Attentats : Londres rejette tout lien avec l'Irak

Par , le 18 juillet 2005 à 15h53 , mis à jour le 18 juillet 2005 à 19h11

Un rapport d'experts estime que l'intervention en Irak a facilité le développement d'Al-Qaïda, en divisant les Occidentaux et en détournant les démocraties de leur lutte contre le terrorisme islamiste. Londres rejette cette analyse.

jack straw

Le gouvernement britannique a rejeté lundi l'hypothèse d'un lien entre la guerre en Irak et les attentats de Londres et souligné à nouveau que l'islamisme radical menaçait bien avant ce conflit. "L'heure des excuses pour le terrorisme est passée, s'est insurgé le ministre des Affaires étrangères Jack Straw. "Les terroristes, a-t-il ajouté, ont frappé dans le monde entier, dans des pays alliés aux Etats-Unis, soutenant la guerre en Irak et dans des pays qui n'avaient rien à voir avec la guerre en Irak", a-t-il assuré.

Dans un rapport publié lundi, l'institut royal des relations internationales (Chatham House, RIIA) estime que l'invasion de l'Irak en mars 2003 a placé la Grande-Bretagne "dans une situation particulièrement risquée", notamment "parce que c'est l'allié le plus proche des Etats-Unis". "Cela a donné un coup d'accélérateur à la propagande, au recrutement et à la collecte de fonds du réseau Al-Qaïda, a créé une grave division dans la coalition (née après les attentats de 2001), a offert aux terroristes liés à Al-Qaïda à la fois une cible et un terrain d'entraînement et a détourné des ressources qui auraient pu être employées à soutenir le gouvernement Karzai et à amener ben Laden devant la justice", souligne le rapport.

Menace négligée

Le ministre de la Défense John Reid a fermement contesté cette analyse. "L'idée selon laquelle la brute ne va pas venir s'en prendre à vous si on part en courant quand elle s'approche est une idée complètement fausse, comme le savent tous les gamins dans les cours de récréation, et c'est aussi une idée réfutée par tous les éléments de preuve historique dont nous disposons", a-t-il déclaré sur la BBC. Et de citer une dizaine de pays, des Etats-Unis à la Turquie en passant par la Tanzanie ou le Yémen, frappés par Al-Qaïda "soit avant l'Irak, soit alors qu'ils étaient opposés à la guerre en Irak".

Alors que le gouvernement londonien souligne depuis une semaine qu'Al-Qaïda a été actif depuis 1993 et un premier attentat contre le World Trade Centre à New York, le rapport de Chatham House enfonce le clou en affirmant que Londres a négligé la menace islamiste jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001. Le pays, accusent les experts, a abrité pendant longtemps des extrémistes qui préparaient des attentats, tandis que les services secrets de Sa Majesté concentraient leurs forces contre le terrorisme nord-irlandais.

Sur la piste pakistanaise

Trois des quatre auteurs présumés des attentats de Londres se sont rendus l'an passé au Pakistan via Karachi, selon services pakistanais de l'immigration. Shezhad Tanweer et Mohammad Sidique Khan sont arrivés à Karachi en novembre dernier pour repartir à Londres, via Istanbul, en février. Entre-temps, ils auraient gagné Lahore, dans l'est du pays, par les rails. Hasib Hussain a atterri le 15 juillet 2004 à Karachi en provenance de Ryad. Aucune trace de son départ n'a pu être retrouvée. Les services pakistanais avaient déjà révélé que Tanweer, avait rencontré en 2003 un membre de la Jaish-e-Mohammad (Armée de Mahomet) à Faisalabad. Sidique Khan aurait été identifié sur photographie par un membre présumé d'Al Qaïda, détenu dans une prison américaine. En revanche, les services de sécurité pakistanais auraient étudié en vain une liste de numéros de téléphone appelés depuis le domicile en Angleterre de Tanweer. "Les coups de téléphone n'étaient absolument pas liés aux attentats", a assuré une source anonyme.

(photo : Jack Straw)

Par David Straus le 18 juillet 2005 à 15:53
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