
De violentes émeutes ont éclaté lundi à Khartoum, la capitale soudanaise, à la suite de l'annonce de la mort du vice-président Johh Garang dans un crash d'hélicoptère. Aucune annonce officielle sur d'éventuelles victimes n'avait été faite lundi après-midi, mais des sources diplomatiques ont fait état de plusieurs morts et de nombreux blessés. Une source hospitalière a évoqué pour sa part au moins quatre morts et plus de cent blessés à Khartoum.
Des milliers de Sudistes portant des armes blanches et des armes à feu sont descendus dans les rues de la capitale dès l'annonce de la mort de Garang. Des magasins ont été pillés puis brûlés. Les violences ont progressivement cessé avec le déploiement en force de soldats aux principaux carrefours de la ville, ainsi que sur les ponts reliant les deux rives du Nil. Les autorités ont par ailleurs décrété un couvre-feu de 12 heures dans la capitale, à partir de 18 heures (17 heures, heure française). Des violences anti-arabes ont également été signalées à Juba, la principale ville du sud Soudan.
Seize ans de lutte pour arrêter la guerre civile
L’appareil de l'ancien chef rebelle John Garang, en provenance de l’Ouganda, s’est écrasé après avoir percuté la chaîne de montagne des Amatonj au sud du pays, en raison de problèmes de visibilité, selon la présidence soudanaise. Des rebelles ont évoqué pour leur part un "assassinat", sans plus de précision. Le corps de John Garang a été rapatrié dans son ancien QG au sud Soudan, dans la ville de New Site. Sa veuve, Rebecca, a indiqué sur la radio soudanaise que les funérailles de son mari seront organisées après consultation du SPLM.
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| Johh Garang, ancien chef rebelle, éphémère vice-président |
Le parti de Garang, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), s'est réuni lundi soir pour lui désigner un successeur. Ce sera Salva Kiir, numéro deux du SPLM et chef de sa branche militaire, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), qui devient de ce fait premier vice-président du Soudan. Le SPLM s'était engagé à "appliquer l'accord de paix" signé en janvier avec le gouvernement de Khartoum mettant fin à 21 ans de guerre. Le président soudanais Omar al-Béchir a affirmé que la mort de son premier vice-président renforçait sa détermination à poursuivre le processus de paix avec les ex-rebelles sudistes. Pour s'en assurer, les Etats-Unis ont dépêché lundi soir deux diplomates de haut rang dans le pays, qui devront scruter la mise en oeuvre du processus de paix.
Garang, l'ex-rebelle devenu vice-président
Il a fallu à Garang 16 ans d'affrontements et de négociations avec le régime du général Omar Hassan al-Béchir pour mettre fin à la guerre civile, qui a fait au moins 1,5 millions de morts et plus de quatre millions de réfugiés. C’est au cours de ce conflit qu’il s'est révélé un fin politique en s'alliant avec les communistes, en courtisant les organisations chrétiennes américaines et en jouant des rivalités entre tribus pour se maintenir à la tête de l'Armée de libération des peuples du Soudan (ALPS).
Agé de 60 ans, Garang avait accédé à la vice-présidence du Soudan le 9 juillet 2005 après avoir accompli une longue marche des maquis du sud du pays au palais présidentiel de Khartoum. Sa tâche était de préserver l'unité de la population, divisée en tribus, dans cette région pauvre et déchirée par la guerre. Pour les observateurs, Garang avait réussi à garder la haute main sur l'ALPS, forte de 60 000 hommes environ, grâce à son charisme et à sa détermination à obtenir pour le Sud, chrétien et animiste, une voix au chapitre dans la conduite des affaires du plus grand Etat d'Afrique.
Photo d'ouverture : des émeutes ont suivi l'annonce de la mort de John Garang - DR
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