciait Ronald Reagan. "Il disait que Reagan lui avait vendu des avions et des hélicoptères, et avait globalement financé sa guerre contre l'Iran", a déclaré O'Shea. "Je souhaite que les choses redeviennent comme quand Ronald Reagan était président. Car je ne serais pas ici", a ajouté Saddam. Et quand il a appris la mort de l'ancien président américain en juin 2004, il est resté silencieux pendant une minute avant de déclarer : "Oui, ça arrive".
(photo d'archives : Saddam Hussein lors de l'une de ses comparutions, 2004)
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