
Judith Miller, journaliste au New York Times, a été emprisonnée mercredi par un juge de Washington pour avoir refusé de révéler ses sources d'informations anonymes à un grand jury qui enquête sur une fuite médiatique portant sur l'identité d'un agent de la CIA. Le juge Thomas Hogan a décidé que la reporter serait emprisonnée jusqu'à la fin du mandat du grand jury, c'est à dire en octobre, ou avant si elle se décidait à révéler l'identité de ses sources. «Si on ne peut pas faire confiance aux journalistes pour qu'ils garantissent la confidentialité de leurs sources, alors les journalistes ne peuvent pas fonctionner. Il ne peut pas y avoir de presse libre", a déclaré Mme Miller au juge. "Je suis ici aujourd'hui car je crois au rôle de la loi et à votre droit de m'envoyer en prison pour avoir désobéi aux règles, si vous le choisissez", a ajouté Mme Miller, qui a, depuis le début de l'affaire invoqué le premier amendement à la Constitution américaine sur la liberté d'expression pour se défendre. Mais pour le procureur Patrick Fitzgerald, "les journalistes ne sont pas habilités à promettre la confidentialité (à leurs sources) ; personne en Amérique n'a ce droit", a-t-il assuré.
Le deuxième journaliste concerné par l'affaire, Matt Cooper, de l'hebdomadaire Time, condamné comme Mme Miller en première instance et en appel à 18 mois de prison, a pour sa part accepté de témoigner devant le grand jury, et de dévoiler ainsi ses sources, ce qui lui évite la prison. Matthew Cooper s'est expliqué devant la presse à sa sortie du palais de justice en faisant valoir que sa source lui avait donné l'autorisation de dévoiler son identité.
L'affaire avait commencé le 6 juillet 2003 avec une tribune publiée dans le New York Times par le mari de Mme Plame, l'ancien ambassadeur Joseph Wilson. Ce spécialiste de l'Afrique, qui s'était rendu au Niger à la demande de la CIA en février 2002 pour enquêter sur un éventuel trafic nucléaire avec l'Irak, avait accusé l'administration d'avoir manipulé les informations du renseignement "pour exagérer la menace irakienne". Huit jours plus tard, l'éditorialiste conservateur Robert Novak avait minimisé les accusations de M. Wilson, laissant entendre en citant "deux hauts responsables de l'administration" anonymes qu'il n'avait dû sa mission au Niger qu'à l'intervention de sa femme, agent de la CIA - dévoilant au passage l'identité de Valerie Plame. Matthew Cooper, journaliste de l'hebdomadaire Time, avait à son tour évoqué le couple Wilson-Plame quelques jours plus tard. Judith Miller, ayant bénéficié apparemment des mêmes fuites, n'avait pas consacré une ligne à l'affaire.
Photo : Judith Miller ( AFP/Paul J Richards)
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