
Le cabinet Sharon a donné dimanche son feu vert, à une forte majorité (17 voix contre cinq), au retrait d'un premier groupe de colonies de la bande de Gaza, à partir du 17 août. Il s'agit des implantations de Netzarim, Kfar Darom et Morag, toutes trois isolées. Ce vote est intervenu en dépit du coup de théâtre provoqué par la démission du ministre des Finances Benjamin Netanyahu. Mais cette démission a ébranlé la position de Sharon dans son parti, le Likoud, et redonné au dernier moment un espoir d'empêcher le retrait à l'extrême-droite et au lobby des colons qui a aussitôt adressé ses félicitations au ministre démissionnaire.
Bien qu'il n'ait jamais caché son opposition à l'évacuation des 8.000 colons de la bande de Gaza, la démission de Benjamin Netanyahu, 55 ans, ministre des Finances du gouvernement Sharon, a fait dimanche l'effet d'une bombe. "L'heure de vérité est arrivée. Je ne peux m'associer à cette démarche qui met en danger la sécurité de l'Etat", a-t-il écrit dans sa lettre de démission. Selon lui, ce retrait "sous le feu est un acte irresponsable qui divise le peuple et contredit les engagements de notre parti", le Likoud ; il "va renforcer le terrorisme et non point l'affaiblir".
Celui qui est depuis longtemps considéré comme "l'enfant terrible" de la droite nationaliste israélienne, a attendu le dernier moment pour porter ce coup à la mise en oeuvre du plan de retrait de Gaza. Si d'autres ministres suivaient son exemple, le plan risquerait d'être compromis. Mais ils n'en ont pas exprimé l'intention de sorte que la démission de Benjamin Netanyahu semble avoir surtout pour but de renforcer ses chances à prendre la direction du Likoud, avant les élections législatives prévues pour l'automne 2006. Ariel Sharon a d'ores et déjà annoncé son intention de nommer Ehud Olmert au poste de ministre des Finances. Proche de Sharon et favorable au retrait israélien de la bande de Gaza, il assurera l'intérim en plus de ses fonctions actuelles de vice-Premier ministre et ministre du Commerce et de l'Industrie.
Sharon-Netanyahu, ennemis intimes au sein de la droite israélienne
Depuis sa cuisante défaite face à Ariel Sharon en décembre 2000 pour reprendre la tête du Likoud, Benjamin Netanyahu a joué la carte de la droite musclée, prenant ainsi la tête de l'opposition au plan de retrait de la bande de Gaza présenté officiellement en 2004 par Sharon qui, du coup, fait figure de "modéré" au sein de son propre parti. Mais s'il jouit du soutien de la frange dure de la droite, le ministre des Finances est beaucoup moins populaire en Israël pour sa politique économique ultra-libérale qui a cependant l'appui des milieux d'affaires. Sa démission intervient une semaine après la présentation du budget de l'Etat pour 2006 dans lequel il révisait à la hausse ses prévisions pour le coût du retrait qui sera au total de 1,8 milliard de dollars.
Ce n'est pas la première fois que Benjamin Netanyahu tente de déstabiliser Ariel Sharon. Plus jeune Premier ministre de l'histoire d'Israël en 1996 , et partisan déclaré du "Grand Israël", il s'était acharné, pendant ses trois ans au pouvoir, à freiner le processus né des accords israélo-palestiniens d'Oslo (1993). Mais ses convictions ne l'avaient pas empêché de céder aux pressions américaines et de conclure deux accords avec Yasser Arafat, ce qui lui avait valu à droite des accusations d'opportunisme. Son échec électoral de 1999 face au numéro un travailliste Ehud Barak avait été suivi par de sérieux problèmes avec la justice, Benjamin Netanyahu et son épouse Sara ayant fait l'objet d'une enquête pour une affaire de corruption alors qu'il était au pouvoir. La justice avait finalement renoncé à les inculper faute de preuves. Netanyahu, qui avait démissionné de la direction du Likoud et du Parlement après sa défaite de 1999, avait vainement tenté un premier retour en politique en décembre 2000. Depuis, il vise toujours la direction du Likoud.
Photo d'ouverture : Benjamin Netanyahu annonçant sa démission - DR
Retour MYTF1
Chargement en cours...




