
Lundi soir, un porte-parole iranien a fait savoir officiellement que les travaux avaient commencé en vue d'une reprise de la conversion d'uranium dans l'usine d'Ispahan. Une déclaration qui est intervenue quelques heures seulement après la remise d'une lettre par l'Iran à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), annonçant la reprise immédiate des activités nucléaires dans ce lieu sous haute surveillance de l'Agence depuis des années. Les activités qui ont repris lundi sont cependant loin de travaux nucléaires : "des inspecteurs de l'AIEA, en collaboration avec des experts de l'organisation de l'énergie atomique iranienne, procèdent à des actions telles que l'installation de caméras de surveillance et la préparation du travail de supervision", a indiqué à la télévision iranienne le porte-parole du Conseil suprême de la sécurité nationale. Mais Téhéran n'en considère pas moins que, "de son point de vue, l'usine de conversion de l'uranium a redémarré".
Les Iraniens avaient donné aux Européens, selon les officiels, jusqu'à dimanche 17 heures (14H30 heure française) ou lundi pour remettre des propositions reconnaissant le droit de l'Iran à l'enrichissement. Ultimatums qui ont expiré sans autre réponse publique des Européens que le refus de se laisser impressionner. Ce lundi encore, après les déclarations inquiètes de Paris et Londres ce week-end, la France et l'Allemagne ont de nouveau fait part de leur préoccupation. "S'ils ne respectent pas leurs engagements et leurs obligations, nous devrons alors regarder du côté du Conseil de sécurité", a prévenu le porte-parole de la Maison Blanche Scott McClellan.
Les Européens avaient déjà prévenu qu'ils soutiendraient le recours au Conseil de sécurité contre l'Iran, réclamé depuis des mois par les Etats-Unis, si les Iraniens relançaient l'enrichissement ou son préalable, la conversion d'uranium, suspendus en novembre pour permettre les discussions. "Je demande à l'Iran de poursuivre le processus de négociations" avec l'UE, a déclaré pour sa part le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, refusant de croire que Téhéran irait jusqu'au bout de ses menaces.
Difficiles discussions
L'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, mandatées par l'UE, négocient depuis décembre avec l'Iran pour obtenir les garanties que Téhéran, suspecte après des années de dissimulations, ne fabriquera pas l'arme nucléaire. Or, pour les Européens, qui offrent une coopération nucléaire, commerciale et politique, la garantie la plus probante, c'est que les Iraniens renoncent définitivement à l'enrichissement, ce que Téhéran refuse.
Les Européens avaient proposé de remettre les propositions détaillées d'une coopération le 7 août, après la prise de fonctions du nouveau président Mahmoud Ahmadinejad. Mais les Iraniens ont mal pris que, selon leurs renseignements, ces propositions ne reconnaissent pas le droit de la République islamique à l'enrichissement, et ont insisté sur la date du 1er août. L'ultimatum avait d'autant moins de chance d'être respecté qu'il n'a pas été notifié aux Européens par la voie diplomatique, mais par voie de presse, ont relevé des diplomates qui n'ont guère apprécié la méthode employée.
L'usine d'Ispahan, pomme de discorde L'usine de conversion d'uranium d'Ispahan a été achevée et testée industriellement en 2004 avant que l'Iran n'accepte de suspendre ses activités et de les mettre sous scellés de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Elle transforme du "yellowcake", une poudre de minerai d'uranium concentré extrait des mines du désert iranien, en tétrafluorure (UF4) puis en hexafluorure d'uranium (UF6). Ces gaz doivent ensuite être introduits dans des centrifugeuses pour produire de l'uranium. Les centrifugeuses de l'usine de Natanz, à une centaine de kilomètres au nord d'Ispahan, sont également sous scellés. Pour les Européens, la meilleure garantie que les Iraniens puissent donner que leur pays ne fabriquera pas l'arme nucléaire, c'est de renoncer définitivement à l'enrichissement d'uranium, mais aussi aux activités connexes, comme la conversion. L'Iran a toujours assuré vouloir enrichir l'uranium à 3,5% pour alimenter en combustible ses centrales nucléaires civiles. Mais, hautement enrichi, l'uranium peut servir à fabriquer la bombe atomique. Les experts soulignent en effet qu'il n'y a pas très loin entre la maîtrise de l'enrichissement à un taux réduit et à un taux élevé.
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