Le calvaire des occupants de l'avion chypriote

le 15 août 2005 à 16h57 , mis à jour le 15 août 2005 à 23h01

Dès 9H37, heure à laquelle le Boeing 737 de la compagnie Helios a pénétré, dimanche, dans la zone de contrôle aérien grec, le pilote et le co-pilote étaient vraisemblablement morts. Commençait alors pour les occupants une interminable agonie qui s'achevait, peu après midi, par le crash près d'Athènes.

policier_grece_heliosLes restes de l'appareil de la compagnie chypriote Helios, qui s'est écrasé près d'Athènes, gardés par les forces de l'ordre grecques © DR

L'accident du Boeing 737 chypriote dimanche près d'Athènes a été à un interminable cauchemar au cours duquel, après la mort probable des pilotes par asphyxie, des survivants ont tenté sans succès de prendre les commandes de l'avion pour empêcher sa chute fatale. Le vol de la compagnie à bas prix Hélios avait décollé dimanche matin vers 9 heures, heure locale (8 heures en France) de l'aéroport de Larnaca avec 115 passagers dont 21 enfants de quatre ans et plus, et 6 membres d'équipage. Quelque 10 minutes seulement après le décollage, selon un contrôleur aérien grec, Manolis Antoniadis, le pilote de l'avion a adressé à sa compagnie un message sur une fréquence spéciale faisant état de simples problèmes de climatisation. A 9H37, l'avion pénètre dans la zone de contrôle aérien grec (Flight information région, FIR). Selon Manolis Antoniadis, l'avion est alors sur pilote automatique, et le pilote et son co-pilote vraisemblablement déjà morts.

Vingt minutes plus tard, la tour de contrôle de l'aéroport d'Athènes échoue à établir le contact avec l'avion. A 10H20, un contrôleur aérien grec téléphone à un collègue de Larnaca, qui l'informe du problème signalé dans l'avion. Cinq minutes après, la tour de contrôle annonce aux autorités grecques que l'avion, au lieu de mentionner sa position pour entamer l'atterrissage, a commencé à tourner en rond au dessus de l'île de Kéa, au sud-est d'Athènes. L'armée de l'air est immédiatement mise en alerte. Le ministre de la Défense avertit le Premier ministre suivant ainsi à la lettre "la procédure 'renegade' (renégat), prévue par les règlements internationaux pour des avions ne communiquant pas avec la tour de contrôle". Deux chasseurs F-16 de l'armée de l'air décollent à 10H55 d'une base proche et et au bout de 25 minutes "établissent le premier contact visuel", sans qu'aucune communication directe ne puisse être établie.

Deux personnes apparaissent dans le poste de pilotage

L'avion se trouve alors à une altitude de 10.300 mètres, selon le ministère de la Défense. Après s'être approchés de plus près de l'avion, les pilotes des F-16 voient le co-pilote plié en deux, mais n'aperçoivent pas le pilote. Ils constatent également que les masques à oxygène pendent dans la cabine. Les F-16 informent le ministère qui donne l'ordre de diriger dans la zone un hélicoptère Super Puma et ainsi que deux torpilleurs et une frégate, pour se préparer aux recherches en cas de chute. L'avion est désormais considéré comme "renégat confirmé" ce qui signifie qu'il est sans contrôle et peut mettre en danger des zones habitées. Dans un tel cas, les autorités peuvent décider d'abattre un appareil, mais le gouvernement grec affirme ne pas avoir envisagé un tel recours. Au sol, "l'angoisse des responsables est alors au plus fort", selon une note diffusée lundi par le ministère de la Défense.

Lors d'une dernière approche, les pilotes voient deux personnes dans le poste de pilotage, dont on ne sait pas s'ils étaient des membres d'équipage ou des passagers, semblant vouloir reprendre le contrôle de l'appareil. L'avion arrête alors de faire des cercles, change de cap et se dirige vers l'aéroport, selon une source haut-placée du ministère de la Défense, sans toutefois pouvoir founir d'heure exacte. L'avion s'écrase peu après, vers 12h04 locale, soit que cette dernière tentative désespérée ait échoué, soit par épuisement du carburant. Il prend feu au sol et provoque un incendie sur les pentes de la colline où il est tombé, un maquis chauffé à blanc par les fortes températures estivales.

Pour les autorités grecques, "il semble que le décès, dans beaucoup de cas, sinon dans la totalité, s'est produit avant le crash, mais c'est quelque chose qui doit être confirmé". Les enquêteurs vont notamment devoir déterminer comment les deux personnes aperçues dans le cockpit ont survécu alors que les pilotes étaient inanimés ou morts et pourquoi les masques à oxygène n'ont pas permis à ces derniers de rester en éveil.

Photo d'ouverture : les restes de l'appareil chypriote gardés par les forces de l'ordre grecques - DR

le 15 août 2005 à 16:57
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