Charm el-Cheikh, samedi, peu après une heure du matin : une première explosion vient de se produire. Un touriste polonais allume sa caméra et commence à filmer depuis le balcon de son hôtel, au moment même où éclate une nouvelle déflagration. © DRL'Egypte s'est réveillée groggy dimanche, se remettant difficilement des attaques terroristes qui l'ont frappé en plein coeur, à Charm el-Cheikh, dans la nuit de vendredi à samedi. Ces attaques sont les plus meurtrières ayant jamais visé des lieux touristiques en Egypte. Revendiquées sur un site islamiste, dans un communiqué dont l'authenticité ne peut être établie, au nom du groupe "Al-Qaïda au pays du Levant et en Egypte", elles ont été immédiatement condamnées par la communauté internationale. Perpétrées en pleine saison estivale et alors que l'Egypte fêtait l'anniversaire du coup d'Etat militaire du 23 juillet 1952 ayant déposé le roi Farouk, elles effacent le record morbide de l'attentat de Louxor, en Haute-Egypte, où 62 personnes avaient été tuées en 1997. "Cet acte criminel, lâche, qui vise à déstabiliser l'Egypte, renforcera notre détermination à poursuivre la lutte contre le terrorisme et à l'éradiquer", a affirmé dans une intervention télévisée le président égyptien Hosni Moubarak, qui a fait depuis deux ans de Charm el-Cheikh quasiment sa résidence principale.
Au moins trois attentats quasi-simultanés ont secoué la plus célèbre des stations touristiques du Sinaï samedi vers 1 heure du matin. A cette heure là, les bars, les rues et les marchés étaient bondés de touristes. Le dernier bilan de source hospitalière fait état de 88 morts. Mais celui-ci pourrait s'alourdir, de nombreux blessés étant dans une situation jugée critique. Selon une source policière égyptienne, huit étrangers figurent parmi les morts : deux Britanniques, deux Italiens, un Ukrainien, un Russe, un Néerlandais et un Arabe israélien. Le gouvernement tchèque a également annoncé la mort d'un de ses ressortissants. Samedi en fin d'après-midi, 34 corps n'avaient pas été identifiés. En début de soirée, Rome a indiqué être sans nouvelles de plusieurs touristes italiens. Aux morts s'ajoutent plus de 110 blessés, dont des Espagnols, Britanniques, Allemands...
L'hôpital trop petit pour accueillir les victimes
"Il n'y a pas de Français victimes, à ma connaissance et à ce stade", a déclaré Philippe Douste-Blazy, ministre français des Affaires étrangères, lors d'un point de presse, "mais c'est avec beaucoup de prudence que je vous le dis". Une cellule de crise a été ouverte tôt samedi au ministère des Affaires étrangères, pour informer les proches des touristes français. Le numéro de téléphone de cette cellule est le 0800 174 174. Le groupe hôtelier français Accor a de son côté fait savoir qu'aucun de ses trois hôtels n'a été touché.
L'attentat le plus meurtrier a visé l'hôtel Ghazala Gardens. "Une voiture piégée a forcé l'entrée de l'établissement et s'est encastrée dans la réception. Un employé de l'hôtel a tenté de la stopper. Puis il y a eu une énorme explosion", a raconté un employé de l'établissement. La réception a été ravagée et la façade soufflée. Des débris de fer, de bois, des lampadaires jonchaient le sol sur une centaine de mètres. Samedi en début de soirée, des bulldozers ont commencé à démolir les parties endommagées de l'hôtel, les équipes de secours ayant la conviction d'avoir retrouvé tous les corps gisants sous les décombres. Une autre explosion s'est produite, non loin de l'hôtel, dans un parking, faisant des morts et des dégâts dans les magasins situés à proximité. D'autres déflagrations, dont l'une provoquée par un kamikaze en voiture, se sont produites au souk de la vieille ville.
A l'hôpital de la ville, trop petit pour accueillir toutes les victimes, on ne savait "plus qui secourir en premier", selon le témoignage d'une infirmière. "Je n'ai jamais vu autant de personnes éventrées et de blessures affreuses de ma vie, a-t-elle dit, notant que "la plupart des victimes et des morts sont Egyptiens". Dès l'après-midi de samedi, les autorités égyptiennes ont réagi en lançant des rafles de grande ampleur. Des dizaines d'hommes ont été arrêtés dans le Sinaï, dont certains relâchés récemment après avoir été détenus dans le cadre de l'enquête sur les attentats d'octobre 2004 à Taba. "Nous avons annulé les vacances des forces de l'ordre et déployé des unités anti-terroristes à Charm", a indiqué un haut responsable policier.
Photo d'ouverture : l'une des explosions filmée par un touriste polonais depuis le balcon de son hôtel - DR
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