
"Vous faites ce que vous voulez chez nous à condition que ce ne soit pas contre nous". Pendant plusieurs années, et malgré les critiques de ses partenaires engagés dans la lutte contre le terrorisme, le Royaume-Uni a servi de refuge aux islamistes radicaux du monde entier.
D'un côté, les prédicateurs lançaient de violentes diatribes contre l'Occident, parfois même contre leur pays d'accueil. De l'autre, aucune action n'était tentée dans le pays. Londres est ainsi devenu un "sanctuaire" : la capitale servait de base arrière, de lieu de recrutement et de financement de l'internationale djihadiste, au point d'être ironiquement rebaptisée "Londonistan".
Liberté de parole
Les plus cyniques diront certainement que Tony Blair n'a récolté jeudi que les fruits de cette politique laxiste. Le raccourci est facile. Il ne prend pas en compte de nombreuses spécificités de la loi et de la société britanniques, notamment celles de la liberté d'expression et du communautarisme. En prononçant en France à peine le 10e de ce qu'ils pouvaient lancer outre-Manche, plusieurs imams, notamment Abou Hamza, auraient par exemple été arrêtés pour incitation à la haine raciale.
Interrogé par l'AFP, Jean-Luc Marret, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, estime néanmoins que "le 'Londonistan' était tout sauf du laxisme : dans la bonne tradition du renseignement britannique, ils toléraient deux ou trois abcès de fixation, comme la fameuse mosquée de Finsbury Park, mais c'était le moyen de mieux surveiller ce qui se passait".
Le tournant du 11 septembre
La donne, qui avait commencé à tourner début 2001, a définitivement changé le 11 septembre 2001. Tony Blair s'est alors aligné sur la croisade internationale de George W. Bush : les arrestations se sont multipliées –plus de 700- les lieux de culte ont été de plus en plus surveillés, la législation sur la liberté de parole a été durcie petit à petit. La mosquée de Finsbury Park, "vivier" de l'extrémisme radical, a même été fermée en 2003, avant de rouvrir avec à sa tête une direction plus modérée. Abou Hamza a, de son côté, été interpellé et son procès devait même s'ouvrir cette semaine avant d'être reporté pour des raisons de procédures. La participation de l'armée britannique à la guerre en Irak puis les attentats de Madrid de mars 2004 ont ensuite confirmé cette tendance à la radicalisation de la lutte contre l'islamisme.
Résultat : le Royaume-Uni est devenu à son tour une cible. Il a tout d'abord été visé en novembre 2003 à Istanbul, avec des attentats contre son consulat et contre la banque HSBC –une trentaine de morts. Les autorités admettaient d'ailleurs qu'une action terroriste était "inévitable" sur leur sol. "Nous devons travailler en partant du principe que la question d'une attaque n'est pas une question de 'si' mais de 'quand" avait prévenu Jack Straw, le ministre des Affaires étrangères, en avril 2004. En février dernier, une campagne d'information pour appeler les Londoniens à la vigilance, notamment dans les transports en commun, avait également eu lieu pendant un mois.
Dans les jours et les semaines à venir, on peut donc s'attendre à de nombreuses perquisitions et arrestations dans les milieux islamistes. "Jeudi, nous avons assisté à la fin officielle du 'Londonistan' souligne Alain Bauer, criminologue et co-auteur de "L'énigme Al-Qaïda".
(photo d'archives : Abou Hamza, lors d'un prêche en pleine rue)
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