
Bavure ou accident ? Des témoignages et des photographies rendus publics mercredi par la chaîne ITV, puis ce matin par le Daily Mirror, contredisent la version officielle sur la mort de Jean-Charles de Menezes, le 22 juillet dernier. Selon Scotland Yard, il avait été atteint de huit balles, dont sept dans la tête, par un policier britannique qui surveillait un immeuble dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 21 juillet et l'avait suivi dans la station de métro de Stockwell. La police affirme que le jeune homme avait "reçu des sommations" et avait "refusé d'obéir aux instructions de la police".
Mais selon les documents d'ITV, le jeune électricien de 27 ans n'a pas eu de comportement suspect. Les images montrent Jean-Charles de Menezes vêtu d'un léger blouson en jean et non d'un anorak- et entrant calmement dans la station de métro -et non en courant-, prenant le temps de ramasser un journal gratuit avant de monter sans se presser dans la rame du métro.
"Shoot to kill"
En réalité, selon ITV, l'opération avait été mal conduite depuis le début. Au moment où le jeune homme sortait de son appartement, l'officier en charge de la surveillance était absent. "J'étais en train de me soulager", a-t-il déclaré. En outre, le jeune Brésilien aurait été maîtrisé par un officier de police dans le wagon avant d'être abattu. Le policier a raconté qu'après avoir ceinturé le jeune homme, il l'a "rejeté sur le siège où il était assis auparavant". "J'ai ensuite entendu un coup de feu très près de mon oreille gauche et on m'a précipité sur le sol du wagon", a-t-il ajouté.
"Il n'y a aucun doute que Cressida Dick, commandante de la police de Londres, n'avait ordonné à personne d'abattre de Menezes", déclare par ailleurs un haut responsable de Scotland Yard, dans le Daily Mirror de ce matin, précisant que l'équipe de tireurs de la police n'avait été envoyée sur place que "par précaution". Selon le Mirror, alors que le jeune homme avait quitté son domicile surveillé par la police et s'achetait un ticket de métro, la commandante Cressida Dick avait "dit à l'équipe de surveillance d'arrêter l'homme le plus vite possible - et avant qu'il n'entre dans la station".
Ces révélations portent un sérieux coup à la stratégie de "tirer pour tuer" les kamikazes présumés adoptée par Scotland Yard au lendemain des attentats, une tactique jusque-là âprement défendue par les autorités britanniques. "La seule façon de réagir (face à des terroristes kamikazes), c'est de tirer dans la tête", avait déclaré le patron de Scotland Yard, Ian Blair au lendemain de cette tragédie qui a eu un immense retentissement au Brésil et suscité une vive émotion au Royaume-Uni. "Cela ne sert à rien de tirer dans la poitrine de quelqu'un parce que c'est probablement là que se trouve la bombe (et) s'ils tombent, ils vont la déclencher", avait ajouté Sir Blair.
La famille demande la vérité
Pour la famille de Jean-Charles de Menezes, ces éléments renforcent la nécessité de faire la lumière sur les circonstances exactes de la mort du jeune homme. "Ma famille a le droit à toute la vérité à propos de ce meurtre", a déclaré son cousin, Allessandro Pereira. "La vérité ne peut plus être cachée. Elle doit être rendue publique", a-t-il poursuivi. Il y a eu de toute évidence un certain niveau d'incompétence à propos de ce meurtre ou un sérieux (problème) de communication parmi les différents officiers impliqués dans la surveillance", a pour sa part jugé Me Harriet Wistrich, l'avocate de la famille.
(photo d'archives : la carte d'identité de Jean-Charles de Menezes)
Hamdi Issac bientôt extradé |
Arrêté le 29 juillet à Rome, il est accusé par la justice italienne d'"association ayant pour finalité le terrorisme international" et détention de faux papiers. |
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