La fin du "Londonistan"

Par , le 08 juillet 2005 à 11h23 , mis à jour le 17 juillet 2005 à 20h04

En raison de sa tradition libérale et pour des questions pragmatiques, le Royaume-Uni a longtemps mené une politique laxiste envers les prédicateurs islamistes présents sur son sol. Déjà ébranlée par le 11 septembre puis la guerre en Irak, cette donne, qui faisait de Londres un "sanctuaire", a définitivement disparu jeudi.

abou hamza priere

"Vous faites ce que vous voulez chez nous à condition que ce ne soit pas contre nous". Pendant plusieurs années, et malgré les critiques de ses partenaires engagés dans la lutte contre le terrorisme, le Royaume-Uni a servi de refuge aux islamistes radicaux du monde entier.

D'un côté, les prédicateurs lançaient de violentes diatribes contre l'Occident, parfois même contre leur pays d'accueil. De l'autre, aucune action n'était tentée dans le pays. Londres est ainsi devenu un "sanctuaire" : la capitale servait de base arrière, de lieu de recrutement et de financement de l'internationale djihadiste, au point d'être ironiquement rebaptisée "Londonistan".

Liberté de parole

Les plus cyniques diront certainement que Tony Blair n'a récolté jeudi que les fruits de cette politique laxiste. Le raccourci est facile. Il ne prend pas en compte de nombreuses spécificités de la loi et de la société britanniques, notamment celles de la liberté d'expression et du communautarisme. En prononçant en France à peine le 10e de ce qu'ils pouvaient lancer outre-Manche, plusieurs imams, notamment Abou Hamza, auraient par exemple été arrêtés pour incitation à la haine raciale.

Interrogé par l'AFP, Jean-Luc Marret, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, estime néanmoins que "le 'Londonistan' était tout sauf du laxisme : dans la bonne tradition du renseignement britannique, ils toléraient deux ou trois abcès de fixation, comme la fameuse mosquée de Finsbury Park, mais c'était le moyen de mieux surveiller ce qui se passait".

Le tournant du 11 septembre

La donne, qui avait commencé à tourner début 2001, a définitivement changé le 11 septembre 2001. Tony Blair s'est alors aligné sur la croisade internationale de George W. Bush : les arrestations se sont multipliées –plus de 700- les lieux de culte ont été de plus en plus surveillés, la législation sur la liberté de parole a été durcie petit à petit. La mosquée de Finsbury Park, "vivier" de l'extrémisme radical, a même été fermée en 2003, avant de rouvrir avec à sa tête une direction plus modérée. Abou Hamza a, de son côté, été interpellé et son procès devait même s'ouvrir cette semaine avant d'être reporté pour des raisons de procédures. La participation de l'armée britannique à la guerre en Irak puis les attentats de Madrid de mars 2004 ont ensuite confirmé cette tendance à la radicalisation de la lutte contre l'islamisme.

Résultat : le Royaume-Uni est devenu à son tour une cible. Il a tout d'abord été visé en novembre 2003 à Istanbul, avec des attentats contre son consulat et contre la banque HSBC –une trentaine de morts. Les autorités admettaient d'ailleurs qu'une action terroriste était "inévitable" sur leur sol. "Nous devons travailler en partant du principe que la question d'une attaque n'est pas une question de 'si' mais de 'quand" avait prévenu Jack Straw, le ministre des Affaires étrangères, en avril 2004. En février dernier, une campagne d'information pour appeler les Londoniens à la vigilance, notamment dans les transports en commun, avait également eu lieu pendant un mois.

Dans les jours et les semaines à venir, on peut donc s'attendre à de nombreuses perquisitions et arrestations dans les milieux islamistes. "Jeudi, nous avons assisté à la fin officielle du 'Londonistan' souligne Alain Bauer, criminologue et co-auteur de "L'énigme Al-Qaïda".

(photo d'archives : Abou Hamza, lors d'un prêche en pleine rue)

Par Fabrice Aubert le 08 juillet 2005 à 11:23
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

8 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Laurent, le 08/07/2005 à 16h30

    Londres paye un lourd tribu de son laxisme passé envers les intégristes. Malheureusement c'est toute l'europe qui doit se préparer à pâtir de l'absence de lutte contre une immigration non contrôlée et une radicalisation de l'islam.

  • Stavic, le 08/07/2005 à 15h46

    Quand on introduit le ver dans la pomme..., il faut pas s'étonner que le fruit soit pourri.

  • Amos, le 08/07/2005 à 15h39

    Dommages pour les victimes, mais la Grande Bretagne récolte les fruits de 30 ans de laxisme avec les terroristes. Cette nation est la honte de l'Europe et a acceuilli sur son sol les pires intégristes. Elle s'est rendue complice de crimes odieux en servant de base arrière aux criminels qui posaient des bombes ailleurs en Europe (notamment lors de la vague d'attentat à Paris en 86). Compassion pour les victimes, mais ce n'est qu'un juste retour de baton pour cette nation décadente qui se croyait au-dessus des autre.

  • Florian, le 08/07/2005 à 15h29

    Ce qui m'épate toujours, c'est à quel point les terroristes peuvent se montrer incompétents, pour ne pas dire carrément bénêts: Quand on a, par pure chance, un sanctuaire comme l'était Londres (une ville immense, avec des libertés immenses, et depuis la quelle l'accès à la plupart des villes occidentales est immensément simplifié), on y touche que si l'on a de sérieuse déficience mentales, non? Pour le vent et la tempête, je suppose que B voulait dire qu'à forece d'être laxiste les gens vont trop loin... Parce que le terrorisme, l'Algérie connait bien le problème, je crois. A moins que tu en sois de ces gens qui confondent appellent les terroristes des combattant de la liberté? Liberté de mourir, surement. La question que personne n'ose poser c'est :Où est-ce que ça pètera la prochaine fois? L'Italie était en Irak aussi, alors à votre avis?

  • Valentin, le 08/07/2005 à 15h20

    Vivant en Angleterre depuis 4 ans, c'est qqch qui me choque un peu, de voir des gens precher pour la haine entre les peuples, d'applaudir les differents attentas perpetres depuis 2001, et de ne pas se faire remonter les bretelles pour ces paroles. Mais dans un autre sens, ceci permet une infiltration plus efficace des reseaux terroristes, meme si la, franchement, il y a eu une fuite tres large dans le dispositif de securite des renseignement britaniques...

  • Patrice, le 08/07/2005 à 14h53

    Ca ne pourra qu'avoir une influence positive sur tout le reste de l'Europe. Maintenant, il faut s'occuper des imams intégristes qui prêchent dans les garages.

  • Yves, le 08/07/2005 à 14h30

    L'attentat aurait eu lieu de toutes les façons, avec où sans la guerre en Irak. le 11 septembre, les EU n'étaient tjs pas en guerre, c'´était le système occidental qui était visé et on était tous d'accord la dessus. Au jourd'hui il y a un attentat à Londre et c'est à cause de l'Irak? Facteur agravant, d'accord, mais raison profonde, certainement pas. "Il faut tuer l'infidel" voilà la raison. Le système occidentale, c'est l'infidel. Il y aussi une réflexion interressante de T. Blair à qui un journaliste a posé une question sur "les attentats islamiste" à laquel il a répondu en utilisant l'expression "attentat d'extrémiste", la nuance est importante... Merci de me publier.

  • Audrey, le 08/07/2005 à 14h09

    Cet article est un constat de la situation. c'est grave et ça va s'aggraver. pour ce qui est du message "qui seme le vent récolte la tempete" c'est faux et je trouve ça hallucinant de tenir de tels propos. de quel droit se permet-on de tuer? Aucun.

Lire tous les commentaires

      logAudience