
Au lendemain des attentats de Londres et de Charm El-Cheikh, les Premiers ministres britannique et français se sont retrouvés lundi à Londres. Avant de déposer une gerbe au London Memorial Garden à la mémoire des victimes des attentats du 7 juillet, Dominique de Villepin a fait le point avec son homologue sur la coopération bilatérale dans la lutte contre le terrorisme. Coopération dont Tony Blair a d'emblée tenu à souligner la qualité ; mais Dominique de Villepin a proposé diverses pistes pour la renforcer, notamment en échangeant des listes de djihadistes et en conservant "plus longtemps" les données téléphoniques. Lors d'un point de presse commun, le Premier ministre français a aussi proposé que les deux pays s'échangent des informations sur la protection des sites les plus vulnérables (gares, aéroports...) et harmonisent leur arsenal contre les radicaux qui prêchent la violence.
"Il faut mieux partager les informations sensibles que nous pouvons avoir en ce qui concerne les djihadistes. Nous avons tous recensé dans nos différents pays un certain nombre de djihadistes passés par des camps en Afghanistan, en Iran, en Bosnie", a déclaré Dominique de Villepin à l'issue d'un entretien avec son homologue. "Ces personnes, lorsqu'elle reviennent dans nos propres pays, constituent une menace particulière parce qu'elles sont passées à l'acte dans ces terrains d'entraînement et sont susceptibles de le faire à nouveau", a-t-il ajouté. Sur les données téléphoniques, il a évoqué une durée de conservation de "plusieurs années", afin de "contrôler les contacts qui ont pu exister entre des membres d'un même réseau". "Nous voulons nous assurer que nous échangeons les noms des gens dont nous pensons, dans chacun de nos pays, qu'ils essaient d'inciter ou de fomenter ce type de terrorisme", a renchéri Tony Blair, soulignant que les deux pays partagent une analyse commune de "la manière de combattre la radicalisation des éléments les plus jeunes de la communauté musulmane en Grande-Bretagne, en France et ailleurs en Europe".
L'épineuse affaire Ramda
La coopération en la matière entre les deux pays n'est par ailleurs pas exempte de points noirs. Telle l'affaire Rachid Ramda, considéré comme l'un des principaux organisateurs des attentats islamistes de 1995 en France, dont l'extradition vers la France se fait attendre depuis dix ans. Tony Blair a souhaité lundi qu'une décision soit prise à ce sujet "le plus rapidement possible" et s'est dit "désolé du temps que cela a pris". Mais, a-t-il précisé, "il ne m'appartient pas de me prononcer sur une procédure judiciaire en cours".
La volonté affichée par les deux Premiers ministres de rapprochement dans la lutte antiterroriste ne peut cependant faire oublier les tensions récurrentes entre les deux pays, qui avaient culminé lors de l'échec du sommet de Bruxelles. Sur le chapitre crucial du budget européen, qui était aussi au menu des entretiens de lundi, Tony Blair et Dominique de Villepin ont évoqué une volonté commune de "faire des progrès". Le premier a souligné que la conversation à ce sujet avait été "des plus amicales" ; le second, volontariste, a déclaré : "la feuille de route est établie. Les priorités sont définies. Il nous faut trouver des solutions, notamment aux problèmes budgétaires, aux questions du financement du budget". Mais quelles solutions ? Aucun des deux hommes ne s'est risqué sur ce terrain.
Détente Londres-Paris oblige, le Premier ministre français, interrogé lundi sur son déjeuner avec son homologue Tony Blair à Londres, n'a pas tari d'éloges sur la cuisine. "La cuisine était excellente. Elle était britannique et elle était excellente", a-t-il déclaré alors qu'une journaliste britannique lui rappelait une moquerie prêtée à Jacques Chirac sur la cuisine anglaise. "Tony Blair a eu la délicatesse d'y adjoindre un vin français", a ajouté Dominique de Villepin.Eloge de la cuisine britannique par Dominique de Villepin
Photo d'ouverture : Dominique de Villepin et Tony Blair lors de leur conférence de presse commune - DR
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