Si la plupart des partisans d'Angela Merkel s'attendaient à un résultat serré, tous espéraient un meilleur score, s'apprêtant à sabrer le champagne. A l'annonce des premières estimations, dimanche vers 18 heures (heure locale et heure française), certains militants portent la main à la bouche, d'autres ne peuvent retenir un petit cri d'effroi et la plupart affichent des mines renfrognées.
Vêtue de noir, la dirigeante conservatrice Angela Merkel, qui devrait toutefois devenir la première chancelière de l'histoire de l'Allemagne, a reconnu devant ses partisans que son parti "aurait souhaité un meilleur résultat". La foule ne lui en a pas tenu rigueur, l'acclamant en hurlant son surnom "Angie". "Le monde est devenu un peu plus compliqué" dans la mesure où les conservateurs et leur allié libéral (FDP) ne disposent pas de majorité absolue des sièges au Bundestag, soulignait-elle peu après à une télévision allemande présente au quartier général, où près de 3.000 personnes étaient réunies.
"Les Allemands sont apparemment masochistes"
"C'est étonnant que le résultat soit si mauvais. Maintenant le suspense est grand, il s'agit de savoir quels partis vont former la coalition", observe Sabine Bergmann, dessinatrice-graphiste de 46 ans. De son côté, le comte Philipp von Walderdorff s'avoue abattu devant "l'impasse" dans laquelle s'est mise l'Allemagne qui risque "une déstabilisation politique". "C'est une catastrophe. On croyait avoir une majorité solide avec laquelle on aurait pu continuer les réformes", déclare cet expert en économie internationale. "Je ne vois pas comment un gouvernement sera capable de gouverner plus de six mois dans ce pays", pronostique-t-il. Selon lui, "un mauvais calcul" est à l'origine de ce résultat, beaucoup de conservateurs ayant délibéremment offert leur voix au parti libéral FDP afin qu'il soit assez fort pour gouverner avec Angela Merkel.
Un bouquet de fleurs à la main destiné à "Angie", le jeune Daniel Schulz, tiré à quatre épingles, fait la moue. A 18 ans, il a voté pour la première fois ce dimanche et s'emporte: "Les résultats montrent que le peuple a cru les mensonges de Gerhard Schröder", le chancelier social-démocrate sortant. "Je ne vois l'avenir de ma génération que dans le parti conservateur", soupire-t-il. "Je ne m'attendais pas à un si mauvais score pour la CDU/CSU. Les Allemands sont apparemment masochistes et n'ont pas encore assez souffert après sept ans de gouvernement SPD-Verts", s'emporte Kathrin Eulgem, 25 ans, membre de la CDU. Arrivés spécialement d'Autriche "pour fêter un jour historique", trois Tyroliens en habits traditionnels, déplorent le choix des électeurs allemands, "mauvais pour l'Allemagne mais bon pour l'Autriche parce que beaucoup d'entreprises vont déménager chez nous". "Nous connaissons la grande coalition en Autriche et cela n'est pas bon", affirme l'un d'entre eux, Josef Lettenbichler, 34 ans.
Photo d'ouverture : la première apparition d'Angela Merkel devant les militants de la CDU après l'annonce des estimations de résultats - DR





