Londres (Royaume-Uni), 7 juillet - Après le 11 septembre et le 11 mars, le 7 juillet devient à son tour synonyme de terrorisme. Alors que le G8 est réuni en Ecosse, la capitale britannique est victime d'attentats coordonnés : trois bombes explosent simultanément dans le métro, une quatrième dans un bus. Bilan : plus de 50 morts. Pour la première fois en Europe, les terroristes étaient des kamikazes.DRTf1.fr : Quelles différences entre le "Londonistan" de 2001 et celui de 2005 ?
Dominique Thomas : Après la reprise en main et les premières actions (arrestations, fermeture de Finsbury Park), la tension est vite devenue palpable. La mouvance islamiste était plus souterraine, les lieux de culte moins connus, beaucoup de militants ont disparu dans la nature et sont entrés dans la clandestinité. Avant le 7 juillet, l'espace de liberté qu'était le "Londonistan" en 2001 ne concernait réellement que quelques associations militantes officiellement opposées à certains régimes de pays arabes.
Tf1.fr : Quelles ont été les conséquences de ce démantèlement du "Londonistan" ?
D.T. : Les difficultés de surveillance se sont multipliées et les autorités britanniques ont perdu le fil. Elles ont dû faire face à des éléments incontrôlés et radicaux qui entendaient protester contre ces nouvelles méthodes.
"Contre-productif pour beaucoup de groupes islamistes"
Tf1.fr : Ce climat dégradé peut-il à lui seul expliquer les attentats ?
D.T. : Non. Il faut évidemment prendre en compte la situation internationale, avec l'intervention britannique en Irak. Mais, pour l'instant, aucun communiqué sérieux ne permet d'éclairer les raisons des attentats et la manière dont ils ont été commis.
Tf1.fr : La piste des "islamistes locaux" est-elle néanmoins la plus probable ?
D.T. : Oui. Il y a de fortes probabilités pour qu'il s'agisse de militants radicaux et marginalisés qui ont appliqué des directives générales lancées par les prédicateurs mais agi sans contact, et surtout sans se soucier des conséquences sur les autres groupuscules. La preuve avec le malaise exprimé par les formations toujours présentes dans le "Londonistan". Elles ont condamné les attaques. Elles savent qu'elles vont réduire leurs moyens d'action dans le pays en raison de la répression qui va forcément les toucher. Pour ces groupes, le 7 juillet a été contre-productif.
"Le tour de vis, déclencheur des attaques ?"
Tf1.fr : Affirmer, comme le font certains, que le Royaume-Uni récolte les fruits de son ancienne politique laxiste, est-ce un raccourci trop facile ?
D.T. : Les mêmes ont justement parfois loué le "Freedom of speech". Le raccourci est donc trop facile puisque cette politique a longtemps permis au Royaume-Uni de mieux gérer la situation et d'être épargné par le terrorisme islamiste. Elle permettait en effet également de mieux contrôler la mouvance. D'ailleurs seuls quelques gouvernements, dont la France, la critiquaient vraiment. Or, le tour de vis, en radicalisant les plus extrémistes, a peut-être été l'élément déclencheur du 7 juillet. En l'absence de réelle certitude sur les motivations des auteurs, il y a deux interprétations possibles sur ce point.
Tf1.fr : Le 7 juillet coïncidait avec le G8 mais également avec le procès d'Abou Hamza, qui aurait dû s'ouvrir quelques jours plus tôt avant d'être reporté pour des raisons de procédure.
D.T. : Oui, mais ce procès est en fait "local" et interne au "Londonistan". On peut difficilement imaginer "Supporters of Charia" (ndlr : le groupe d'Abou Hamza) mener une telle action pour faire pression sur les juges. Cela aurait au contraire plutôt aggravé son cas. Si les terroristes ont voulu frapper un jour précis, la concomitance avec le G8 est plus probable.
Tf1.fr : Après Madrid et Londres, les regards se tournent vers Rome. Le raisonnement est-il trop simpliste ?
D.T. : La mouvance internationale islamiste a effectivement adopté une stratégie globale. Mais il n'est pas certain qu'elle soit derrière le 7 juillet. En revanche, si on en reste au concept irakien, alors l'Italie devient une cible évidente. Mais Al Qaïda n'agit pas selon un agenda précis. L'organisation profite des opportunités qui se présentent à elle, notamment s'il s'agit de front avant-gardiste pas forcément lié à une planification bien structurée.
"Londonistan : la voix du djihad", Editions Michalon, 2003.
"Les hommes d'Al-Qaïda : discours et stratégie", Editions Michalon, 2005.
(photo : le bus touché par une explosion à Tavistock Square)
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