
Des banderoles "Nous sommes contre le terrorisme", des T-shirts "Stop au terrorisme" : la manifestation qui s'est déroulée dimanche à Charm el-Cheikh n'a réuni qu'un petit cortège de 700 personnes, mais elle était symptomatique de l'incompréhension qui a accueilli les attentats. Les manifestants ont défilé dans les rues de la ville en scandant "Unis, nous vaincrons" et sont passés devant l'hôtel Ghazala Garden, le bâtiment le plus durement touché par la série d'attaques et où ont été retrouvés 25 des 88 morts. La plupart des personnes présentes étaient égyptiennes, mais nombre d'étrangers travaillant dans la station avaient fait le déplacement. Dimanche également, au Caire, une manifestation pacifique symbolique, qui a rassemblé une dizaine de personnes, a été dispersée par la police.
L'Egypte a tout à perdre dans ces attaques qui frappent un secteur crucial pour son économie, le tourisme ; et face aux journalistes étrangers, de nombreux habitants de la station balnéaire martyre se refusaient dimanche à croire que les terroristes puissent même être des musulmans. Pourtant, au lendemain des attentats, le quotidien égyptien indépendant al-Masri al-Yom, le seul qui ne soit pas lié au gouvernement ou un parti politique, a désigné "les vrais coupables : des oulémas qui vivent parmi nous, qui répandent des idées salafistes et dont les adeptes sont devenus des terroristes dans des réseaux internationaux". Quant au président Moubarak, après ce terrible échec des services de renseignement égyptiens qui, à six semaines de l'élection présidentielle, remet en question la capacité du gouvernement à assurer la sécurité, il a dénoncé un "acte criminel, lâche", estimant qu'il renforcera sa détermination "à poursuivre la lutte contre le terrorisme et à l'éradiquer".
Explosion d'un engin non identifié au Caire
Des paroles rapidement suivis d'actes. La police a annoncé avoir arrêté depuis samedi 95 personnes, 60 dans le nord de la péninsule du Sinaï et 35 à Charm el-Cheikh. Parmi les personnes arrêtées figurent des hommes relâchés récemment après avoir été détenus dans le cadre de l'enquête sur les attentats ayant coûté la vie à 34 personnes en octobre 2004 dans une autre station balnéaire du Sinaï, Taba, et ses environs. Cité par l'agence officielle Mena, le ministre de l'Intérieur égyptien Habib al-Adly a indiqué que l'Egypte avait des indices faisant apparaître que les attentats de Charm el-Cheikh et de Taba étaient "liés".
Selon le ministère de l'Intérieur égyptien, dix personnes au total étaient impliquées dans les attentats de Taba, qui ont été revendiqués par deux organisations islamistes. Mais plusieurs milliers de bédouins, femmes, hommes et enfants, ont été arrêtés par la police à la suite de ces attentats, selon des organisations des droits de l'Homme, provoquant les protestations de leurs proches, qui ont dénoncé "l'arbitraire" des autorités. Plusieurs centaines seraient encore en détention sans jugement. Le procès de trois Egyptiens accusés d'avoir perpétré les attentats de Taba a commencé le 2 juillet, et une nouvelle audience s'est ouverte brièvement dimanche, avant d'être aussitôt ajournée.
Alors même que la police menait des raids dans le Sinaï, Sami Gamal Hegazi, un Egyptien de 33 ans, employé d'hôpital, était grièvement blessé dimanche après-midi au Caire dans l'explosion d'un engin non identifié, ravivant les craintes de nouveaux attentats. Des sources policières ont affirmé dans un premier temps qu'il avait été victime d'une bombe à clous de conception grossière qu'il transportait. L'homme aurait fait tomber son engin, déclenchant l'explosion. Une version contredite peu après par un haut responsable du ministère de l'intérieur : selon lui, l'homme était un "collectionneur passionné de vieux objets" ayant rapporté chez lui, sans le savoir, un vieil engin explosif.
Messe à Notre-Dame de Paris pour les victimes des attentats |
Les catholiques de Paris ont célébré dimanche une messe à Notre-Dame pour les victimes des attentats de Charm el-Cheikh et leurs familles. La cérémonie était présidée par Mgr Patrick Chauvet, vicaire général, au nom de l'archevêque de Paris Mgr André Vingt-Trois. Les fidèles étaient appelés à prier également "pour les victimes du terrorisme qui sévit aussi à Londres, au Liban et en Irak". |
Photo d'ouverture : manifestation contre le terrorisme, dimanche à Charm el-Cheikh - DR
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