
Les "profonds regrets" exprimés lundi par Downing Street et réitérés par Tony Blair lors de sa conférence de presse commune avec Dominique de Villepin, n’ont pas suffi à apaiser la colère de la communauté brésilienne de Londres. L’un des leurs, Jean Charles de Menezes, un jeune électricien de 27 ans, a été tué vendredi par la police britannique qui le prenait pour un kamikaze. Les policiers ne lui ont laissé aucune chance : il a reçu huit balles, dont sept dans la tête, comme l'a révélé lundi soir la commission d'enquête - les témoins avaient jusqu'alors évoqué "seulement" cinq balles. Sa famille a annoncé son intention d’engager des poursuites en justice.
"Ils doivent payer pour cela de plusieurs manières, a déclaré son cousin Alex Pereira à la BBC Radio 4, car s'ils ne le font pas, ils vont tuer beaucoup de gens, ils vont tuer des milliers de personnes." "Ils ont tué mon cousin, ils peuvent tuer n'importe qui", a-t-il poursuivi. De son côté, le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, en visite à Londres, s'est entretenu dans la journée avec son homologue Jack Straw et lui a demandé des explications à la suite de cette bavure. "Le combat contre le terrorisme devait se faire dans le total respect des droits de l'homme", a-t-il commenté.
Menezes fuyait-il la police ?
Sur le scénario du drame, la BBC a apporté lundi un nouvel éclairage en affirmant que le visa du jeune Brésilien avait expiré. Il serait en effet venu au Royaume-Uni avec un visa d'étudiant, qui ne lui permettait de travailler qu'un nombre réduit d'heures par mois. Un élément qui pourrait expliquer que le jeune homme ait fui à la vue des policiers. Mais les proches de Jean Charles de Menezes démentent. Dimanche, un collègue du Brésilien avait fourni une autre explication : selon lui, Menezes courait tout simplement parce qu'il était en retard pour se rendre à son travail, et venait de lui téléphoner pour l'en avertir, quelques secondes avant d'être abattu.
Dimanche également, une trentaine de personnes, pour la plupart des ressortissants brésiliens, avaient protesté devant le siège de Scotland Yard, dont le patron, Ian Blair, a reconnu que cette bavure était "une tragédie", mais a dans le même temps défendu la politique de la police face à des terroristes qui seraient prêts à se faire exploser avec leur bombe. "J'espère que cela ne se reproduira pas", a-t-il ainsi ajouté, tout en justifiant le protocole "shoot to kill" (tirer pour tuer) adopté par la police britannique face au risque d'attentats suicide. "Les policiers visent la tête, a-t-il dit, parce que c'est la seule façon de garantir qu'une bombe éventuellement portée par le suspect n'explosera pas". Lundi matin, outre ses regrets pour la victime, Downing Street a apporté son soutien à la stratégie mise en place par Scotland Yard. Le terroriste "pose un défi unique face auquel la police doit décider comment répondre", a déclaré le porte-parole du Premier ministre Tony Blair.
Photo d'ouverture : Jean Charles de Menezes et ses parents - DR
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