© DRLe gouvernement de Jakarta et les rebelles indépendantistes de la province indonésienne d'Aceh, poussés à la paix par les dévastations du tsunami de décembre dernier, ont signé lundi à Helsinki un traité mettant fin à un conflit qui a fait environ 15.000 morts en 30 ans. Après six mois de négociations dans la capitale finlandaise, le texte signé par le ministre de la Justice Hamid Awaluddin pour le gouvernement indonésien et par Malik Mahmoud, le président de la délégation du Mouvement Aceh libre (GAM), prévoit notamment le retrait de l'armée indonésienne de la province et le désarmement des rebelles. Parmi les plus importantes concessions, Jakarta a accepté une gestion relativement autonome de la province et de la majeure partie de ses ressources, principalement en hydrocarbures et la création de partis politiques locaux.
Les rebelles, en contre partie, ont renoncé à l'indépendance qu'ils avaient proclamé unilatéralement en 1976, entamant une guérilla alors que leurs dirigeants s'exilaient en Suède. Devant la résistance de la rébellion, Jakarta avait amorcé une opération militaire de grande ampleur en 1988 et a été régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits de l'Homme pour de multiples abus. Après l'échec de pourparlers et de cessez-le feu sur le terrain, les opérations militaires s'étaient accrues en 2003 mais l'ampleur des dévastations du tsunami fin décembre 2004 ont changé la donne et amené les combattants à la raison.
"Un événement de grande portée"
Depuis Jakarta et dans un message vidéo retransmis à Helsinki le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a évoqué un "événement de grande portée". "C'est un bon début, c'est un nouveau départ", a-t-il dit, ajoutant : "Nous ferons de notre mieux pour réussir ce processus de paix". Le document final fait suite à un protocole d'accord conclu le 17 juillet, au terme de cinq réunions de négociations à Helsinki, sous l'égide le CMI (Initiative pour la gestion des crises), dirigé par l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari. "C'est le début d'une nouvelle ère", a déclaré ce dernier qui présidait la cérémonie de signature.
Le texte final prévoit que toutes les hostilités cessent avec la signature des deux parties. Il stipule également que Jakarta va retirer ses forces armées et de police qui ne sont pas locales d'ici la fin de l'année. Parallèlement le GAM désarme et démobilise ses 3.000 troupes. Des doutes ont été exprimés par le passé sur la volonté de l'armée de se plier à l'accord. Le texte contient aussi une amnestie pour les membres du GAM et les prisonniers du mouvement dans un délai de deux semaines. Mais le nombre de troupes indonésiennes qui vont rester, estimé à 14.700 demeure élevé. Ce nombre "ne semble pas correspondre aux besoins habituels de l'armée indonésienne dans une structure territoriale", a estimé, juste après la signature, M. Mahmoud, qui était le "Premier ministre" autoproclamé du gouvernement rebelle en exil. Jakarta s'est engagé d'autre part à faciliter l'établissement de partis politiques basés à Aceh, dans le délai d'un an. Le gouvernement d'Aceh sera défini par une loi promulguée le 31 mars 2006, selon le texte. La province pourra bénéficier de 70% de ses ressources naturelles, dont les principales sont le pétrole et le gaz. Un tribunal des droits de l'Homme et une cmmission de vérité et de réconciliation seront établis à Aceh.
Mission de contrôle européenne
Enfin une mission civile de contrôle du respect du traité sera établie par l'Union européenne --une première en Asie pour Bruxelles -- et par cinq pays de l'Association des nations d'Asie du sud-est (Asean) qui sont la Thaïlande, Singapour, Bruneï, la Malaisie et les Philippines. Dirigée par le Néerlandais Pieter Feith, chef désigné, elle devra notamment surveiller le retrait des militaires habituellement basés dans d'autres régions indonésiennes et la remise des armes du GAM.
Le conflit a fait une quinzaine de milliers de morts depuis 1976. Le raz-de-marée du 26 décembre 2004 a fait à Aceh plus de 165.000 morts, détruit des milliers de maisons ainsi que les principales infrastructures du rivage maritime. Le cot de la reconstruction prévue jusqu'en 2009 est estimé à 4,78 milliards de dollars par Jakarta.
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