L'IRA dépose les armes

Par , le 28 juillet 2005 à 14h17 , mis à jour le 09 août 2005 à 19h48

Tout en gardant le cap d'une réunification de l'île et la fin du rattachement de l'Ulster au Royaume-Uni, l'Armée républicaine irlandaise a décidé de mettre fin à la lutte armée. Entamées en 1970, les activités paramilitaires de l'organisation -3 600 morts- étaient en veille depuis le cessez-le-feu de 1997.

ira militan

La décision est évidemment historique. Trente-cinq ans après sa "renaissance" et huit ans après avoir décrété un cessez-le-feu unilatéral, l'Armée républicaine irlandaise a définitivement renoncé à la violence ce jeudi. Dans son communiqué, l'IRA demande à ses militants de déposer les armes et les invite toujours à poursuivre l'objectif de la réunification de l'Irlande et de la fin de l'autorité britannique sur l'Ulster. Mais uniquement par des moyens "politiques, démocratiques et pacifiques".

Cet adieu aux armes est la fin d'un long processus de négociation chaotique entamé dès 1988 et dont la première étape d'importance remonte à 1994 avec un premier cessez-le-feu. Celui-ci ne dura cependant que deux ans. En avril 1998, un an après un nouveau cessez-le-feu, l'accord historique du "Vendredi Saint", conclu par les gouvernement britannique, irlandais, les principaux partis nord-irlandais et soutenu par l'IRA, avait redonné espoir. Mais depuis, personne ne s'entendait sur les modalités de son application pratique. L'IRA avait bien entamé le démantèlement de son arsenal en octobre 2001, sous la pression internationale qui suivit le 11 septembre. Mais en l'absence d'un accord final entre républicains et loyalistes lors des négociations de décembre dernier, cette démilitarisation avait été suspendue en février.

"Le jour où la paix remplace la guerre"

C'est en fait l'appel de Gerry Adams, le leader du Sinn Féin, la branche politique de l'organisation, qui a permis de débloquer la situation. En avril dernier, au lancement de la campagne des législatives britanniques, il appelait à renoncer à la lutte armée. Les chefs de l'IRA, contestée même dans le camp catholique en raison de ses dérives mafieuses (braquage présumé de la Northern Bank en décembre 2004, meurtre de Robert McCartney dans un bar par des éléments incontrôlés à la suite d'une banale dispute), ont alors consulté leur base pendant quatre mois. Face à la pression et à l'isolement –la communauté catholique installée aux Etats-Unis a notamment retiré son soutien financier-, le choix était en fait assez limité. L'annonce faite ce jeudi est le fruit de ces délibérations.

Cette décision a été évidemment saluée à la fois à Londres et à Dublin. Tony Blair estime qu'il s'agit d'un "pas d'une ampleur jamais vue". "C'est peut-être le jour où après les fausses espérances et les espoirs déçus, la paix remplace la guerre et la politique remplace le terrorisme" a lancé le Premier ministre britannique. Bertie Ahern, son homologue irlandais, souligne quant à lui qu'il s'agira d'un "développement historique et capital, si les mots de l'IRA sont suivis d'actions que l'on peut vérifier".

Jusqu'au-boutistes ?

Sans surprise, le Parti unioniste démocratique, principale formation protestante d'Irlande du Nord, attend d'ailleurs avant de juger. "L'histoire de la dernière décennie regorge de communiqués de l'IRA qui ont été qualifiés d'"'historiques', de 'fondateurs' et de 'sismiques'" souligne le pasteur Ian Paisley, son dirigeant charismatique et vindicatif. "Même si l'on examine ce texte, ils n'arrivent pas à déclarer explicitement la fin de leur activité criminelle, qui engage des millions de livres, et ne fournissent pas le niveau de transparence qui serait nécessaire pour réellement garantir un désarmement total" poursuit Ian Paisley.

Reste en effet maintenant peut-être le plus dur : trouver –enfin- un règlement politique définitif aux "Troubles", qui, en 35 ans, ont entraîné la mort de plus de 3 600 personnes. Deux écueils attendent désormais les protagonistes : tout d'abord mettre fin à la violence intercommunautaire qui persiste en Ulster (passages à tabac qualifiés de "punitions", attaques à l'arme blanche, voire meurtres). Ensuite, mettre hors d'état de nuire les jusqu'au-boutistes, et notamment la branche dissidente qui s'est autoproclamée "IRA véritable". Ses militants sont, il est vrai, très peu nombreux et leurs moyens, financiers et militaires, sont extrêmement limités. Mais en août 1998, alors que l'Ulster était dans l'euphorie du "Vendredi Saint", ils avaient réussi à frapper à Omagh, tuant 29 personnes, soit l'attentat le plus meurtrier de tout le conflit.

(photo d'archives : un paramilitaire de l'IRA)

Par Fabrice Aubert le 28 juillet 2005 à 14:17
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23 Commentaires

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  • Renaud, le 29/07/2005 à 15h35

    A partir du moment où l'IRA demande de poser les armes, ce n'est déjà plus l'IRA. D'autres gropuscules plus jeunes, plus violents et hors de tous contrôle reprendront la banière de la nébuleuse IRA. Ces dernier deviendrons un jour plus agés et plus sage. Et d'autre reprendrons le flambeau. C'est ainsi et c'est un PB sans fin. Voici donc le prototype d'une fausse bonne nouvelle. On ne remplace pas quelques sciecles de haine intergénérationnelle par une déclaration. J'en suis personnellement désolé.

  • Christophe, le 29/07/2005 à 09h59

    C'est une décision courageuse qu'il convient de saluer quelque soient les cheminements pour y aboutir. Un pas de plus vers la paix vient d'être fait et il se trouve encore des esprits chagrins pour ergoter... Et s'il reste des problèmes à solutionner, ils ne sont pas forcément du coté de l'IRA Quid du désarmement des milices unionistes? Et les responsabilités du Bloody Sunday et autres crimes d'Etat? Quel devenir pour les prisonniers des "H-blocks"? On ne règle pas 30 ans de "troubles" par une déclaration, mais elle a au moins le mérite d'être, elle.

  • Pierre Viennot, le 29/07/2005 à 04h50

    Bobby Sands n'est pas mort pour rien. Michael Collins non plus. L'Irelande dynamique, intelligente surprend l'Europe. La seule raison pour laquelle ce conflit dure depuis si longtemps tient au fait que l'Angleterre n'a aucune envie de "rapatrier" Ian Paisley en Grande-Bretagne Erin Go Bragh!

  • Martin, le 29/07/2005 à 01h08

    Autant que resident de l'Irlande du Nord j'éspere bien que ça y est cette fois ci. J'y crois. Nous aurons des problemes dans l'avenir mais ça va se résoudre avec le dialogue et plus avec une partie aux discussions avec plus de force (le pistolet sous la table). Béni soit Dieu pour cette journée.

  • ANDRE, le 28/07/2005 à 20h18

    Votre journaliste pourrait peut-être s'informer un peu plus, l'article recèle des erreurs .L'IRA est née à la fin de la Première Guerre mondiale après l'insurrection de Pâques 1916. Elle renaît de ses cendres en 1968,alors que c'est pratiquement une organisation d'anciens combattants, à peine 50 militants, à la demande de la population catholique des ghettos d'Ulster qui est victime de pogroms menés par les organisations protestantes. C'est une preuve d'intelligence politique de la part de l'IRA, de vouloir continuer par des moyens politiques l'objectif qu'elle poursuit.

  • Alain, le 28/07/2005 à 19h54

    Bravo..enfin une bonne nouvelle. IRA....vous avez gagné avec cette paix!

  • Vastre, le 28/07/2005 à 19h25

    Celà semble trop beau pour être honnête. Je crains que le problème soit encore pendant dans cinquante ans, comme en corse, comme au pays basque.

  • Jonathan, le 28/07/2005 à 18h48

    A Mike à New York. Tout à fait d'accord. Ces gens sont des monstres, des meurtrieurs. On parle d'eux comme s'ils étaient des heros. Il faut pas les saluer mais les chasser,les désarmer et les mettre au prison pour leurs crimes. Mais on ne le fera pas...On les saluera. Soyons clairs ici mes amis. L' economie croissante de l'Irelande du Nord, ainsi que la normalisation de la situation des CAtholiques en irelande du nord a fait disparaitre le soutien pour l' IRA en Irelande du Nord. Les activités d' AL Qu'aida ont reduit le soutien pour l' IRA en Amérique. Ils cédent car ils n'ont pas le choix et pas parce qu'ils veulent.

  • Laurent, le 28/07/2005 à 18h43

    Que les orangistes arretent leurs manifestations hostiles à l'écart des non migrants devenus minoritaires dans leur état. Cela rappelle etrangement la Chine et le Tibet comme le souligne justement Panda...

  • Saint-marc, le 28/07/2005 à 18h18

    Il est vrai que le cours de l'histoire rend quelques peu obsolète les idées séparatistes...Les deux ennemis d'hier ont peut être découvert qu'ils avaient maintenant un ennemi commun. Puisse t'il mettre la même ardeur à combatre ce nouvel ennemi.

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