
L'enquête sur les attentats ratés du 21 juillet à Londres a connu un aboutissement vendredi avec l'arrestation des trois terroristes présumés encore en fuite - deux à Londres et un à Rome. Mais elle ne devrait pas s'arrêter là. Les enquêteurs poursuivent la traque, au Royaume-Uni bien sûr, mais aussi en Italie, où, selon les autorités, un groupe de soutien aurait été mis à jour. C'est en tout cas ce qu'a déclaré samedi le ministre de l'Intérieur italien Giuseppe Pisanu, évoquant un "important réseau" composé d'Ethiopiens et d'Erythréens qui aurait cherché à protéger la fuite du terroriste présumé arrêté vendredi.
"Au cours de l'enquête, il a été possible d'établir l'existence d'un important réseau de personnes appartenant aux communautés érythréenne et somalienne et retenue au service de la protection de la fugue du hors-la-loi", a ainsi déclaré le ministre devant les députés italiens. Plus mesuré, le journal La Stampa a confirmé samedi que de nombreuses personnes étaient interrogées par la police italienne, sans en conclure à l'existence d'un tel "réseau". "Au moins une quinzaine de personnes ont été interpellées à Brescia, Milan, Bologne, Reggio Emilia et Rome", pouvait-on lire dans le quotidien. "Il n'est pas dit qu'il s'agisse d'un réseau de soutien car certaines de ces personnes ignorent certainement les activités terroristes de leur ami", poursuivait le journal citant des sources proches de l'enquête.
Osman Hussain ou Isaac Hamdi ?
Sur l'identité exacte du suspect arrêté, un doute subsiste : Britannique d'origine somalienne et s'appelant Osman Hussain ou Ethiopien du nom d'Isaac Hamdi? "En ce qui nous concerne, l'homme arrêté a été identifié sur le mandat d'arrêt européen comme Osman Hussain", a déclaré à Londres Scotland Yard. "Le dossier ouvert par les magistrats romains est intitulé : procédure à charge contre Isaac Hamdi", a écrit pour sa part l'agence italienne Ansa parlant du même homme. Le ministre italien de l'Intérieur, Giuseppe Pisanu, a déjà levé un coin du voile et a affirmé que l'homme arrêté était éthiopien, au cours d'une intervention devant les magistrats.
Selon l'avocat Douglas Douale, résidant à Rome et représentant légal de la communauté somalienne en Italie, l'homme arrêté n'est pas somalien. "J'ai appelé de nombreux Somaliens à Rome mais personne ne connaît l'homme arrêté et son frère", qui a été arrêté lui aussi, a déclaré l'avocat. Lorsque le gouvernement somalien de Siad Barre est tombé en 1991, "de nombreux documents, surtout des passeports, ont été volés", a ajouté l'avocat cité par le quotidien Il Messaggero. "Depuis cette époque, et étant donné que les Somaliens étaient considérés comme des réfugiés, de nombreux habitants de la Corne de l'Afrique ont acheté des passeports somaliens pour obtenir le statut de réfugiés".
Depuis son arrestation vendredi après-midi, les médias italiens ont retracé toutes les étapes de la fuite de l'homme. Le suspect, soupçonné d'avoir voulu faire exploser une bombe le 21 juillet à la station métro de Shepherd's Bush à Londres, a quitté La capitale britannique le 26 juillet à bord d'un train pris à la gare de Waterloo. Grâce au numéro de téléphone portable fourni par la police britannique, les enquêteurs ont suivi le voyage du suspect qui est passé par Paris puis est arrivé en Italie, traversant les villes de Turin, Milan et Bologne avant d'arriver à Rome, selon les journaux italiens. L'homme arrêté vendredi a téléphoné à des personnes originaires de la Corne de l'Afrique résidant dans les provinces de Milan et de Brescia, a précisé par ailleurs le ministre de l'Intérieur italien, ajoutant que des perquisitions s'étaient déroulées samedi, après l'arrestation du suspect, et qu'elles concernaient des personnes que ce dernier avait contactées au cours de son bref séjour en Italie.
Feu vert du parlement italien à un décret-loi antiterroriste La Chambre des députés italiens a adopté samedi en dernière lecture un décret-loi destiné à renforcer les mesures antiterroristes en Italie, à la suite des attentats de Londres. Parmi les mesures votées figurent notamment un allongement de la durée de la garde à vue de 12 à 24 heures et des interrogatoires de détenus sans avocat. Le texte permet l'expulsion du territoire des immigrés constituant une menace pour la "sécurité nationale" ou contre lesquels existent des soupçons "fondés" d'aide ou de soutien aux organisations terroristes. Il prévoit également l'octroi de permis de séjour aux étrangers qui collaborent aux enquêtes. Le Sénat a adopté plusieurs amendements durcissant le projet de loi en accordant notamment aux militaires le droit d'effectuer des perquisitions et d'arrêter des suspects.
Photo d'ouverture : un policier italien montrant des photos du suspect arrêté à Rome - DR
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