
Un an après la prise d'otages la plus meurtrière de l'Histoire, Beslan est une ville de blessures à vif et de questions sans réponses. Des habitants crient toujours vengeance contre les familles des membres du commando.
Mais plus nombreux sont ceux qui demandent toute la vérité sur le siège commencé le 1er septembre et terminé le 3 par un massacre -330 morts, dont 186 enfants, dix militaires et deux membres des équipes de secours. Côté terroristes, 31 membres du commando sont morts. Le procès de l'unique survivant, le Tchétchène Nourpachi Koulaïev, qui se tient à Vladikavkaz, est suspendu jusqu'au 13 septembre.
"Ils ont choisi de tuer les terroristes"
Plusieurs questions demeurent. L'enquête officielle selon laquelle la plupart des otages ont été tués par des explosions déclenchées par les terroristes s'oppose ainsi à une contre-enquête d'habitants. Ces derniers ont trouvé des fragments de lance-flammes et ont forcé les enquêteurs à reconnaître leur utilisation par les forces de l'ordre.
Les survivants et leurs familles posent aussi la question de la mauvaise préparation de l'assaut et de l'absence de responsables de haut rang. Les autorités et leurs médias ont maintenu pendant le siège que les otages n'étaient qu'environ 350 et que le commando n'avait pas de revendications précises. En réalité, plus de 1 100 personnes étaient retenues dans l'école, les terroristes demandant pour leur part le retrait des forces russes de Tchétchénie.
Les preneurs d'otages y ont vu un refus de négocier et la préparation de l'opinion à un assaut meurtrier. Un survivant, Kazbek Missikov, est ainsi persuadé que la survie des otages n'était pas prioritaire pour les autorités. "Il y a deux opérations possibles. L'une vise à libérer les otages, l'autre à tuer les terroristes. Ils ont choisi cette dernière", dit-il.
Les mères des victimes reçues par Poutine
Dans l'ambiance de choc créée par le drame, le président Vladimir Poutine avait introduit des réformes centralisatrices, censées renforcer l'ordre dans les provinces, mais critiquées comme anti-démocratiques, tel le remplacement de l'élection des chefs de région par leur désignation par le président. Un an après, le renforcement annoncé de l'appareil de sécurité n'a pas apporté de succès significatifs. Chamil Bassaïev, le chef de guerre tchétchène radical qui a revendiqué l'opération, est toujours actif et le conflit tchétchène fait des morts chaque jour.
De leur côté, les mères des enfants tués à Beslan sont devenues une force politique de premier ordre et l'audience que doit leur accorder Vladimir Poutine vendredi crée un précédent important dans la vie du pays.
| Premières cérémonies | ||
En attendant celle de samedi, la plus importante avec l'inauguration d'un monument intitulé "l'arbre de la vie" dans le cimetière, une première cérémonie s'est déroulée ce jeudi dans une atmosphère recueillie où pointait la colère contre le pouvoir. A 9h15 locales, quatre coups de cloche ont résonné, rappelant le début de la prise d'otages. Puis le Requiem de Mozart a retenti. Des centaines de personnes ont formé une longue file pour déposer leurs fleurs dans le gymnase, où la majorité des victimes ont péri. Deux plaques de marbre noir où s'écoule de l'eau y symbolisent un "mur de pleurs". Un incident a marqué le deuil : Lidia Tsalieva, la directrice de l'école N°1, que de nombreux parents tiennent pour en partie responsable de la tragédie, a en effet été conspuée par la foule et a dû être évacuée. Dans le reste de la Russie, une minute de silence a été décrétée, à laquelle s'est joint le président Poutine lors d'une intervention devant des étudiants à Krasnodar. |
(photo d'archives : l'assaut des forces russes)
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