Soudan : émeutes après la mort de Garang

le 01 août 2005 à 10h49 , mis à jour le 01 août 2005 à 21h13

Des émeutes, qui auraient fait plusieurs morts et jusqu'à cent blessés, ont éclaté lundi à Khartoum et Juba après l'annonce du décès du mythique leader de la rébellion soudanaise, John Garang. L'armée est descendue dans les rues pour rétablir le calme et un couvre-feu de 12 heures a été décrété.

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De violentes émeutes ont éclaté lundi à Khartoum, la capitale soudanaise, à la suite de l'annonce de la mort du vice-président Johh Garang dans un crash d'hélicoptère. Aucune annonce officielle sur d'éventuelles victimes n'avait été faite lundi  après-midi, mais des sources diplomatiques ont fait état de plusieurs morts et de nombreux blessés. Une source hospitalière a évoqué pour sa part au moins quatre morts et plus de cent blessés à Khartoum.

Des milliers de Sudistes portant des armes blanches et des armes à feu sont descendus dans les rues de la capitale dès l'annonce de la mort de Garang. Des magasins ont été pillés puis brûlés. Les violences ont progressivement cessé avec le déploiement en force de soldats aux principaux carrefours de la ville, ainsi que sur les ponts reliant les deux rives du Nil. Les autorités ont par ailleurs décrété un couvre-feu de 12 heures dans la capitale, à partir de 18 heures (17 heures, heure française). Des violences anti-arabes ont également été signalées à Juba, la principale ville du sud Soudan.

Seize ans de lutte pour arrêter la guerre civile

L’appareil de l'ancien chef rebelle John Garang, en provenance de l’Ouganda, s’est écrasé après avoir percuté la chaîne de montagne des Amatonj au sud du pays, en raison de problèmes de visibilité, selon la présidence soudanaise. Des rebelles ont évoqué pour leur part un "assassinat", sans plus de précision. Le corps de John Garang a été rapatrié dans son ancien QG au sud Soudan, dans la ville de New Site. Sa veuve, Rebecca, a indiqué sur la radio soudanaise que les funérailles de son mari seront organisées après consultation du SPLM.

Johh Garang, ancien chef rebelle,
éphémère vice-président

Le parti de Garang, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), s'est réuni lundi soir pour lui désigner un successeur. Ce sera Salva Kiir, numéro deux du SPLM et chef de sa branche militaire, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), qui devient de ce fait premier vice-président du Soudan. Le SPLM s'était engagé à "appliquer l'accord de paix" signé en janvier avec le gouvernement de Khartoum mettant fin à 21 ans de guerre. Le président soudanais Omar al-Béchir a affirmé que la mort de son premier vice-président renforçait sa détermination à poursuivre le processus de paix avec les ex-rebelles sudistes. Pour s'en assurer, les Etats-Unis ont dépêché lundi soir deux diplomates de haut rang dans le pays, qui devront scruter la mise en oeuvre du processus de paix.

Garang, l'ex-rebelle devenu vice-président

Il a fallu à Garang 16 ans d'affrontements et de négociations avec le régime du général Omar Hassan al-Béchir pour mettre fin à la guerre civile, qui a fait au moins 1,5 millions de morts et plus de quatre millions de réfugiés. C’est au cours de ce conflit qu’il s'est révélé un fin politique en s'alliant avec les communistes, en courtisant les organisations chrétiennes américaines et en jouant des rivalités entre tribus pour se maintenir à la tête de l'Armée de libération des peuples du Soudan (ALPS).

Agé de 60 ans, Garang avait accédé à la vice-présidence du Soudan le 9 juillet 2005 après avoir accompli une longue marche des maquis du sud du pays au palais présidentiel de Khartoum. Sa tâche était de préserver l'unité de la population, divisée en tribus, dans cette région pauvre et déchirée par la guerre. Pour les observateurs, Garang avait réussi à garder la haute main sur l'ALPS, forte de 60 000 hommes environ, grâce à son charisme et à sa détermination à obtenir pour le Sud, chrétien et animiste, une voix au chapitre dans la conduite des affaires du plus grand Etat d'Afrique.

Photo d'ouverture : des émeutes ont suivi l'annonce de la mort de John Garang - DR

le 01 août 2005 à 10:49
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5 Commentaires

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  • Laurent, le 01/08/2005 à 17h47

    C'est ballot, hein, comme dirait Fabrice...un si stupide accident d'hélicoptère; et puis, quelle coïncidence, à peine revenu au pays avec responsabilités politiques à la clef, et ce drame de la fatalité.... Je suis entièrement d'accord avec toi Alain; il a été sacrifié par les USA au nom de leurs intérets économiques. Que le dictateur actuel soit un des plus sanguinaires de la région n'a bien sûr rien à voir avec ce drame... Quand à une éventuelle enquète internationale, rassurez-vous, elle n'aura pas lieu; car pour les USA, c'est bien entendu un accident, alors pourquoi s'ennuyer avec une enquète stérile, n'est ce pas? Heureusement que le président soudanais Omar al-Béchir est là pour veiller sur la mémoire des millions de soudanais chrétiens et animistes massacrés par les milices qu'il controle indirectement; on peux compter sur lui pour continuer son oeuvre de paix, de combat pour la liberté et la tolérance religieuse et ethnique. Et dire que certains osent présenter ce pacificiste magnifique comme un dictateur défenseur de la charia...alors que c'est un président épris de paix et d'amour; ses fautes passées ne sont que des détails, comme dirait notre humaniste national noeinoeil.

  • Dominique, le 01/08/2005 à 14h41

    Alain, personnellemnt je suis d'accord avec toi, bien qu 'il n' y ai aucune preuve et des exemples pareils on pourait en sortir des masses. Je suis contre tous ces attentats qui se sont déroulés mais les US et leurs caniches devront un jour comprendre pour quoi ils ne sont pas aimés. Je pense qu'ils ont manipulés trop de gens, de pays, ils font chanter les gens et ont soif du pétrole qui ne leur appartient pas !!!

  • Julien, le 01/08/2005 à 14h15

    Dommage pour Garang (qui ne devait pas etre un saint non plus) mais si la junte avait du composer avec lui, c'est peut etre qu'elle etait a bout de souffle avec trois rébellions sur le dos...apres tout , on a le nombre d'ennemis qu'on merite...pas la peine d'en dire plus...

  • Eliot, le 01/08/2005 à 13h54

    John Garang était hélas trop méconnu en occident(et notamment en France). Il luttait pourtant depuis des années, avec un grand courage contre le régime islamiste de Khartoum (dont le chef spirituel Hassan el Tourabi était un des "pères spirituels" de Ben Laden a qui il donna d'ailleurs asile) responsable de l'assassinat de milliers (peut-être de millions) de chrétiens et d'animistes dans ce pays depuis 1989 dans l'indifférence générale. Condoléances au peuple soudanais.

  • Alain, le 01/08/2005 à 13h06

    Quelle coïncidence! L'ex chef de la rébellion noire soudanaise John Garang meurt quelques jours après la visite de Condoleeza Rice au Soudan dans un curieux accident d'hélicoptère! Ne trouvez-vous pas ça étrange ... N'aurait-il pas servi de monnaie d'échange pour les futurs contrats d'exploitation du riche pétrole soudanais par les USA? Il y a de quoi se poser des questions ...

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