
Les leaders irakiens étaient toujours à la recherche lundi matin d'un compromis sur une Constitution de nature à satisfaire les demandes divergentes des différents groupes ethniques et religieux du pays. L'ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad, partie prenante des débats, avait reconnu dimanche soir que les Etats-Unis n'espèraient plus un accord avant lundi. Plusieurs points de désaccord persistent, la partie sunnite refusant fermement de cosigner le texte en l'état. La constitution provisoire en viueur stipule que le projet soit remis au Parlement au plus tard lundi, pour être approuvé par un référendum à la mi-octobre. A défaut, l'Assemblée serait dissoute et de nouvelles élections organisées.
"Nous n'accepterons pas le fédéralisme (...) Cette question est pour nous une ligne à ne pas franchir car elle touche à l'unité de l'Irak et nous ne ferons pas de compromis", a déclaré le négociateur sunnite Saleh al-Motlak. Les sunnites, minoritaires mais qui dominaient le pays du temps de Saddam Hussein, souhaitent un gouvernement central fort qui puissent leur assurer la sécurité et, du point de vue économique, conserve le contrôle des gisements de pétrole concentrés en zones kurde et chiite.
Or, la majorité chiite milite préconise la création d'une région chiite autonome dans le sud. Quant aux Kurdes, ils veulent que soit consacrée par écrit l'autonomie dont ils jouissent de fait dans le nord. Samedi, le porte-parole du président Talabani (kurde) avait assuré qu'"il y a un courant favorable à la décentralisation, à l'octroi de pouvoirs étendus aux provinces et à une garantie quant au caractère particulier de la région kurde". Visiblement ce courant ne s'étend pas aux sunnites.
Des Américains impliqués
Le fédéralisme n'est pas la seule pierre d'achoppement. Les relations entre religion et Etat restent au centre des débats. Les chiites militent pour l'application de la loi islamique, la charia, sur tout le territoire. La répartition des richesses est elle aussi source de divisions : les Kurdes en revendiquent 35% tandis que les chiites préféreraient une distribution entre les provinces selon leur poids démographique. Plusieurs négociateurs ont laissé entendre que la constitution resterait vague sur plusieurs de ces aspects, laissant le soin aux parlementaires d'en discuter ultérieurement. Mais il ne semblait plus du tout évident dimanche matin que les sunnites accepteraient cet artifice.
L'ambassadeur américain continuait dimanche de prendre activement part au processus. Zalmay Khalilzad, d'origine afghane, a déjà présidé à l'accouchement du nouvel Etat afghan après la chute du régime taliban. Selon le Washington Post, les Etats-Unis ont soumis aux Irakiens un projet détaillé de constitution. "Nous aidons les Irakiens à réussir. La création d'une constitution démocratique est une étape critique sur la voie de l'autonomie irakienne", a déclaré samedi le président américain George Bush.
| Les droits des femmes préservés |
Le fait que l'islam redevienne la religion officielle de l'Irak, alors que l'ancien régime de Saddam Hussein avait mis sur pied un état séculaire, ne signifie pas que les droits des femmes sont menacés, a assuré dimanche à Londres l'ambassadeur irakien au Royaume-Uni, Salah al Shaikhy. "Cette constitution garantira chacun des droits de l'Homme accordés aux hommes et aux femmes, afin qu'il y ait une réelle égalité", a-t-il insisté. Shaikhy a souligné que son pays avait "la proportion la plus importante de femmes dans un parlement, pas seulement dans la région, au Moyen-Orient, mais dans le monde entier". "33% des députés sont des femmes, et je ne pense pas que les femmes irakiennes se laisseraient priver de leurs droits", a-t-il conclu. D'après AFP |
(Image LCI : les négociateurs, samedi)
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