Quel lien entre Londres et Charm el-Cheikh ?

le 23 juillet 2005 à 20h45 , mis à jour le 26 juillet 2005 à 13h48

Explosions simultanées, proximité des actions dans le temps, même référence à Al-Qaïda : les attaques terroristes au Royaume-Uni et en Egypte auraient-elles pu être concertées ?

montage_londres_charm_el_cheikh © DR

Perpétrés à deux jours d'intervalle par des groupes se revendiquant d'Al-Qaïda, les derniers attentats de Londres et ceux de Charm el-Cheikh suscitent presque nécessairement la question suivante : ces actions étaient-elles concertées ? Ont-elles été décidées par les mêmes personnes, coordonnées ? Une hypothèse qu'écartent pourtant tous les experts de la lutte antiterroriste. Selon eux, le mouvement djihadiste mondial est trop éclaté et décentralisé pour orchestrer une campagne de terreur visant Londres puis l'Egypte, même si les liens idéologiques entre les auteurs de ces attentats sont indéniables.

Selon Magnus Ranstorp, directeur du centre d'études du terrorisme de l'université de Saint-Andrews, en Ecosse, "il n'y a pas de lien opérationnel ou logistique. Le lien qui existe tient au fait qu'Al Qaïda est devenue une idéologie révolutionnaire" dont se réclament divers groupes. La planification, longue et minutieuse, d'actions du type de celles de Charm el-Cheikh exclut par ailleurs que les terroristes aient pu les monter en quelques jours, pour renforcer l'effet de terreur produit à Londres. Les attentats de Taba (qui ont fait 34 morts, le 7 octobre 2004, en Egypte), "ont demandé, selon les enquêteurs égyptiens, sept mois de préparation", précise Magnus Ranstorp. "Donc ceux qui ont frappé à Charm el-Cheikh étaient prêts depuis longtemps. Tout au plus ont-ils peut-être accéléré les choses". 

"Les décisions de frapper sont prises au niveau local"

Pour le criminologue français Alain Bauer, "il faut oublier le cliché du méchant à la James Bond, tirant les ficelles depuis sa base secrète. Les décisions de frapper sont prises au niveau local. A Londres, il est probable qu'une cellule locale ait décidé d'opérations concentrées dans le temps, avec trois ou quatre groupes prêts à l'action. Mais au niveau global, la décentralisation du réseau fait que l'on peut avoir, comme c'est déjà arrivé dans le passé, une conjonction d'attentats à un moment, puis plus rien pendant de longues périodes".

Chaque mouvement de la nébuleuse djihadiste internationale suit probablement sa propre planification, tout en se félicitant de l'effet terrorisant provoqué par la succession des actions, estiment ces experts. "Il y a suffisamment en Egypte de raisons locales pour qu'une minorité bascule dans la violence pour ne pas avoir à invoquer des réseaux internationaux", déclare Jean-Luc Marret, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), basé à Paris. L'Egypte peut avoir été prise pour cible en raison de ses liens étroits avec les Etats-Unis et de sa politique étrangère. Par ailleurs, les autorités égyptiennes détiennent au moins 16.000 islamistes dans leurs prisons, selon les organisations des droits de l'Homme ; et les groupes d'islamistes locaux avaient été écrasés dans le sang après l'attentat de Louxor, où 62 personnes avaient été tuées en 1997. Enfin, celui qui est considéré comme le numéro deux d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, est égyptien et il est poursuivi ainsi que ses hommes depuis de longues années par les autorités égyptiennes.

"Des cellules jihadistes autonomes sont apparues et apparaîtront encore à travers le monde, pendant de nombreuses années encore" estime Jean-Luc Marret. "La guerre en Irak a entraîné une super-atomisation de ces groupes. Il y a de plus en plus d'individuel. Les individus sur lesquels nous travaillons ne forment souvent pas de groupe, même informel", explique pour sa part un magistrat antiterroriste français. "Ce sont des gens qui, de manière purement locale, s'indignent de ce qu'ils voient à la télé, en Israël ou en Irak", précise le criminologue français Xavier Raufer. "Ils finissent par penser qu'il y a une conspiration contre l'islam et décident de réagir. Ils forment des cellules. La plupart se découragent, d'autres se dissolvent, d'autres tombent dans les filets de la police. Quelques-unes survivent".

Photo d'ouverture : montage. A gauche, policiers dans les rues de Londres après les attentats ratés de jeudi. A droite, une des explosions de Charm el-Cheikh filmée par un touriste. - DR

le 23 juillet 2005 à 20:45
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