
Des milliers de soldats et de policiers ont commencé à 7 heures (4 heures GMT) lundi matin à distribuer les ordres d'expulsion aux quelque 9.000 colons de la bande de Gaza leur annonçant qu'ils avaient 48 heures pour partir avant d'y être forcés. Ceux qui refuseront d'obtempérer d'ici mardi minuit (21H00 GMT) seront amenés de force si nécessaire vers des autobus qui les transfèreront vers le territoire israélien. "L'Etat a décidé et le moment est venu d'appliquer cette décision. Ce redéploiement est déchirant mais il est vital pour un Etat d'Israël démocratique", a affirmé le ministre de la Défense Shaoul Mofaz à la radio militaire. Commençant par le départ des colons juifs, le désengagement total d'Israël de la bande de Gaza, se poursuivra en octobre avec le retrait de Tsahal (lire Le processus d'évacuation de Gaza).
En revanche, à peine le compte à rebours lancé à Gaza, le ministre israélien de la Défense a annoncé qu'Israël entendait garder le contrôle de six blocs de colonies en Cisjordanie. Ces implantations détermineront "le tracé de notre frontière orientale qui doit être défendable et nous assurer une profondeur stratégique", a dit Shaoul Mofaz. Mais ce n'est pas ainsi que l'entendent les Palestiniens. Mahmoud Abbas a ainsi affirmé lundi que le retrait israélien de la bande de Gaza était "important et historique" pour les Palestiniens, mais qu'il doit être un "premier pas" vers d'autres retraits. Quant à la déléguée générale de Palestine en France, Leila Shahid, elle a affirmé qu'il fallait le retrait de l'armée israélienne non seulement de Gaza, mais aussi de Cisjordanie, pour contenir le terrorisme du Hamas, dans une interview à la radio BFM.
"Stop !"
Sur le terrain, Israël a entamé officiellement dimanche soir à minuit (21H00 GMT) son retrait historique de la bande de Gaza après 38 ans d'occupation en déclarant illégale la présence d'Israéliens dans cette région. Le point de passage de Kissoufim entre Israël et Goush Katif, principal bloc des colonies de la bande de Gaza, a été fermé par l'armée à minuit, donnant formellement le coup d'envoi des opérations d'évacuation. "Stop! selon la loi il est interdit d'entrer dans la bande de Gaza et d'y séjourner", était-il écrit en hébreu et en anglais sur des panneaux rouges accrochés à la barrière, qui a été baissée pour bloquer la route à Kissoufim. Mais aussitôt la barrière abaissée, une file de bus, de jeeps et de camions acheminant des soldats israéliens s'est insinuée à l'intérieur du territoire en profitant de l'obscurité.
Gel des expulsions à Neve Dekalim
Des centaines de colons de Gaza ont passé des accords d'indemnisation financière avec l'Etat hébreu en échange de leur départ. Mais d'après l'armée, quelque 5.000 adversaires du retrait ont réussi à s'infiltrer dans les colonies, ce qui fait craindre des risques de débordement. Des barricades de fortune ont été érigées en plusieurs points pour tenter de bloquer la progression des militaires israéliens. Avec un slogant : "des juifs n'expulsent pas des juifs". Les premiers incidents ont éclaté dès lundi, 0 heure dans la colonie de Neve Dekalim, la principale du territoire, où des centaines de jeunes colons ont brisé des vitres de voitures et mis le feu à des pneus. Ils ont également tenté de lacérer les pneus d'un véhicule militaire israélien. Mais plus tard, les soldats israéliens parvenaient tout de même à pénétrer dans la colonie pour distribuer les ordres d'évacuation.
Peu avant, un preneur de son de France 3 avait été enlevé dans la ville de Gaza par trois hommes armés, selon une source sécuritaire palestinienne. L'union des journalistes palestiniens a condamné ce rapt, le qualifiant dans un communiqué "d'acte lâche" qui nuit à la cause palestinienne. Plusieurs étrangers travaillant pour des organisations internationales, notamment l'Onu, ont été enlevés récemment par des hommes armés dans la bande de Gaza avant d'être relâchés sains et saufs.
Photo : point de passage de Kissoufim entre Israël et Goush Katif dimanche à minuit une (DR)
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