Allemagne : place aux négociations

le 21 septembre 2005 à 09h00 , mis à jour le 21 septembre 2005 à 18h12

Les grandes manoeuvres se poursuivent en Allemagne pour trouver une solution à l'imbroglio politique issu des législatives de dimanche. Les principaux partis ont commencé leurs réunions mercredi avec pour objectif de former une grande coalition. Les deux candidats à la Chancellerie, Schröder et Merkel, pourraient être écartés.

Angela Merkel Gerard Schröder Allemagne © DR

Les partis allemands, SPD et Verts en tête, ont entamé mercredi les négociations en vue de former un nouveau gouvernement, l'hypothèse d'une "grande coalition" entre conservateurs et sociaux-démocrates sans Gerhard Schröder ni Angela Merkel se renforçant au détriment des autres possibilités. La dirigeante du camp conservateur, qui souhaite devenir la première femme chancelier de l'Allemagne, a été reconduite mardi à une écrasante majorité (98,6%) à la tête du groupe parlementaire des Unions chrétiennes (CDU/CSU) : elle a reçu ainsi un net soutien en dépit de la contre-performance de son parti aux législatives de dimanche. Pour sa part, le chancelier Schröder a affirmé qu'il souhaitait engager des négociations avec les différents partis sans "conditions préalables" sur la composition de son gouvernement. Le président du SPD, Franz Müntefering, a précisé que ces pourparlers débuteraient mercredi.

Menace de paralysie de l'Union européenne

La CDU/CSU et les libéraux du FDP devancent le tandem SPD/Verts en nombre de sièges dans la nouvelle assemblée (286 députés contre 273), mais aucun des deux camps n'a de majorité suffisante pour former un gouvernement stable à l'issue de l'imbroglio des législatives anticipées. Auparavant, la coalition entre SPD et Verts disposait de la majorité absolue. Conséquence de cette incertitude politique: la croissance économique allemande risque de souffrir et l'Union européenne pourrait être frappée de paralysie en raison du blocage politique dans sa première puissance. L'Allemagne représente un tiers du Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro.

La presse pousse vers la "grande coalition"

L'hypothèse d'une "grande coalition" entre le SPD de M. Schröder et les Unions chrétiennes CDU/CSU de Mme Merkel, la plus privilégiée par les Allemands, selon un sondage publié mardi, revient au premier plan. A en croire le grand quotidien populaire Bild, Gerhard Schröder serait prêt à céder sa place à un dirigeant conservateur, si Angela Merkel, pressentie pour diriger un nouveau gouvernement, en faisait d'abord de même. Cette hypothèse est évoquée par un dirigeant du SPD non identifié, cité par le journal le plus lu d'Allemagne: "Jamais aucun chancelier ne s'est sacrifié pour permettre la formation d'un gouvernement. Schröder deviendrait alors un très grand homme dans l'histoire du parti". Une "grande coalition" serait possible seulement si le SPD renonçait à présenter à nouveau M. Schröder comme chancelier, renchérit le quotidien Der Tagesspiegel. Une solution envisageable, peut-être avec l'accord de M. Schröder, si un gouvernement dirigé par une autre personnalité du camp conservateur que Mme Merkel donnait des garanties qu'elle renoncerait au "démantèlement social" redouté par le SPD. Aux yeux du quotidien berlinois Taz (gauche), "la seule solution, c'est que les deux prétendants à la chancellerie finissent par se retirer. Schröder aura alors au moins empêché Merkel (d'être chancelière) et ainsi triomphé une dernière fois", estime le journal de gauche.

Peu de chance pour une "coalition jamaïcaine"

Parmi les autres hypothèses, une coalition entre SPD, Verts et libéraux du FDP semble définitivement écartée, le président du troisième parti allemand, Guido Westerwelle, ayant rejeté toute idée de participer à un gouvernement avec le SPD. Une éventuelle "coalition jamaïcaine" entre conservateurs, libéraux et Verts (en référence aux couleurs du drapeau de la Jamaïque : noir pour les conservateurs, jaune pour les libéraux, vert pour les écologistes) semble elle aussi avoir peu de chances d'aboutir. L'un des dirigeants conservateurs, le Bavarois Günther Beckstein, a estimé qu'une telle alliance serait "extraordinairement difficile", tandis que la figure charismatique des Verts, le ministre des Affaires étrangères, Joschka

Fischer, avait déjà écarté cette hypothèse. Des dirigeants des principaux partis allemands (CDU/CSU et FDP d'un côté, SPD et Verts de l'autre) ont affirmé qu'ils étaient prêts à discuter, sans pour autant voir de solution dans l'immédiat. Le FDP a cependant exclu de discuter directement avec le SPD et les Verts, laissant le soin à la CDU/CSU de le faire. Les deux camps ont exclu des discussions avec le nouveau Parti de gauche, formé de déçus de la social-démocratie à l'ouest du pays et de néocommunistes de l'ex-RDA, devenu la quatrième force politique du pays, derrière la CDU/CSU, le SPD et les Libéraux du FDP.

le 21 septembre 2005 à 09:00
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