"Chez les Belges, le patriotisme se définit en creux"

Par Propos recueillis par David STRAUS, le 21 juillet 2005 à 06h11 , mis à jour le 21 juillet 2005 à 09h03

La Belgique célèbre jeudi sa fête nationale, après 175 ans d'existence. Geert van Istendael, ancien présentateur vedette du JT néerlandophone, écrivain et historien, évoque pour tf1.fr son pays, ses habitants et leur avenir.

Bruxelles Belgique Grand-Place Nuit (médiathèque Commission UE) © INTERNE

tf1.fr : La Belgique célèbre jeudi une fête nationale un peu particulière puisque 2005 est le 175e anniversaire de son indépendance. Mais, avec les conflits incessants entre les communautés flamande et wallonne, existe-t-il encore une nation belge ?

Geert van Istendael : Le sentiment patriotique n'est pas très développé chez les Belges. Chez nous, le patriotisme se définit en creux : nous savons ce que nous ne sommes pas. Bien qu'on crie en Flandre "que la Belgique crève" depuis des décennies, la majorité des Flamands refuserait le rattachement aux Pays-Bas, voire même l'indépendance de la région. Et, du côté wallon, les rattachistes à la France restent ultraminoritaires. Tous les sondages continuent de montrer que les habitants de ce pays se sentent d'abord Belges, puis attachés à leur ville - Liège, Bruxelles ou Gand. Les festivités du 175e anniversaire remportent un beau succès des deux côtés du pays.

tf1.fr : Le ciment national serait donc culturel ?

G.v.I. : Si vous parlez d'une culture de la fête, sans doute. Nous nous rassemblons parfois aussi autour du sport, bien que nous ne brillions plus au Tour de France et que notre football soit le pire du monde. Sinon, il y a deux communautés plutôt indifférentes l'une à l'autre. Ce n'est pas un fait nouveau. Les jeunes néerlandophones privilégient de plus en plus l'anglais comme seconde langue. Quant aux Wallons, s'ils étudient le flamand, c'est dans l'espoir d'obtenir un emploi. Je constate toutefois une volonté dans le monde culturel de jeter des ponts dans les arts et la littérature entre les deux communautés. Ce sont des initiatives privées, il n'y a pas d'accord culturel officiel entre Flamands et Wallons.

tf1.fr : Les deux populations paraissent se contenter d'une cohabitation dans l'indifférence mutuelle. Le monde politique non. Pourquoi ces poussées de fièvres communautaires ?

G.v.I. : Parce que c'est plus facile d'imputer à l'autre communauté la cause de tous les malheurs. Prenez le problème du financement de la Sécurité sociale. Plutôt que de l'analyser en termes de transferts financiers des riches vers les pauvres, comme dans les autres pays européens, les Belges se demandent qui des Flamands ou des Wallons mettront la main à la poche. Et certains demandent la scission de la Sécu… ce qui ne règlerait rien.

tf1.fr :  Il existe pourtant un parti réellement séparatiste en Flandre et il récolte près d'un quart des voix.

G.v.I. : Le Vlaams Belang (ex Vlaams Blok) est effectivement séparatiste et républicain mais le secret de son succès, c'est la peur de l'étranger. Les études montrent que son électorat est globalement royaliste et attaché à la Belgique mais il vote pour lui par crainte de l'immigration. Ce parti pervertit tous les débats : il empêche les autres partis de parler sereinement des communautés linguistiques et des problèmes liés à l'immigration.

tf1.fr : Vous êtes donc optimiste sur l'avenir de la Belgique unie ?

G.v.I. : Je ne suis pas pessimiste. Il y a toujours eu des crises linguistiques dans ce pays. Trente-trois ans après sa création, certains en prédisaient déjà sa fin. Il n'est pas aisé de créer deux pays à partir d'un seul. Quand on parle de divorce, ça signifie que chacun part chez soi. Mais à l'échelle d'un pays comme la Belgique, où les communautés sont imbriquées, ça s'appelle de la purification. Alors je préfère la culture du compromis et la complexité du système institutionnel belge. Ce dernier fait école : les Sud-Africains s'ont venu s'en inspirer, notamment. Contrairement à la Tchécoslovaquie créée en 1918, la Belgique existait, bien avant le royaume de 1830, régie par les Espagnols au XVIe siècle . Et elle a continué d'exister sous occupation autrichienne, française, hollandaise et belge.

tf1.fr : Belge !?

G.v.I. : C'est une boutade mais qui montre l'aversion viscérale des Belges pour leur propre gouvernement. C'est peut-être un de leurs traits communs : ils acceptent mal le pouvoir et l'autorité. Il y a chez eux la coexistence d'une mentalité de petit bourgeois et d'anarchistes dans l'âme.

"Le compromis à la belge doit faire école"

"La manière bien belge de mener une négociation devrait faire école" en Europe, estime le politologue Pascal Delwit interviewé par l'AFP. "Cette technique consiste à entrer dans une négociation en sachant que le compromis final ne sera pas à 100% satisfaisant, mais qu'il ne sera pas non plus entièrement négatif (…) En Belgique, les choses se sont toujours réglées pacifiquement, il n'y a pas eu de sang versé et ce n'est déjà pas si mal. Les Belges ont une mentalité très éloignée de celle des Britanniques ou des Français, par exemple, pour qui le 'ça passe ou ça casse' fait souvent office de philosophie, chez eux comme sur la scène européenne (…) Aujourd'hui, le 'compromis à la Belge' reste apprécié par les partenaires de Bruxelles, même si le poids relatif de la diplomatie belge a diminué. De toute manière, dans une Union comptant 25 membres, il sera de plus en plus difficile de se passer de la méthode belge".

A lire : Le labyrinthe belge, Castor Astral, Escales du Nord, 296 pp., 19 euros

Par Propos recueillis par David STRAUS le 21 juillet 2005 à 06:11
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11 Commentaires

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  • Sophie, le 22/07/2005 à 16h34

    Pour iren au monde je retournerai vivre en france! ici, on est si biens! et les belges sont si sympathiques, que l'on se sent tout de suite chez soi! :o)) à part quelques flamans qui crées une ambiance anti-francophones!...

  • Renaud, le 21/07/2005 à 17h19

    La belgique ne sera jamais séparée. Pour la simple et bonne raison que plus de la moitié des familles en belgique ont une double origine (flamande et wallone). Et ça personne ne pourra le changer. Bonne fête à tous les bouffeurs de frites à la mayonaise et à tous les buveurs de bières que vous êtes!

  • Basile Hick, le 21/07/2005 à 16h38

    Grand bonjour de France à tous mes compatriotes belges ! Spécialement ceux qui comme moi travaillent dans l'Hexagone, et qui n'ont donc pas droit à leur fête nationale ! Quéééénnn chance d'être belge quand même ! N'est ce pas ? ;-) Rien de tel que de retourner se resourcer dans la cité ardente et dans le Carré ! Oufti... (à la banane...)

  • Jean NGEYA, le 21/07/2005 à 15h55

    LA BELGIQUE EXISTERA TOUJOURS SOUS SA FORME ACTUELLE MALGRE LES NOMBREUSES DIVERGENCES ENTRE COMMUNAUTES. CETTE FACON DE VIVRE EST BIEN VOULUE PAR LES HOMMES POLITIQUES DEPUIS TOUJOURS CAR SANS LES PROBLEMES COMMUNAUTAIRES, LA BELGIQUE POLITIQUE N'EXISTERAIT PAS. CE PETIT PAYS EST UN DIAMANT TRES PRECIEUX POUR L'EUROPE. LA BELGIQUE EXISTERA TOUJOURS. VIVE LE ROI, QUE VIVE A JAMAIS LA BELGIQUE. JEAN NGEYA, DALLAS.

  • Cyrus, le 21/07/2005 à 15h18

    Effectivement la soudure semble un poil foireuse entre les deux communautes. Je suis toujours septique pour l'avenir et la legitimite des etats ou plusieurs communautes linguistiques et culturelles se juxtaposent. Et puis ca me ferait bien tripper que la wallonie deviennent la 23eme region francaise mais ç'est a eux de voir. Ceci dit bonne fete aux belges.

  • Aurelie, le 21/07/2005 à 15h08

    Bonne fête à tout mes compatriotes en ce jour des 175ans de notre pays. La Belgique ne sera jamais scindées, car je crois que le jour ou des politiques réussiront à le faire, le sentiment patriotique se réanimera!! il dors mais il est là!!

  • Christophe, le 21/07/2005 à 14h04

    Vive la Belgique ou je viens de demenager il y a 3 jours ! les Belges sont tres sympas et n'ont pas l'arrogance des Francais... l'ambiance generale est bien meilleure !

  • Geoffrey, le 21/07/2005 à 14h01

    Et après les Français ne plaignent de la situation politique de la France! J'espère qu'ils ce rendent compte qu'ils n'ont pas à ce plaindre...Moi en tous cas, je ne me plains pas!

  • Antonino, le 21/07/2005 à 11h47

    Lorsque Mr Geert van Istendael évoque la scission de la sécurité sociale, il ne mentionne pas que c'est le gouvernement flamand qui la souhaiterait. D'autre part, il était aussi question, du côté flamand d'impôts régionaux. Il faut savoir que la Wallonie apporte chaque été, des milliards d'euros au tourisme flamand. Les familles wallonnes "misent" leurs économies sur le tourisme en Flandre. Ce n'est pas du tout le cas pour les flamands qui, eux, désertent nos campagnes wallonnes ainsi que les Ardennes belges qui sont une pure merveille. Pour terminer, Mr Geert van Istendael affirme dans l'interview, qu'il n'y a pas de heurts entre les deux communautés... J'en doute! Pour preuve un reportage de la RTBF (Journal Télévisé) qui montrait une vive violence de flamingants envers des francophones... Seul le fait d'entendre des personnes parler le français mettait les flamingants hors d'eux et les coups partaient vers les hommes et le femmes... Enfin, Bonne Fête Nationale à tous les Belges qui liront ces lignes.

  • Napp Jean, le 21/07/2005 à 10h50

    Wallon et fier de l'être, je ne peux qu'ajouter un peu de confusion au debat...N'oublions pas que la Belgique, c'est aussi une (petite) communauté germanophone, qui est elle ne se pose pas trop de question, le bonheur viendra le jour ou elle sera de nouveau Allemande.. NB: en ce qui concerne l'idée d'une minorité de flamands du rattachement à la Hollande, je peux vous assurer, pour en être proche geographiquement, que les Hollandais prefereraient voir Liége dans leur giron !

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