
La décision est évidemment historique. Trente-cinq ans après sa "renaissance" et huit ans après avoir décrété un cessez-le-feu unilatéral, l'Armée républicaine irlandaise a définitivement renoncé à la violence ce jeudi. Dans son communiqué, l'IRA demande à ses militants de déposer les armes et les invite toujours à poursuivre l'objectif de la réunification de l'Irlande et de la fin de l'autorité britannique sur l'Ulster. Mais uniquement par des moyens "politiques, démocratiques et pacifiques".
Cet adieu aux armes est la fin d'un long processus de négociation chaotique entamé dès 1988 et dont la première étape d'importance remonte à 1994 avec un premier cessez-le-feu. Celui-ci ne dura cependant que deux ans. En avril 1998, un an après un nouveau cessez-le-feu, l'accord historique du "Vendredi Saint", conclu par les gouvernement britannique, irlandais, les principaux partis nord-irlandais et soutenu par l'IRA, avait redonné espoir. Mais depuis, personne ne s'entendait sur les modalités de son application pratique. L'IRA avait bien entamé le démantèlement de son arsenal en octobre 2001, sous la pression internationale qui suivit le 11 septembre. Mais en l'absence d'un accord final entre républicains et loyalistes lors des négociations de décembre dernier, cette démilitarisation avait été suspendue en février.
"Le jour où la paix remplace la guerre"
C'est en fait l'appel de Gerry Adams, le leader du Sinn Féin, la branche politique de l'organisation, qui a permis de débloquer la situation. En avril dernier, au lancement de la campagne des législatives britanniques, il appelait à renoncer à la lutte armée. Les chefs de l'IRA, contestée même dans le camp catholique en raison de ses dérives mafieuses (braquage présumé de la Northern Bank en décembre 2004, meurtre de Robert McCartney dans un bar par des éléments incontrôlés à la suite d'une banale dispute), ont alors consulté leur base pendant quatre mois. Face à la pression et à l'isolement –la communauté catholique installée aux Etats-Unis a notamment retiré son soutien financier-, le choix était en fait assez limité. L'annonce faite ce jeudi est le fruit de ces délibérations.
Cette décision a été évidemment saluée à la fois à Londres et à Dublin. Tony Blair estime qu'il s'agit d'un "pas d'une ampleur jamais vue". "C'est peut-être le jour où après les fausses espérances et les espoirs déçus, la paix remplace la guerre et la politique remplace le terrorisme" a lancé le Premier ministre britannique. Bertie Ahern, son homologue irlandais, souligne quant à lui qu'il s'agira d'un "développement historique et capital, si les mots de l'IRA sont suivis d'actions que l'on peut vérifier".
Jusqu'au-boutistes ?
Sans surprise, le Parti unioniste démocratique, principale formation protestante d'Irlande du Nord, attend d'ailleurs avant de juger. "L'histoire de la dernière décennie regorge de communiqués de l'IRA qui ont été qualifiés d'"'historiques', de 'fondateurs' et de 'sismiques'" souligne le pasteur Ian Paisley, son dirigeant charismatique et vindicatif. "Même si l'on examine ce texte, ils n'arrivent pas à déclarer explicitement la fin de leur activité criminelle, qui engage des millions de livres, et ne fournissent pas le niveau de transparence qui serait nécessaire pour réellement garantir un désarmement total" poursuit Ian Paisley.
Reste en effet maintenant peut-être le plus dur : trouver –enfin- un règlement politique définitif aux "Troubles", qui, en 35 ans, ont entraîné la mort de plus de 3 600 personnes. Deux écueils attendent désormais les protagonistes : tout d'abord mettre fin à la violence intercommunautaire qui persiste en Ulster (passages à tabac qualifiés de "punitions", attaques à l'arme blanche, voire meurtres). Ensuite, mettre hors d'état de nuire les jusqu'au-boutistes, et notamment la branche dissidente qui s'est autoproclamée "IRA véritable". Ses militants sont, il est vrai, très peu nombreux et leurs moyens, financiers et militaires, sont extrêmement limités. Mais en août 1998, alors que l'Ulster était dans l'euphorie du "Vendredi Saint", ils avaient réussi à frapper à Omagh, tuant 29 personnes, soit l'attentat le plus meurtrier de tout le conflit.
(photo d'archives : un paramilitaire de l'IRA)
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