
La présentation mardi comme "suspects" de cinq personnalités libanaises pro-syriennes devant la Commission d'enquête de l'Onu marque une accélération des investigations sur l'assassinat du dirigeant libanais Rafic Hariri. Forts d'un mandat d'amener délivré par la justice libanaise à la demande de Detlev Mehlis, président de la Commission de l'Onu, ses membres, escortés par les Forces de sécurité intérieures (FSI, police et gendarmerie), ont perquisitionné mardi à l'aube les domiciles de trois anciens hauts responsables de la sécurité. L'ancien patron de la Sûreté générale, le général Jamil as Sayyed, l'ancien directeur des FSI, le général Ali al-Hage, et l'ancien directeur des Renseignements de l'armée, le général Raymond Azar, ont été "amenés au siège de la Commission pour être interrogés en tant que suspects", comme le précise un commmuniqué du centre d'information des Nations unies à Beyrouth.
Sous la pression de la rue, ces officiers avaient été contraints de quitter leurs postes après l'assassinat de Rafic Hariri le 14 février à Beyrouth. Le chef de la Garde présidentielle, Moustapha Hamdane, resté en fonction bien que suspecté dès juillet par Detlev Mehlis, s'est présenté de lui-même au siège de la Commission, près de Beyrouth, dont l'accès est interdit à la presse. Un ancien député, Nasser Qandîl, a également interrompu un séjour à Damas et regagné Beyrouth pour comparaître devant la Commission.
Saad Hariri : "C'est le début"
Dans une récente série d'entretiens au quotidien arabe Al Hayat, le général as Sayyed, homme fort du régime du président pro-syrien Emile Lahoud depuis son accession au pouvoir en 1998, raconte avoir reproché au patron des FSI d'avoir retiré les voitures du convoi de Hariri de la scène du crime, quelques heures seulement après l'attentat et d'avoir commencé à combler le cratère causé par l'explosion. Selon as Sayyed, le général Al-Hage lui a répondu en avoir reçu l'ordre du chef de la Garde présidentielle.
Les cinq hommes, après interrogatoire par la Commission, seront soit relâchés dans les quatre prochains jours soit, si la suspicion de leur implication dans le crime est confirmée, renvoyés devant la justice libanaise pour qu'elle établisse un acte d'accusation. Il s'agit du premier coup d'éclat sur le terrain de la Commission, créée le 7 avril par l'Onu et opérant à Beyrouth depuis le 16 juin. Forte d'une centaine de personnes venues de 20 pays, elle travaillait jusque-là dans l'ombre. "C'est le début du processus de dévoilement de la vérité, d'autres arrestations suivront", a estimé le député Saad Hariri, fils du leader assassiné, dans une déclaration à Radio-Orient depuis Paris, où il est retranché à l'instar de nombreux responsables libanais antisyriens, qui craignent d'être la cible de nouveaux attentats.
Photo d'ouverture : le Premier ministre libanais assassiné - archives
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