
Comme on pouvait s'y attendre, l'évacuation forcée des colons de la bande de Gaza, effective depuis minuit mercredi, ne se fait pas sans heurts et sans opposition. Dix mille soldats et policiers participent aux opérations, qui visent à faire quitter les colonies à environ 40% des 8.000 colons qui ont refusé de partir volontairement. Mercredi soir, neuf colonies avaient déjà été totalement évacuées et deux autres étaient pratiquement vides, sur les 21 implantations du territoire.
Mercredi, tôt dans la matinée, les soldats ont pénétré en grand nombre dans plusieurs implantations, notamment à Neve Dekalim, la "capitale". Si de nombreux habitants de Neve Dekalim étaient finalement partis de leur plein gré ces derniers jours, des centaines de militants juifs anti-retrait avaient réussi à s'infiltrer sur place ces dernières semaines. Frappant sur les portes des maisons, les militaires et policiers ont demandé aux habitants de les accompagner vers des bus pour les conduire vers Kissoufim, point de passage entre la bande de Gaza et Israël. Les scènes d'hystérie se sont alors multipliées. Beaucoup de colons ont été traînés de force et se sont débattus, en multipliant les insultes. Des scènes identiques ont eu lieu dans les autres villages. Une habitante de la colonie isolée de Keddoumim, dans le Nord de la Cisjordanie, a même été grièvement brûlée après avoir tenté de s'immoler par le feu pour protester contre le retrait.
L'évacuation plus rapide que prévu
![]() |
| Entrée des soldats dans la colonie de Neve dekalim |
Ce retrait se déroule dans un contexte de tension particulièrement vive. Trois Palestiniens ont été tués mercredi de sang-froid et au moins deux autres blessés par un colon juif du nord de la Cisjordanie, au moment où les colonies de la bande de Gaza étaient évacuées. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a condamné vigoureusement cette "tentative de saboter le retrait de Gaza" et appelé les Palestiniens "à la retenue et à ne pas se laisser entraîner par de tels crimes". Ariel Sharon a condamné "l'acte terroriste juif qui a visé des Palestiniens innocents, perpétré avec l'idée perverse qu'avec cela le désengagement s'arrêterait". Les Etats-Unis ont fait part de leur préoccupation.
Mais il n'y a pas eu de suite à cet acte de violence, et Washington a félicité l'Autorité palestinienne pour ses efforts destinés à assurer la sécurité de la bande de Gaza pendant le retrait israélien. L'armée israélienne, qui redoutait un retrait "sous le feu" et une multiplication d'attentats, n'a trouvé pour l'heure qu'une ceinture d'explosifs dissimulée dans un panneau solaire de Maouassi, une enclave palestinienne du sud de la bande de la Gaza. Elle l'a fait exploser et a interpellé quatre activistes du Jihad islamique. Pour sa part, le Jihad islamique a organisé mercredi une parade militaire sans précédent au large de Gaza pour fêter "la victoire".
Malgré les résistances, l'évacuation se déroule finalement plus vite que prévu. Elle devrait être complète d'ici une semaine, au lieu des trois prévues, selon le chef de la police israélienne. L'un des responsables de Yesha, le principal mouvement des colons, a même reconnu l'échec de l'opposition au retrait. "On a échoué. Manifestement, le Goush Katif est tombé", a déclaré Shaul Goldstein, à la télévision publique. De son côté, Ariel Sharon s'est dit ému "aux larmes" à la vue des images des colons évacués. "Lorsqu'on voit ces familles avec des larmes dans les yeux, et des officiers de police avec des larmes dans les yeux il est impossible de ne pas pleurer soi-même", a déclaré le Premier ministre. Il a ajouté que "la colonisation va se poursuivre et se développer" en Cisjordanie après le retrait de la bande de Gaza.
Photo d'ouverture : colon évacué par l'armée israélienne - DR
Retour MYTF1

Chargement en cours...




