
Les électeurs algériens se sont prononcés jeudi sur un projet de charte présidentielle "pour la paix et la réconciliation", visant à tourner la page du terrorisme, lors d'un référendum, dont Le taux de participation officiel est de 79,49%."Cette forte participation traduit la volonté du peuple algérien de régler définitivement la crise" en Algérie, a affirmé le ministre algérien de l'Intérieur, Yazid Zerhouni. Les opérations de vote se sont terminées à 19h locales (18H00 GMT) pour la plupart des bureaux et à 20h locales (19h00 GMT) pour la totalité ou une partie des bureaux de vote de 19 des 48 wilayas (départements) du pays où le scrutin avait été prolongé d'une heure. Les résultats du scrutin devraient être annoncés vendredi lors d'une conférence de presse convoquée en milieu de matinée par le ministre de l'Intérieur.
18.313.000 électeurs
"Les villes touchées par le terrorisme ont enregistré des participations record. Alger, qui habituellement vote faiblement, a enregistré une participation de 71,83 %, qui constitue un record pour la capitale", a expliqué le ministre. Les plus faibles taux de participation ont été enregistrés à Tizi Ouzou (11,40%) et à Béjaïa (11,55%), les deux principales villes de Kabylie, où "des gens ont tenté de perturber le vote", a assuré Zerhouni.
Les deux principaux partis d'opposition, le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), fortement implantés en Kabylie, avaient appelé au boycottage de la consultation.
Au total, 18.313.000 électeurs devaient se prononcer sur un projet de charte présidentielle "pour la paix et la réconciliation nationale", censée mettre fin à la crise et aux violences politiques qui ont fait depuis 1992 plus de 150.000 morts et des milliers de disparus. Selon le président Bouteflika, la charte, constituant une suite logique au référendum sur la "concorde civile" de 1999, qui a entraîné la reddition de milliers d'islamistes armés, permettra de conforter la paix pour assurer le développement économique et social du pays.
"Vérité et justice"
Le conflit armé en Algérie avait commencé début 1992 après l'annulation par les autorités du second tour des élections législatives, le premier tour ayant été largement remporté en décembre 1991 par le Front islamique du salut (FIS), dissous par la suite.
La charte prévoit l'extinction des poursuites judiciaires à l'encontre de "tous les individus qui mettent fin à leur activité armée et remettent les armes en leur possession". Ceux qui sont "impliqués dans des massacres collectifs, des viols ou des attentats à l'explosif dans des lieux publics" en sont exclus. Elle interdit toute activité politique aux ex-responsables du FIS, rendus responsables de "la tragédie nationale", et prévoit d'indemniser les "victimes du terrorisme", familles de terroristes et de disparus, arrêtés par les services de sécurité et disparus depuis.
La plupart des partis d'opposition et des mouvements de défense des droits de l'Homme rejetaient l'initiative présidentielle, estimant que, sous couvert de pardon, elle permettrait au pouvoir de blanchir les forces de sécurité impliquées dans la disparition, essentiellement entre 1992 et 1998, de milliers de personnes soupçonnées de soutenir les groupes armés islamistes. Les familles des disparus - au nombre de 6.146 selon une commission officielle, quelque 18.000 selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH, indépendante) - refusent l'approche officielle et demandent "vérité et justice", avant un éventuel pardon.
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