© afpAvec le bourbier irakien, l'autre front sur lequel sont engagés les Etats-Unis est passé au second plan. Evidemment, avec 20 000 soldats –dont 10% appartenant aux pays de la coalition, les effectifs déployés pour "Enduring Freedom" sont moindres qu'en Irak. L'impact médiatique du conflit en est d'autant réduit. Pourtant, face à une guérilla qui ne fait que s'intensifier au fil du temps, les pertes américaines suivent la même courbe.
Selon les derniers chiffres, révélés par George W. Bush lui-même lundi lors d'un meeting devant des anciens combattants, 223 "boys" sont morts en Afghanistan depuis octobre 2001. Plus inquiétant pour le président américain, les pertes augmentent chaque année : 43 en 2002, 47 en 2003, 54 en 2004 et déjà plus de 70 depuis le début de l'année, dont 50 cet été. D'ailleurs, comparé au nombre de celui des soldats déployés, il y a plus de décès en Afghanistan (1 pour 243) qu'en Irak (1 pour 265). Les pertes ennemies sont évidemment plus importantes, mais elles ont plutôt tendance à diminuer au fil du temps.
"Un jour, ils nous tirent dessus. Le lendemain, ils nous servent le thé"
Depuis juin, l'armée américaine se retrouve en fait harcelée par des opérations menées par les rebelles antigouvernementaux et les taliban, que l'on croyait pourtant disparus de la circulation. Si la situation est plutôt calme dans le Nord et l'Ouest, les combats se concentrent dans les zones tribales du Sud, du Sud-Est et de l'Est, frontalières du Pakistan.
Plusieurs facteurs expliquent ces nouvelles difficultés. En quatre ans de conflit, les taliban, mieux entraînés, maîtrisent parfaitement les techniques du "chat et de la souris" propres à la guérilla. Ils opèrent par exemple en petit groupe, cachent mieux leurs armes, se fondent dans la population ("un jour ils peuvent nous tirer dessus, le lendemain nous servir du thé dans un restaurant" expliquait lundi un capitaine au Philadelphia Inquirer) et surtout utilisent à bon escient leur matériel. "Il y a plus de sophistication dans les attaques des rebelles. L'an dernier, 40% des bombes artisanales atteignaient leur but. Aujourd'hui, on est à près de 90%" souligne un responsable du bureau pour la sécurité en Afghanistan (Anso), chargé d'évaluer la sécurité du pays pour les ONG. Les rebelles bénéficient également souvent du soutien de la population locale, dans laquelle les Américains sont toujours aussi impopulaires.
Action d'envergure lors des élections ?
Cette insécurité fait évidemment peser une épée de Damoclès sur les législatives prévues le 18 septembre. En octobre dernier, la tenue sans incidents majeurs de la première élection présidentielle de l'histoire du pays, remportée par Hamid Karzaï avec le soutien des Etats-Unis, avait été considérée comme une grande victoire.
Cette année, même si les observateurs étrangers estiment que le processus devrait être normal dans son ensemble, les craintes d'une ou deux actions d'envergure le jour du scrutin pour frapper l'opinion internationale sont réelles.
(photo afp-Laura Griffin : une patrouille commune américano-afghane, le 6 août)
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