
L'Iran a informé lundi l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de sa décision de redémarrer l'usine de conversion d'uranium d'Ispahan, qui doit convertir le "yellowcake" (concentré de minerai d'uranium) en gaz ensuite introduit dans les centrifugeuses pour produire de l'uranium enrichi. Officiellement, il serait destiné à un seul usage civil ; mais hautement enrichi, l'uranium peut aussi servir à confectionner l'arme nucléaire. Cette initiative risque de ruiner les négociations menées depuis décembre avec l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne (UE3). L'UE3 a jusqu'alors préféré le dialogue à la confrontation diplomatique et au recours au Conseil de sécurité préconisés par les Etats-Unis, pour obtenir les garanties que l'Iran ne détournera pas ses activités nucléaires civiles pour fabriquer la bombe atomique.
Dans une lettre adressée mardi au négociateur iranien Hassan Rohani, la "troïka européenne"prévient qu'une reprise de ses activités nucléaires conduirait à l'arrêt des négociations. Elle ajoute qu'elle optera alors pour "d'autres lignes de conduite". "S'ils ne respectent pas leurs engagements et leurs obligations, nous devrons alors regarder du côté du Conseil de sécurité", avait rappelé pour sa part dès lundi le porte-parole de la Maison Blanche Scott McClellan.
Marquant un rapprochement avec la position américaine, Dominique de Villepin a renchéri mardi en appelant l'Iran à tenir "les engagements qui ont été pris", faute de quoi "ce sera la saisine du Conseil de sécurité". Le ministre des Affaires Etrangères, Philippe Douste-Blazy, s'exprimant à la sortie du conseil des ministres, a jugé pour sa part que le dossier nucléaire iranien est "très grave" et "peut être au départ d'une crise internationale majeure, car si l'Iran ne revenait pas sur cette décision, alors l'Iran serait, je dirais dans une position purement unilatérale".
"On verra quel type de sanction on donne à l'Iran"
Le ministre des Affaires Etrangères a évoqué par ailleurs le scénario de la marche aux sanctions contre l'Iran. "Nous proposerons, nous les Européens, qu'il y ait une réunion extraordinaire le plus rapidement possible du Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique, pour demander à la communauté internationale de dire et de spécifier très fortement et très fermement aux Iraniens qu'il faut revenir à la table des négociations", a-t-il réaffirmé. "Si les Iraniens n'acceptaient toujours pas ce que leur proposerait le Conseil des gouverneurs, alors la communauté internationale devra saisir, me semble-t-il, le conseil de sécurité" de l'Onu. "On verra alors quel type de sanction on donne à l'Iran".
Maniant le double discours, l'Iran réaffirme son "droit imprescriptible" à la technologie nucléaire, tout en assurant : "la reprise n'est en aucun cas un acte hostile à l'égard des Européens, nous considérons les Européens comme nos partenaires". C'est ce qu'a redit mardi un des négociateurs iraniens, Ali Agha Mohammadi, en insistant : "nous ne voulons pas de confrontation avec les Européens. La voie des négociations reste ouverte". Dans ce climat de crispation, un engin de faible puissance a explosé mardi matin devant les bureaux des compagnies britanniques British Airways et British Petroleum à Téhéran, sans faire de blessés.
Photo d'ouverture : Philippe Douste-Blazy, s'exprimant à la sortie du conseil des ministres sur le dossier iranien - DR
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