
Tony Blair est bel et bien décidé à prouver que le "changement de règles du jeu" dans sa lutte contre l'islamisme annoncé le 5 août dernier est entré en vigueur. Les premiers à en faire les frais sont donc les deux figures emblématiques du "Londonistan".
Pour Omar Bakri Mohammed, ce Libanais d'origine syrienne, chef du mouvement extrémiste Al Mouhadjiroun, la question semble réglée. Parti à Beyrouth, officiellement en vacances, le week-end dernier, il a été arrêté par la police libanaise jeudi avant d'être relâché vendredi. Mais Londres a profité de son absence pour le priver définitivement de son droit de séjour. "Sa présence n'est pas dans l'intérêt de l'ordre public" explique le ministère de l'Intérieur.
Installé à Londres depuis 1986, celui que la presse britannique avait baptisé "l'ayatollah de Tottenham" avait notamment baptisé les 19 kamikazes auteurs des attentats du 11 septembre 2001 les "19 magnifiques". Juste avant son départ de Londres, il avait fait scandale en déclarant qu'il ne dénoncerait jamais des musulmans préparant des attentats au Royaume-Uni.
Bras-de-fer judiciaire avec Qatada
Le cas d'Abou Qatada est en revanche plus compliqué. Interpellé jeudi avec neuf autres extrémistes -dont sept Algériens- ce Jordanien d'origine palestinienne, présenté comme le "chef spirituel d'Al-Qaïda en Europe", est menacé d'expulsion dans son pays. Même si la Jordanie affirme qu'il devrait être extradé dès la semaine prochaine, le combat pourrait être beaucoup plus long, "des mois, voire des années", selon Keith Best, directeur au sein des services de l'immigration.
Après la commission spéciale d'appel des services de l'immigration, les personnes visées pourront en effet se tourner vers la Cour d'appel, puis les Law Lords, et enfin la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg. Pour obtenir la validation des juges, le ministre de l'Intérieur, Charles Clarke, a affirmé qu'aucune personne ne sera l'objet de tortures ou de mauvais traitements une fois expulsée. Une assurance réfutée par Amnesty International. "Les garanties offertes par des pays notoirement connus en matière de torture (...) ne valent même pas le papier sur lequel elles sont imprimées" lance l'organisation.
Pour contourner l'obstacle de juges attachés à une interprétation stricte de la convention européenne des droits de l'Homme, une nouvelle loi devrait être votée. La décision d'expulser quelqu'un doit "tenir compte à la fois des droits de la personne expulsable et du risque que celle-ci pose à la sécurité nationale" explique le gouvernement, ajoutant que le nouveau texte pourrait donner "la correcte interprétation de la Convention européenne des droits de l'Homme".
(photo : Abou Qatada, à gauche ; Omar Bakri, à droite)
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