© AFPDe l'aveu même du gouvernement sri-lankais, l'assassinat vendredi soir du chef de la diplomatie Lakshman Kadirgamar est un "grave revers" pour le processus de paix entre pouvoir et guérilla. Le ministre des Affaires étrangères, âgé de 73 ans, a été abattu dans sa résidence privée, vendredi soir par des tireurs embusqués dans la capitale, Colombo. La présidente du Sri Lanka, Chandrika Kumaratunga, a déclaré l'état d'urgence sur l'île, donnant des pouvoirs très étendus à l'armée pour arrêter les meurtriers.
Intransigeance
Les principaux soupçons des autorités se dirigent contre la guérilla des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE). Les Tigres, qui se disent victimes de discrimination de la part d'un gouvernement dominé par la majorité cinghalaise, se battent depuis 1984 pour la création d'un Etat tamoul dans le nord et l'est de l'île. En 20 ans, le conflit entre la guérilla et le pouvoir a fait plus de 60.000 morts. Réputé pour son intransigeance, le ministre des Affaires étrangères appartenait à la minorité tamoule mais était un farouche adversaire de cette rébellion armée. Une position qui faisait de lui un traître aux yeux des Tigres.
La guérilla des séparatistes tamouls a rejeté samedi toute implication dans cet assassinat. Un important responsable politique tamoul lié aux Tigres a déclaré que l'instauration de l'état d'urgence risquait de relancer la guerre civile.
Processus de paix en panne
Mais selon des observateurs étrangers, le cessez-le-feu entre le gouvernement et la guérilla, en vigueur depuis février 2002, ne serait pas menacé dans l'immédiat. Signée sous l'égide de la Norvège, cette trêve se situe dans le cadre d'un processus de paix, qui est en panne depuis avril 2003. L'attentat de vendredi complique en revanche la tâche des médiateurs norvégiens qui tentent d'élaborer un accord de paix durable. Selon le porte-parole du gouvernement sri-lankais, le meurtre du ministre "mine" les possibilités de reprise d'un dialogue".
L'assassinat a suscité de nombreuses condamnations à l'étranger. Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a "déploré un geste insensé", tandis que la commissaire européenne aux Relations extérieures, dénonçait "une intention claire de la part des meurtriers de relancer le conflit" au Sri Lanka. L'Inde, qui avait armé les Tigres avant de les combattre, a exprimé sa "confiance" dans la capacité du Sri Lanka à "vaincre les forces qui tentent de saper l'unité et la stabilité politique" du pays. Lakshman Kadirgamar sera incinéré lundi.
(L'armée devant l'hôpital de Colombo où est décédé le ministre des Affaires étrangères samedi/AFP/SENA VIDANAGAMA)
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