
L'une des plus sombres histoires de racisme aux Etats-Unis, que l'on avait cru close par une condamnation en juin dernier, a connu vendredi un nouveau chapitre. Condamné à 60 ans de prison, son principal protagoniste, Edgar Ray Killen, a été libéré après seulement six semaines de détention.
Le 21 juin dernier, l'ex-responsable du Ku Klux Klan avait été reconnu coupable, 41 ans après les faits, des "meurtres sans préméditation" de trois jeunes militants des droits civiques. Le versement d'une caution de 600.000 dollars lui a permis de sortir de prison en attendant son procès en appel. Âgé de 80 ans et malade, il pourrait finir ses jours en homme libre.
Sentiment d'impunité
Bien qu'ayant prononcé la peine maximale à l'encontre de Killen, le juge Marcus Gordon n'avait pas pu prévenir une demande de libération, contraint à reconnaître que le vieil homme dans son fauteuil roulant ne représentait pas un risque pour la société. Questionné par le New York Times sur cette libération, le juge s'est borné à répondre qu'il "ne s'agissait pas d'une affaire de sentiment, mais de droit".
La veuve d'une des victimes, Rita Bender, a déclaré au quotidien new-yorkais que la libération de Killen démontrait "la mauvaise prise en considération des crimes à caractère raciste". "Cette libération, a-t-elle ajouté, va encourager la violence de gens qui pensent ne rien risquer". Selon elle, ce sentiment d'impunité, réel danger pour la société au sens large, aurait dû justifier une interdiction de libération sous caution. "Le juge nous a renvoyés 41 ans en arrière", a commenté pour sa part une membre de l'église où les trois victimes avaient œuvré.
Samedi soir, plusieurs mouvements racistes américains se sont ouvertement félicité de cette libération. Richard Barrett, chef du Mouvement nationaliste, et les Chevaliers blancs du Ku Klux Klan du Mississippi ont prévu d'organiser un rassemblement le 12 novembre prochain à Philadelphia, la ville où réside Killen, pour fêter leur héros. Barrett a qualifié la libération de Killen de "victoire". "Il ne verra jamais plus l'intérieur d'une cellule", a-t-il dit.
"Comme du bétail"
Ancien responsable du KKK, une organisation raciste prônant la suprématie blanche, Killen n'a jamais exprimé de remords pour cette affaire qui a inspiré le film "Mississippi Burning". L'argent de la caution a été rassemblé par plusieurs de ses sympathisants, dont certains n'ont pas hésité à hypothéquer leurs biens pour l'occasion. Killen n'a pas manqué de se plaindre du sort qui lui avait été réservé pendant son séjour derrière les barreaux, notamment du point de vue médical. "Les médecins m'ont ausculté comme on le fait à la criée au bétail", a-t-il assuré, selon le New York Times.
En juin 1964, au cours de "l'été de la liberté", trois jeunes militants des droits civiques (deux Juifs new-yorkais et un Noir) étaient venus dans le Sud ségrégationniste pour aider les noirs à s'inscrire sur les listes électorales. Arrêtés sous un prétexte futile par la police locale, infiltrée par le KKK, ils avaient été relâchés avant de tomber dans une embuscade et d'être sauvagement lynchés puis abattus par balles.
(Image d'archive : Edgar Ray Killen)
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